Yahya Paraouty : «Le PSAC va créer des délinquants»

Par Jean Claude Dedans O commentaire
Yahya Paraouty

Selon Yahya Paraouty,  il est fort probable que le Primary School Achievement Certificate (PSAC) fasse des victimes. Ce sont nos gosses qui seront les premiers affectés, dit le président de l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE).

Le ‘zoning’, ça use les souliers...
Il n’est pas normal qu’un élève fasse des kilomètres pour aller au collège. Il sera crevé en arrivant en classe. Le zoning est tuant. Pourquoi ne pas augmenter le nombre de zones, au lieu de se contenter de quatre ? Au syndicat, on avait prévu ce désastre, mais la ministre est têtue. Elle n’écoute pas. On s’attendait à des couacs.

Pourquoi un élève doit-il voyager autant ? Pourquoi pas la proximité ?
Le gros problème demeure le fait que tous les collèges n’ont pas le même niveau. Le choix est restreint pour les parents. Même si l’enfant doit beaucoup voyager, ils y consentent. Pourvu que leur enfant ait un « bon collège ». La perception de bons et de moins bons collèges est tenace. Même au niveau des collèges d’État, il y a un tri de la part des parents. Quitte à ce que leurs enfants aient à trimballer leurs sacs à dos sur des kilomètres. C’est absurde.

Selon vous, il y a collèges et collèges ?
Écoutez, il faut être franc dans la vie et c’est cela que la ministre Dookun ne comprend pas. Il y a élèves et élèves, collèges et collèges. Prenons la crème de la crème et parquons-les dans les meilleurs collèges, on aura l’élite. Point barre. Mais pour les autres ? Il faut qu’il y ait un minimum de niveau.

On les parque dans des collèges ‘sub standard’ ?
Il y a des collèges qui n’ont même pas le niveau, il n’y a qu’à voir les résultats du School Certificate (SC). Ils sont effrayants. Vous n’avez qu’à constater les problèmes qui ont surgi à la rentrée. Les parents sont mécontents du système de zoning.

Si on condamne mes propos, je m’en vais du MSM»

Votre menace de campagne d’affiches a porté ses fruits. La ministre semble céder...
Il faut une politique à long terme, mais la ministre n’écoute pas. Elle prend une décision pour le nombre de Credits, puis elle se rétracte. Il n’y a pas de consultations, c’est elle qui commande. J’ai dit que les trois Credits obtenus aux examens du SC sont suffisants pour entrer en Grade 12. La ministre semble avoir compris. Il ne faut pas oublier que les élections approchent et que les jeunes votent. Si la ministre n’avait pas fait volte-face, le mercredi 17 janvier pour les résultats du SC, elle aurait vu rouge, même si elle est orange. Mme Dookun agit sous pression, mais c’est bien qu’elle soit revenue sur sa décision concernant le nombre de Credits.

Est-ce du nivellement par le bas. Alarmant ?
Pas du tout. Pourquoi un élève qui échoue deux fois son SC devrait être mis de côté ? Pourquoi faut-il trois main subjects en Higher School Certificate (HSC) ? Si l’élève prend seulement deux sujets dans lesquels il excelle, où est le problème ? L’université demande deux matières, cela pouvant même être un Grade E et un D. Where is the problem ? Prouvez-moi le contraire, Mme la ministre. Il y a des ministres et des médecins qui ont un SC, mais qui ont brillé par la suite.

Les examens du PSAC font polémique...
Les examens du PSAC sont tout autant compétitifs que ceux du Certificate of Primary Education (CPE). Il n’y a que le nom qui change. Moi, je suggère que le Mauritius Examinations Syndicate rende publics les résultats de chaque  candidat au PSAC. On saura alors qui mérite tel ou tel collège.

Vous faites allusion au ‘ranking’. Mais c’est de l’histoire ancienne, n’est-ce pas ?
Le ranking est toujours là, mais sous une forme déguisée. Il y a Grade A et Grade A. Il existe trois critères pour l’admission : le choix des parents, les résultats et la proximité. Comment se fait-il qu’il y ait autant de protestations ? Parce que le ranking est omniprésent. Le PSAC n’a pas mis fin aux leçons particulières. Même en Grade 7. On élimine le CPE, le PSAC fait surface. Et la ministre parle de leçons en ligne... Ce n’est pas dans la culture mauricienne. C’est absurde.

Le ‘pass mark’ a, semble-t-il, diminué. On parle de 30 points pour réussir dans une matière au PSAC. On offre même des points en cadeau. Encore du nivellement par le bas ?
Si, en tant que prof, j’avais des élèves ayant obtenu 30 points dans chaque matière, je serais un homme heureux. Mais le pass mark est beaucoup moins que 30 points. C’est juste pour maintenir le niveau de réussite à 70 %. Que fait-on du reste, de ceux qui n’ont pas obtenu ces quelques points ?

Il y a, quand même, des examens de rattrapage pour ceux qui n’ont pas réussi dans toutes les matières. Une bonne chose, n’est-ce pas ?
Expliquez-moi comment un écolier qui a échoué durant six ans peut réussir en deux mois. Où est la logique ? Pe fer riye. Avec 30 points, on veut faire des miracles. On est en train de tuer nos enfants.

On les case dans l’Extended Programme, qui remplace le Prevoc...
Le cursus de l’Extended Programme a été dilué. Mais, arrivé à 15 ans, que fait-on de ces jeunes qui ne sauront toujours pas lire ni écrire. Ce seront des délinquants. C’est cela que la ministre veut ? Quelle filière pour eux, les métiers ? Et si l’enfant n’est pas doué et si les parents l’envoient travailler pour ramener du fric à la maison ?

On vous taxe de grande gueule. Ne craignez-vous pas de vous faire remonter les bretelles au Sun Trust ?
Quand je parle, je fais du bien au Mouvement socialiste militant. Mais il n’y a plus de plate-forme pour l’éducation au MSM.

Si, quand on vous lira dans notre journal, on vous demande des explications et on vous expulse... Back to Mouvement militant mauricien ?
Je le répète : quand je parle, je défends les membres de mon syndicat, pas ceux du Sun Trust. Si on condamne mes propos à l’égard de Mme Dookun, je m’en vais du MSM. Tant pis. Ce ne sera pas la fin du monde.