Interview http://defimedia.info/categorie/interview fr Aadil Ameer Meea : «Maurice espère obtenir un accord de libre-échange avec les États-Unis» http://defimedia.info/aadil-ameer-meea-maurice-espere-obtenir-un-accord-de-libre-echange-avec-les-etats-unis <span>Aadil Ameer Meea : «Maurice espère obtenir un accord de libre-échange avec les États-Unis»</span> <span><span lang="" about="/users/gleena" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="" content="Leena Gooraya-Poligadoo">Leena Gooraya-…</span></span> <span>dim 24/08/2025 - 08:02</span> <div class="field field--name-field-main-picture field--type-image field--label-hidden field--item"> <img src="/sites/default/files/styles/node_content_picture/public/textile_1_0.jpg?itok=-yTsMrkl" width="1280" height="720" alt="" title="Les opérateurs mauriciens avancent que certains clients américains ont déjà commencé à réduire les volumes de leurs commandes." typeof="foaf:Image" class="img-responsive" /> </div> <div class="field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field--item"><p>L’African Growth and Opportunity Act, qui permettait depuis 2000 à plusieurs pays africains, dont Maurice, d’exporter vers les États-Unis sans droits de douane, prendra fin le 30 septembre 2025. L’incertitude autour de son renouvellement met déjà sous pression plusieurs secteurs, en particulier le textile. Au niveau du gouvernement, on souhaite obtenir un accord de libre-échange afin de préserver l’accès préférentiel des exportateurs locaux au marché américain.&nbsp;<br /> <br /> Le ministre de l’Industrie, des PME et des Coopératives, Aadil Ameer Meea indique que l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) expirera le 30 septembre, sauf décision contraire de Washington. « Le souhait de Maurice, de l’Union africaine, de la Southern African Development Community (SADC) et du Common Market for Eastern and Southern Africa (COMESA) est de renouveler l’AGOA », dit-il. &nbsp;Selon lui, le Premier ministre Navin Ramgoolam se rendra aux États-Unis prochainement pour mener des discussions bilatérales. « Maurice espère obtenir un accord de libre-échange avec les États-Unis, afin de préserver l’accès préférentiel de ses exportateurs au marché américain », explique-t-il.&nbsp;</p> <p>Mais l’éventualité d’une fin définitive de l’AGOA reste préoccupante. Le ministre rappelle que les exportateurs mauriciens bénéficient depuis 25 ans d’une exonération des droits de douane sur leurs produits destinés aux États-Unis. Sans ce régime préférentiel, des customs duties variant de 2 % à 35 % seront appliqués, selon les catégories de produits. « Il faut comprendre que ce ne sont pas uniquement les exportateurs mauriciens qui seront affectés, mais tous les pays concernés. Cette situation va créer un désordre dans les échanges internationaux », estime Aadil Ameer Meea. Pour illustrer l’ampleur du problème, il cite le cas de l’Inde, où certains produits se voient imposer des droits de douane de 50 % à l’entrée du marché américain, entraînant des fermetures d’usines.</p> <p>D’autre part, avec l’échéance qui approche, l’inquiétude grandit parmi les opérateurs mauriciens. Nitish Rama, directeur de la société The Formula, entièrement tournée vers l’exportation, redoute l’impact de la fin de l’AGOA. Son entreprise écoule 50 % de sa production en Afrique du Sud, 25 % en Europe et 25 % aux États-Unis. « Les États-Unis demeurent un marché très important pour nous. Et si l’AGOA n’est pas renouvelée... », explique-t-il. Il avance que certains clients américains ont d’ores et déjà averti qu’ils ne passeraient plus de commandes sans ce régime préférentiel, tandis que d’autres ont commencé à réduire leurs volumes. À ces incertitudes s’ajoute la révision du Freight Rebate Scheme, annoncée dans le dernier budget, qui réduit le remboursement du fret de 60 % à 40 %. « Nos coûts sont désormais plus élevés. Avec la fin de l’AGOA, la situation deviendra encore plus compliquée », souligne l’exportateur.</p> <p>Dans ce climat incertain, Nitish Rama envisage déjà un recentrage stratégique. « Je me concentre davantage sur le marché africain. Je suis en négociation avec de nouveaux clients. Je ne peux pas prendre le risque de dépendre du marché américain. Pour assurer la survie de mon entreprise, je dois explorer des débouchés où les coûts d’exportation restent soutenables », explique-t-il.</p> <h3>Des PME également menacées</h3> <p>La situation préoccupe aussi les petites et moyennes entreprises. Ajay Beedassee, président de SME Chambers, est « dans l’inquiétude et le suspense&nbsp;». Sept PME de son organisation exportent actuellement vers les États-Unis. Pour lui, la fin de l’AGOA représenterait un choc majeur. « Si le régime n’est pas renouvelé, il faudra compter jusqu’à 32 % de droits de douane sur les exportations. Et il faut ajouter une taxe réciproque de 15 %. Finalement, les exportateurs mauriciens pourraient se retrouver avec une charge fiscale de 47 %. « C’est insoutenable pour nos entreprises. » Il avance que certains clients américains ont proposé de partager le fardeau de cette nouvelle taxation. Mais les exportateurs mauriciens seraient perdants. « On ne pourra pas continuer à exporter si la marge de profit est trop faible ou si nous travaillons à perte », insiste Ajay Beedassee.</p> <h3>Mesures de soutien</h3> <p>Le président de SME Chambers demande au gouvernement de mettre en place des mesures en cas de non-renouvellement de l’AGOA. Il s’agirait, selon lui, d’un ensemble de mesures d’encouragement, allant de subventions directes à des exonérations fiscales, en passant par des réductions de droits de douane sur certaines importations stratégiques. «&nbsp;Si le gouvernement n’apporte pas son soutien, les exportations mauriciennes seront bouleversées. Les recettes en devises étrangères baisseront, des usines fermeront et des emplois seront perdus. »</p> </div> <div class="field field--name-field-disqus field--type-disqus-comment field--label-hidden field--item"><drupal-render-placeholder callback="Drupal\disqus\Element\Disqus::displayDisqusComments" arguments="0=Aadil%20Ameer%20Meea%20%3A%C2%A0%C2%ABMaurice%20esp%C3%A8re%20obtenir%20un%20accord%20de%20libre-%C3%A9change%20avec%20les%20%C3%89tats-Unis%C2%BB&amp;1=http%3A//defimedia.info/aadil-ameer-meea-maurice-espere-obtenir-un-accord-de-libre-echange-avec-les-etats-unis&amp;2=node/176079" token="-zaB3tVGxSfg-Ni-JKBLgAbhHUVlgE7J1fLOLs1qTa0"></drupal-render-placeholder></div> Sun, 24 Aug 2025 04:02:00 +0000 Leena Gooraya-Poligadoo 176079 at http://defimedia.info Jérôme Clarenc : «Investir dans la sécurité alimentaire à Maurice, c’est investir dans son avenir» http://defimedia.info/jerome-clarenc-investir-dans-la-securite-alimentaire-maurice-cest-investir-dans-son-avenir <span>Jérôme Clarenc : «Investir dans la sécurité alimentaire à Maurice, c’est investir dans son avenir»</span> <span><span lang="" about="/users/pdaby" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="">Pradeep Daby</span></span> <span>sam 23/08/2025 - 07:17</span> <div class="field field--name-field-main-picture field--type-image field--label-hidden field--item"> <img src="/sites/default/files/styles/node_content_picture/public/jerome_clarenc_3.jpg?itok=otXZM6s7" width="1280" height="720" alt="" typeof="foaf:Image" class="img-responsive" /> </div> <div class="field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field--item"><p>Jérôme Clarenc, directeur général de Moroil, souligne que l’entreprise, leader du marché local des huiles comestibles, se concentre sur la sécurité alimentaire et la qualité de ses produits. Elle investit également dans le recyclage des emballages plastiques pour répondre aux enjeux sanitaires et environnementaux.</p> <p><strong>À décembre 2024, quelle était la position de Moroil sur le marché des huiles comestibles locales ?</strong><br /> Moroil est leader des huiles comestibles sur le marché local. Nous devons cela à nos marques fortes synonymes de confiance, notre rigueur sur la qualité de nos produits et sur l’engagement sans faille de nos équipes.&nbsp;</p> <p>Je voudrais vraiment souligner l’importance pour le pays d’avoir une base industrielle forte afin de garantir une sécurité alimentaire. Nous avons mis en place un plan d’investissement pour une efficience optimale de notre usine et ainsi pouvoir assurer à la population mauricienne un approvisionnement continu à des prix compétitifs.</p> <p><strong>Comment Moroil s’est-elle développée depuis sa création ? Et quels sont les facteurs qui ont favorisé son expansion, faisant de l’entreprise le leader de sa filière à Maurice ?</strong><br /> Pour vous situer, Moroil a vu le jour en 1968, répondant au besoin pour le pays de créer une industrie de substitution visant à renforcer la sécurité alimentaire, diversifier l’économie et créer des emplois.<br /> Je dirais que notre présence depuis toutes ces années est le résultat de plusieurs facteurs. Avant tout, avec le soutien du conseil d’administration, nous investissons régulièrement dans des équipements de renommée mondiale, intégrant les dernières avancées technologiques, ce qui reflète notre engagement constant à rester à la pointe de l’innovation.</p> <p>Le savoir-faire de nos employés et la maîtrise de la chaîne de valeur, allant de l’achat des matières premières, en passant par le raffinage et le conditionnement, jusqu’à la livraison des produits finis, constituent un atout majeur. Notre partenariat stratégique avec Lesieur nous a permis de bénéficier d’une expertise internationale, mais aussi de produire et de commercialiser cette marque localement.&nbsp;</p> <p>Notre agilité à répondre aux attentes évolutives de nos clients de divers segments, qui nous sont restés fidèles, renforce notre position sur le marché. Nous jouons également un rôle clé dans la fourniture d’huile en vrac à l’industrie et au secteur hôtelier. Notre engagement collectif envers la qualité est confirmé par l’obtention de certifications telles que la HACCP, BRCGS et MSB, sans compter notre diversification dans une gamme de produits alimentaires de qualité.</p> <p>Un facteur fort de notre expansion reste notre engagement en tant que membre fondateur de l’AMM (Association of Mauritian Manufacturers) et du label « Made in Moris », symbole de la confiance et de la valorisation de la production locale.</p> <p><strong>Dans quelles proportions Moroil a-t-elle subi les impacts générés par la crise de la Covid et comment s’en est-elle sortie ? A-t-elle recouru aux différents soutiens accordés à ce moment-là par l’État ? Est-ce qu’on peut dire qu’à ce jour, elle a pu renouer avec la normalité pré-Covid ?</strong><br /> Grâce à la réactivité et à la polyvalence de ses équipes, Moroil a pu assurer l’approvisionnement du pays en huile comestible pendant la crise de la Covid-19. Toutefois, à la suite de cette crise sanitaire, le pays a rapidement été confronté à un autre défi majeur, notamment la difficulté d’approvisionnement d’huiles végétales causée par la guerre en Ukraine. Je me rappelle encore que certains pays producteurs fermaient leurs portes à l’exportation. Encore une fois, nous avons pu maintenir notre production en nous appuyant sur des partenariats solides avec nos fournisseurs de matières premières et rester fidèles à nos engagements.&nbsp;</p> <p>Imaginez-vous un pays tourné seulement vers une importation de produits finis ? Cette résilience souligne plus que jamais le rôle essentiel d’une production locale, avec des circuits courts, garantissant la sécurité alimentaire de notre île. Quant au retour à la normalité pré-Covid, à ce jour le manque de devises étrangères demeure très inquiétant.</p> <p><strong>Depuis ces dix à 20 dernières années, Maurice connaît des mutations profondes en matière alimentaire, en termes de variétés et d’ouverture à d’autres types d’alimentation. Comment Moroil répond elle à cette nouvelle réalité ?</strong><br /> Nous avons toujours su rester à l’écoute des attentes du marché en proposant des produits adaptés et variés. En complément de ses huiles raffinées localement, l’entreprise offre une large gamme d’huiles importées telles que les huiles d’olive, de pépins de raisin, de maïs, de colza et bien d’autres, répondant ainsi à une demande de plus en plus diversifiée.&nbsp;</p> <p>En plus de ses huiles, Moroil propose également divers produits alimentaires de qualité, afin de satisfaire les besoins évolutifs des consommateurs.</p> <p><strong>Maurice a assisté ces dernières années à l’éclosion de grandes surfaces alimentaires, dont la plupart ont aménagé une aire de restauration aux quatre coins de l’île. Quel en a été l’impact pour Moroil ?</strong><br /> Notre mode alimentaire a évolué, d’où de nombreuses aires de restauration («&nbsp;food courts&nbsp;») à travers l’île. L’entreprise a été impactée et a dû s’adapter en proposant des formats spécifiques pour répondre aux besoins de nouvelles structures. Dans certains cas, elle assure aussi des livraisons en vrac, réduisant ainsi l’usage de plastique à usage unique.</p> <p><strong>Depuis l’apparition de la Covid, les chocs liés à l’appréciation du dollar, au coût du fret et à certaines perturbations dans l’approvisionnement de nombreux produits continuent d’influencer les prix des denrées alimentaires. Comment l’entreprise gère-t-elle ces problématiques ?</strong><br /> Les prix des huiles végétales brutes demeurent extrêmement volatils sur le marché international. Nous sommes attentifs à tous les facteurs qui ont un impact sur les prix d’huiles et prenons les décisions appropriées pour nos achats avec l’aide de nos partenaires internationaux.</p> <p><strong>Y a-t-il une surconsommation d’huiles ménagères par les Mauriciens, ce qui, selon certaines études, constitue un facteur favorisant les problèmes cardiaques, ainsi que les maladies non transmissibles, comme le diabète et l’hypertension ? Comment Moroil contribue-t-elle à promouvoir une consommation alimentaire responsable ?</strong><br /> Notre pays enregistre un des taux les plus élevés de diabète au monde et un quart des décès dans le pays est attribué aux maladies cardiovasculaires. Tout excès nuit ! Un effort conjoint du secteur privé et des autorités doit continuer sur l’éducation et la conscientisation de la population sur un style de vie alliant alimentation équilibrée et activité physique régulière.&nbsp;</p> <p>Je voudrais faire ressortir que les huiles de Moroil, soumis à un raffinage responsable, sont toutes végétales et riches en acides gras essentiels ; l’huile de soja est source d’oméga 3, tandis que l’huile de tournesol a une teneur élevée en vitamine E et en oméga 6. De plus, les huiles doivent impérativement subir des conditions de cuissons optimales afin de ne pas éliminer les éléments essentiels.&nbsp;<br /> Moroil a participé à des campagnes de sensibilisation auprès du grand public et nous avons aussi été partie prenante à l’élaboration du ‘Food Act 2022’.</p> <p><strong>La taille du marché mauricien peut-elle limiter l’expansion de Moroil ? Dans ce cas, serait-il judicieux pour l’entreprise de se tourner vers des marchés régionaux et continentaux ?</strong><br /> Effectivement la taille du marché local est limitée et ne permet pas de réaliser des économies d’échelle. Toutefois, Moroil dispose d’une capacité de production excédentaire d’environ 50 %, avec pour objectif de développer l’exportation vers les marchés régionaux. Malheureusement, les règles d’origine en vigueur nous freinent dans cette démarche. Il est important de souligner que s’inscrire sur les marchés régionaux permettrait de valoriser le savoir-faire local et, par ailleurs, toute ouverture à l’export contribuerait significativement à l’économie nationale en générant des entrées de devises appréciables.&nbsp;</p> <p><strong>Depuis dix ans, les experts en consommation saine encouragent l’utilisation d’huiles de cuisson telles que l’huile d’olive ou d’avocat. Ces alternatives vous semblent-elles pertinentes et réalisables à Maurice ?</strong><br /> Chaque huile a son utilisation. Pour une bonne friture, je conseillerais l’huile Rani ; pour les cuissons de tous les jours, nos huiles de soja ou tournesol. Vous mentionnez l’huile d’olive ou d’avocat. Ce sont des produits que nous avons dans notre gamme et qui répondent davantage à l’assaisonnement de plats, notamment pour relever le goût.&nbsp;</p> <p><strong>Comment adressez vous les enjeux de coûts liés à la volatilité dans votre filière, tels que les conditions climatiques, les rendements des cultures ou encore les tensions géopolitiques ?</strong><br /> Les enjeux de coûts liés à la volatilité représentent effectivement des défis dans notre filière. Pour y faire face, nous nous appuyons sur des partenariats solides avec nos fournisseurs internationaux, qui nous permettent d’anticiper et de minimiser ces impacts grâce à du ‘Market Intelligence’. Toutefois, il est important de reconnaître que certains facteurs, dont ceux que vous mentionnez, restent hors de notre contrôle, et cela vaut aussi bien pour Moroil que pour l’ensemble du pays.</p> <p><strong>Est-ce que les pays du groupe des BRICS peuvent offrir une alternative en termes d’approvisionnement en matières premières pour la production d’huiles de cuisson ?</strong><br /> Le Brésil est le plus gros producteur d’huile de soja au monde et Moroil s’approvisionne déjà de cette région. Les autres pays du groupe des BRICS ne constituent pas tous une alternative complète pour l’approvisionnement en matières premières destinées à la production d’huiles de cuisson. En effet, tous ne produisent pas en quantité suffisante pour pouvoir exporter des oléagineux.</p> <p><strong>Au niveau des emballages, votre secteur compte parmi ceux qui produisent le plus grand nombre de bouteilles en plastique. Quelle est votre politique en matière de récupération et de recyclage de ces emballages ? Est-ce que vous constatez que les Mauriciens sont sensibles à la cause environnementale, devenue un enjeu économique de premier plan ?</strong><br /> Nous avons mené durant ces six derniers mois un cycle de travaux sur notre positionnement en tant qu’industrie du futur, débouchant sur un programme de transformation interne déjà engagé - Moroil 2030. Cette mobilisation de nos comités de direction et de notre équipe exécutive s’est aussi inspirée des évolutions sociétales à l’image de la population qui est sensible aux engagements durables.</p> <p>Parmi nos initiatives d’économie circulaire, nous utilisons majoritairement des bouteilles recyclables et travaillons à l’approvisionnement en bouteilles incorporant de la matière recyclée. Nous livrons certains clients professionnels (hôtels, industriels, revendeurs) des huiles en conteneurs de 1 000 L ce qui limite l’usage de plastiques et de cartons d’emballages ; nous poursuivons ainsi des efforts engagés depuis plusieurs années.&nbsp;</p> <p>Par ailleurs, Moroil a développé un partenariat avec Bioil Ltd, collecteur agréé de déchets huileux et graisseux à Maurice, pour le recyclage des huiles alimentaires usagées. Les huiles usagées sont collectées grâce au dispositif BioilBox – des conteneurs spécialement conçus et placés dans des points clés – puis transformées en sources d’énergie verte telles que le biocarburant, le biodiesel, le biokérosène ou le biogaz, offrant donc des alternatives aux carburants fossiles.&nbsp;</p> <p>Cette initiative vise à sensibiliser la population et les professionnels à adopter les bons gestes pour éviter que ces déchets ne finissent dans la nature. De par cela, ces gestes contribuent à la protection de notre île et de ses écosystèmes.</p> <p>De plus, la décision prise par Moroil de travailler avec des professionnels pour installer des panneaux photovoltaïques va permettre d’ajouter de l’énergie propre au réseau, de réduire les émissions de notre usine et de contribuer à l’objectif national de 60 % d’énergies renouvelables d’ici 2035.&nbsp;</p> <p>Ces projets illustrent la volonté de Moroil de réduire notre empreinte carbone et de concilier production, innovation et responsabilité environnementale, tout en sensibilisant nos compatriotes à la protection de l’île.</p> <p><strong>Comment voyez-vous évoluer les prix de ces denrées cette année, compte tenu de l’érosion du pouvoir d’achat et des problématiques citées plus haut, mais aussi résultant d’une demande croissante au niveau mondial ?</strong><br /> Il est très difficile de répondre à cette question, car les prix des diverses matières premières restent extrêmement volatils en raison de plusieurs facteurs hors de notre contrôle. Je pense ici aux conditions climatiques, aux tensions géopolitiques, ainsi que l’utilisation croissante du biodiesel.</p> <p><strong>Dans un autre ordre d’idées, pensez vous qu’une filière agroalimentaire à Maurice soit possible et rentable pour réduire notre dépendance à l’étranger, tout en tenant compte des enjeux liés à la disponibilité limitée de terrains cultivables, à celle de la main-d’œuvre, aux coûts de production et aux limites du marché domestique ?</strong><br /> La création d’une offre agricole locale pour répondre aux besoins de notre filière agroalimentaire, celle des huiles végétales, est séduisante, mais ce ne serait malheureusement pas rentable d’avoir une cultivation sur nos terres. Pour vous donner une idée de grandeur, il faudrait environ 1 arpent de terre pour produire seulement 200 L d’huile de soja. Le potentiel d’approvisionnement se situerait davantage au niveau régional.&nbsp;</p> <p>C’est dans cet espace de réflexion stratégique que Moroil s’engage, avec des visées de long terme, pour des partenariats agro-industriels régionaux devant aussi améliorer la sécurité d’approvisionnement de notre île.</p> <p>Je veux vraiment mettre l’emphase sur le rôle majeur de l’industrie locale dans le développement économique, social et environnemental d’un pays. Elle permet de réduire la dépendance aux importations, générer des emplois dans divers secteurs, améliorer sa balance commerciale et assurer une meilleure autonomie en matière de sécurité alimentaire.</p> <p>N’oublions pas que l’industrie locale a joué un rôle crucial pour le pays pendant la pandémie de Covid-19 et le conflit en Ukraine. Ces crises ont mis en évidence la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement globales, entraînant un manque de produits essentiels. Dans notre secteur, notamment celui de la production des huiles végétales, nous avons fait preuve de résilience et avons pu garantir un approvisionnement continu à la population.&nbsp;</p> <p>Je voudrais conclure en disant que la sécurité alimentaire est un facteur de stabilité ; investir dans ce domaine, c’est investir dans son avenir.</p> <p><br /> &nbsp;</p> </div> <div class="field field--name-field-disqus field--type-disqus-comment field--label-hidden field--item"><drupal-render-placeholder callback="Drupal\disqus\Element\Disqus::displayDisqusComments" arguments="0=J%C3%A9r%C3%B4me%20Clarenc%20%3A%C2%A0%C2%ABInvestir%20dans%20la%20s%C3%A9curit%C3%A9%20alimentaire%C2%A0%C3%A0%20Maurice%2C%20c%E2%80%99est%20investir%20dans%20son%20avenir%C2%BB&amp;1=http%3A//defimedia.info/jerome-clarenc-investir-dans-la-securite-alimentaire-maurice-cest-investir-dans-son-avenir&amp;2=node/175942" token="egdwcqatYQHBqxKiCPgTv5zzfrxUkGDs-kooLt6mM0Q"></drupal-render-placeholder></div> Sat, 23 Aug 2025 03:17:00 +0000 Pradeep Daby 175942 at http://defimedia.info Nasser Moraby : «La STC doit veiller à ce que les subsides ne soient pas détournés» http://defimedia.info/nasser-moraby-la-stc-doit-veiller-ce-que-les-subsides-ne-soient-pas-detournes <span>Nasser Moraby : «La STC doit veiller à ce que les subsides ne soient pas détournés»</span> <span><span lang="" about="/users/gleena" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="" content="Leena Gooraya-Poligadoo">Leena Gooraya-…</span></span> <span>mer 20/08/2025 - 08:50</span> <div class="field field--name-field-main-picture field--type-image field--label-hidden field--item"> <img src="/sites/default/files/styles/node_content_picture/public/nasser_moraby_0.jpg?itok=rXOc_KhA" width="1280" height="720" alt="" typeof="foaf:Image" class="img-responsive" /> </div> <div class="field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field--item"><p>Fixé à Rs 2,60 depuis 2012, le prix du pain maison repose sur des subsides de l’État. Mais selon Nasser Moraby, président de l’Association des propriétaires de boulangeries, ces aides profitent aussi à d’autres opérateurs comme les marchands de ‘dholl puri’ ou certaines grandes surfaces, fragilisant davantage un secteur déjà en crise.</p> <p><strong>Le prix du pain maison est resté fixé à Rs 2,60 depuis 2012. Comment les boulangers arrivent-ils à maintenir leurs activités malgré ce tarif gelé ?</strong><br /> Il devient de plus en plus difficile pour nous de continuer à opérer. Tous les intrants nécessaires à la production notamment la farine, la levure, l’électricité et la main-d’œuvre ne cessent d’augmenter. Comme l’a rappelé le Premier ministre adjoint, le prix du pain n’a pas été révisé depuis bientôt 13 ans. Dans ces conditions, beaucoup de boulangeries ne tiendront plus longtemps. Nous comptons aujourd’hui environ 170 boulangers dans le pays, mais déjà 27 ont fermé leurs portes ces dernières années, et plusieurs autres envisagent de le faire. Je préfère être clair. Si rien ne change, les Mauriciens doivent se préparer à ne plus trouver de pain maison dans un avenir proche. En sus, avec un prix aussi bas, on observe beaucoup de gaspillage. Dans presque chaque foyer, il reste du pain jeté à la fin de la journée. Résultat : le pain est banalisé, d’autant qu’un simple sac en plastique coûte aujourd’hui plus cher qu’un pain maison. Une révision du prix contribuerait à réduire ce gaspillage et, par ricochet, à limiter les importations de farine.</p> <p><strong>Le gouvernement estime qu’il faut Rs 450 millions de subventions annuelles pour maintenir le prix actuel. Ces aides bénéficient-elles réellement aux boulangers et aux consommateurs ?</strong><br /> Sans subvention, le prix réel du pain maison serait de Rs 6,35. Or, avec un prix fixé à Rs 2,60, le consommateur bénéficie d’un soutien de Rs 3,75 par pain. Sur ce montant, le boulanger touche environ Rs 1,98, ce qui laisse un manque à gagner de Rs 1,77. Nous avons proposé, lors de la dernière consultation budgétaire, que l’État ajoute ces Rs 1,77 au subside versé aux boulangers. Malheureusement, notre demande est restée lettre morte. Ainsi, beaucoup de boulangers risquent de cesser leurs activités, d’autant que la pénurie de main-d’œuvre vient aggraver la situation. Personnellement, il m’est arrivé de ne pas pouvoir ouvrir ma boulangerie pendant deux jours, faute de travailleurs.</p> <p><strong>Justement, le gouvernement travaille sur un nouveau système pour accélérer l’octroi des permis de travail. Cela pourrait-il résoudre le problème ?</strong><br /> On nous dit depuis plusieurs années qu’un comité a été mis en place pour faciliter l’importation de travailleurs étrangers. L’ancien gouvernement l’avait aussi annoncé, mais rien n’a vraiment changé. Pire encore, les permis pour recruter des travailleurs bangladais qui ont l’expérience nécessaire dans ce métier ne sont plus accordés. On privilégie les Népalais, Malgaches ou Indiens, mais ils n’ont pas toujours les compétences requises pour travailler en boulangerie. Par conséquence, nous restons coincés.</p> <p><strong>Le Premier ministre adjoint a évoqué « certains abus » dans l’utilisation des subsides. Y a-t-il vraiment des détournements ?</strong><br /> Pas au niveau des boulangers. Le système est strict. Quand nous achetons de la farine à la State Trading Corporation (STC), il faut présenter des bons, payer par chèque et fournir une garantie bancaire. La STC ne vend pas à crédit. C’est un processus rigoureux, qui rend difficile toute fraude. S’il y a eu abus, ils concernent sans doute d’autres opérateurs. Le subside pour la farine ne devrait être réservé qu’aux boulangers. Or, on constate que les marchands de ‘dholl puri’ ou encore certaines grandes surfaces en bénéficient aussi. C’est à la STC de s’assurer qu’il n’y ait pas de mauvaise utilisation.</p> <p><strong>Quelles réformes attendez-vous pour assurer l’avenir du métier et renforcer la sécurité alimentaire ?</strong><br /> Nous réclamons depuis longtemps la création d’une école des boulangers. D’autres secteurs en ont déjà, comme l’hôtellerie, le textile ou l’informatique. Pourquoi pas la boulangerie ? Former des jeunes Mauriciens serait plus économique que de dépendre d’une main-d’œuvre étrangère coûteuse. Avec une formation spécialisée, ce métier pourrait redevenir attractif pour nos compatriotes et garantir la pérennité du métier.&nbsp;<br /> &nbsp;</p> </div> <div class="field field--name-field-disqus field--type-disqus-comment field--label-hidden field--item"><drupal-render-placeholder callback="Drupal\disqus\Element\Disqus::displayDisqusComments" arguments="0=Nasser%20Moraby%C2%A0%3A%C2%A0%C2%ABLa%20STC%20doit%20veiller%20%C3%A0%20ce%20que%20les%20subsides%20ne%20soient%20pas%20d%C3%A9tourn%C3%A9s%C2%BB&amp;1=http%3A//defimedia.info/nasser-moraby-la-stc-doit-veiller-ce-que-les-subsides-ne-soient-pas-detournes&amp;2=node/175891" token="W8EcA9zGBpZ3HsgTfS-6Kh0OIxByh7u4-msU30D_b_M"></drupal-render-placeholder></div> Wed, 20 Aug 2025 04:50:00 +0000 Leena Gooraya-Poligadoo 175891 at http://defimedia.info Dr Anjali Boyramboli : «Les enfants sont connectés en permanence et sont donc vulnérables en continu» http://defimedia.info/dr-anjali-boyramboli-les-enfants-sont-connectes-en-permanence-et-sont-donc-vulnerables-en-continu <span>Dr Anjali Boyramboli : «Les enfants sont connectés en permanence et sont donc vulnérables en continu»</span> <span><span lang="" about="/users/defiplus" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="">Defi Plus</span></span> <span>dim 17/08/2025 - 08:46</span> <div class="field field--name-field-main-picture field--type-image field--label-hidden field--item"> <img src="/sites/default/files/styles/node_content_picture/public/dr_anjali_boyramboli.jpg?itok=dbR4WK0D" width="1280" height="720" alt="" typeof="foaf:Image" class="img-responsive" /> </div> <div class="field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field--item"><p>Isolement, douleurs inexpliquées, silence pesant… Dans l’entretien qui suit, le Dr Anjali Boyramboli, académicienne en psychologie, analyse le rôle des écrans, la responsabilité parentale et les outils numériques qui peuvent aider, sans remplacer le dialogue. Elle propose une approche fondée sur le dialogue, la formation émotionnelle et la création d’un environnement de confiance.&nbsp;</p> <p><strong>Quels signes doivent alerter les parents et les enseignants lorsqu’un enfant est sujet au harcèlement dans le cadre scolaire ?</strong><br /> Cinq indicateurs principaux doivent retenir l’attention&nbsp;:</p> <ul> <li>Manifestations physiques inexpliquées. Douleurs abdominales récurrentes, nausées matinales, troubles du sommeil, variations de poids et marques sur le corps sans explication cohérente. Ces symptômes somatiques peuvent traduire une détresse profonde liée au harcèlement.</li> <li>Isolement social brutal. L’enfant se replie sur lui-même, s’éloigne de ses camarades, déjeune seul, évite les groupes et ne partage plus rien de sa vie scolaire. Il peut sembler présent physiquement, mais absent mentalement — comme s’il se retirait du monde.</li> <li>Effondrement émotionnel discret. Des pleurs sans raison apparente, des accès de colère, une tristesse persistante ou une peur marquée de l’école ou d’une personne en particulier sont autant de signaux souvent ignorés ou minimisés, mais qui doivent alerter.</li> <li>Comportements figés ou de dissociation. Certains enfants adoptent une posture de retrait total&nbsp;: immobilité soudaine, regard absent, gestes ralentis, ou encore refuge dans leur téléphone pour se couper de la réalité. Ce mécanisme de «&nbsp;freeze&nbsp;» est une réponse instinctive à une situation perçue comme menaçante.</li> <li>Évitement ciblé et mutisme partiel. L’enfant peut contourner certains lieux, personnes ou moments précis de la journée. Il devient parfois silencieux, que ce soit à l’école ou à la maison, par peur d’aggraver ce qu’il vit. Ce silence peut dissimuler un harcèlement insidieux&nbsp;: moqueries subtiles, manipulations affectives ou tensions familiales indirectes qui renforcent sa vulnérabilité.</li> </ul> <p><strong>Quelles formes de harcèlement sont les plus répandues chez les enfants ?</strong><br /> Le harcèlement verbal reste l’un des plus fréquents&nbsp;: moqueries, sobriquets humiliants, intimidations, menaces… Ce sont des comportements trop fréquemment banalisés. Le harcèlement relationnel ou social, plus insidieux, se manifeste par l’exclusion volontaire, la stigmatisation familiale, la diffusion de rumeurs ou le rejet. Il est invisible à l’œil nu, mais profondément destructeur. Le cyberharcèlement, lui, s’infiltre dans l’intimité&nbsp;: messages blessants sur WhatsApp, Snapchat ou TikTok, faux profils créés pour humilier, groupes secrets au sein desquels l’enfant devient une cible. Ce harcèlement ne s’arrête jamais, il franchit les murs du foyer. Le harcèlement physique peut survenir très tôt, parfois dès la maternelle&nbsp;: bousculades, vols de fournitures scolaires, coups discrets, agressions liées à la couleur de la peau ou au genre. Enfin, la manipulation émotionnelle et le chantage sont fréquents dans certains cercles dits «&nbsp;populaires&nbsp;». L’enfant est amené à croire qu’il doit «&nbsp;gagner&nbsp;» sa place au sein du groupe, au prix d’humiliations déguisées en défis.</p> <p><strong>Les enseignants sont-ils suffisamment préparés pour prévenir le harcèlement scolaire ?</strong><br /> De nombreux enseignants ont eu une formation de base, mais sur le terrain, la réalité est bien plus complexe. Ils sont souvent débordés, épuisés et à bout émotionnellement. Beaucoup traversent une forme de burn-out silencieux. La peur des réactions agressives de certains parents - menaces, dénigrements, accusations - freine toute tentative d’intervention. Certains enseignants sont eux-mêmes sujets au harcèlement parental. Le manque de soutien institutionnel est criant : à Maurice comme à Rodrigues, il n’existe pas de cellule de soutien psychologique dans les établissements ni de dispositif de supervision continue.</p> <p><strong>Quelles sont les pistes d’amélioration&nbsp;?</strong></p> <ul> <li>Une formation émotionnelle régulière pour les enseignants, axée sur la gestion des conflits, la communication non violente et l’identification des signaux d’alerte.</li> <li>La mise en place d’espaces de dialogue entre les enseignants, la direction et le personnel psychosocial.</li> <li>La construction d’une alliance école-famille fondée sur la coopération : il ne s’agit pas d’être adversaires, mais de partager une responsabilité commune.</li> </ul> <p><strong>Quelles sont les conséquences à long terme d’un harcèlement non pris en charge chez l’enfant ?&nbsp;</strong></p> <ul> <li>Les séquelles peuvent être profondes, durables et parfois invisibles jusqu’à l’âge adulte. Un enfant sujet au harcèlement risque de devenir&nbsp;:</li> <li>Un adulte en perpétuelle adaptation, évitant tout conflit, incapable de poser des limites claires.</li> <li>Ou, à l’inverse, un adulte toxique, reproduisant les mécanismes du harcèlement, faute d’avoir été accompagné dans sa reconstruction.</li> <li>Il peut développer des troubles anxieux, une dépression, des troubles de la personnalité, des comportements d’autosabotage dans sa vie professionnelle, des troubles alimentaires ou encore des conduites addictives.</li> <li>Certains fuient tout lien social, tandis que d’autres cherchent désespérément à plaire, quitte à s’oublier eux-mêmes.</li> </ul> <p><strong>Quelles approches sont efficaces ?</strong></p> <ul> <li>Une thérapie intégrative dès l’enfance&nbsp;: des thérapies de soutien ou des approches sensorielles adaptées aux plus jeunes.</li> <li>La mise en place d’un environnement de confiance autour de l’enfant, avec des adultes et des espaces d’expression libres.</li> <li>Des programmes scolaires axés sur l’estime de soi, la gestion des émotions et la réparation des liens relationnels.</li> </ul> <p><strong>Le harcèlement scolaire touche-t-il davantage certaines tranches d’âge ou certains types d’établissements ?</strong><br /> Absolument. Et il se manifeste souvent de manière insidieuse dès les premières années. Même en maternelle, certains comportements préoccupants apparaissent&nbsp;:</p> <ul> <li>Des enfants qui poussent, crient ou excluent délibérément leurs camarades,</li> <li>Qui brisent volontairement les jouets des autres,</li> <li>Ou qui tournent en dérision les cris ou gestes d’enfants qui ont des besoins particuliers.</li> </ul> <p>Les enfants autrement capables sont particulièrement exposés dès la petite enfance. Lorsque leurs besoins ne sont pas reconnus ni pris en charge, il y a un enchaînement de conséquences&nbsp;:</p> <ul> <li>Des crises répétées interprétées à tort comme des caprices,&nbsp;</li> <li>Un rejet social croissant,</li> <li>Et une pression parentale liée au refus du diagnostic, motivé par la peur du jugement, la honte ou le déni culturel.</li> </ul> <p>Ce refus mène fréquemment à des placements inadaptés dans des classes ordinaires, sans accompagnement adéquat, alimentant ainsi un cercle vicieux difficile à briser.</p> <p><strong>Quel rôle les réseaux sociaux jouent-ils aujourd’hui dans l’aggravation ou la banalisation du harcèlement scolaire ?</strong><br /> Un rôle massif, inédit dans son ampleur. Les enfants sont connectés en permanence - 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 - ce qui les rend vulnérables en continu. Le harcèlement dépasse désormais les limites de l’espace et du temps&nbsp;: il ne s’arrête plus aux grilles de l’école.</p> <p>Un autre facteur préoccupant&nbsp;: de nombreux parents eux-mêmes sont accros aux écrans. Ils transmettent ainsi, sans le vouloir, un modèle de comportement soit compulsif, soit émotionnellement absent.</p> <ul> <li>Pourtant, il existe des outils gratuits que je recommande aux parents. Ces dispositifs, discrets et non intrusifs, permettent d’accompagner les enfants sans les surveiller de manière excessive. Parmi eux&nbsp;: l’application Google Family Link, qui aide à définir des temps d’écran et à visualiser les applications utilisées, tout en favorisant le dialogue. D’autres solutions comme Bark, Qustodio ou OurPact proposent une cosurveillance bienveillante, centrée sur la confiance.</li> <li>Mais au-delà des outils, l’essentiel reste d’instaurer une véritable culture du dialogue et de la coresponsabilité.&nbsp;</li> </ul> <p><strong>Comment reconnaître un élève en détresse suicidaire ?</strong><br /> La souffrance des jeunes ne vient jamais sans signes. Il faut être attentif aux paroles inquiétantes («&nbsp;Je veux que tout s’arrête&nbsp;», «&nbsp;Personne ne se soucie de moi&nbsp;»), aux publications sur les réseaux sociaux, à la perte d’intérêt pour les activités habituelles ou aux sautes d’humeur marquées. L’isolement soudain, la chute des résultats scolaires, le don d’objets personnels ou les comportements à risque (fugues, consommation) sont autant d’alertes. Fatigue constante, troubles du sommeil, variations de poids et négligence de l’hygiène complètent ce tableau.</p> <p>Les enseignants, bien qu’ils ne soient pas des psychologues, sont souvent les premiers témoins. Leur rôle est d’observer, d’écouter sans juger, de créer un espace de parole et de signaler rapidement les cas préoccupants. Les parents, eux, doivent rester vigilants malgré la fatigue ou les écrans omniprésents&nbsp;: écouter activement, poser des questions ouvertes, maintenir une routine rassurante et consulter sans tarder.</p> <p>Face à un risque suicidaire immédiat, il faut rester auprès de l’élève, poser la question sans détour&nbsp;: «&nbsp;As-tu pensé à te faire du mal ?&nbsp;» &nbsp;Et il faut appeler les secours. Chaque mot bienveillant peut faire la différence entre perdre un élève et lui offrir un avenir.</p> </div> <div class="field field--name-field-disqus field--type-disqus-comment field--label-hidden field--item"><drupal-render-placeholder callback="Drupal\disqus\Element\Disqus::displayDisqusComments" arguments="0=Dr%20Anjali%20Boyramboli%C2%A0%3A%20%C2%ABLes%20enfants%20sont%20connect%C3%A9s%20en%20permanence%20et%20sont%20donc%20vuln%C3%A9rables%20en%20continu%C2%BB&amp;1=http%3A//defimedia.info/dr-anjali-boyramboli-les-enfants-sont-connectes-en-permanence-et-sont-donc-vulnerables-en-continu&amp;2=node/175787" token="N0bjnrLFAxLjLKP_OYNCoAh46znSPbeLbLw_7OEelNo"></drupal-render-placeholder></div> Sun, 17 Aug 2025 04:46:00 +0000 Defi Plus 175787 at http://defimedia.info Sameer Sharma : «Il faut taxer davantage les monopoles et oligopoles tout en encourageant une concurrence plus ouverte» http://defimedia.info/sameer-sharma-il-faut-taxer-davantage-les-monopoles-et-oligopoles-tout-en-encourageant-une-concurrence-plus-ouverte <span>Sameer Sharma : «Il faut taxer davantage les monopoles et oligopoles tout en encourageant une concurrence plus ouverte»</span> <span><span lang="" about="/users/quotidien" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="">Defi Quotidien</span></span> <span>sam 16/08/2025 - 08:24</span> <div class="field field--name-field-main-picture field--type-image field--label-hidden field--item"> <img src="/sites/default/files/styles/node_content_picture/public/130825_sameer.jpg?itok=biZZQTB9" width="1280" height="720" alt="" typeof="foaf:Image" class="img-responsive" /> </div> <div class="field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field--item"><p>Le Budget 2025-2026 aura-t-il été une occasion manquée de réformer profondément certains aspects de notre économie, comme le promettait l’Alliance du Changement en novembre 2024 ? «&nbsp;Le sentiment général ne s’est pas trop amélioré », fait observer l’économiste Sameer Sharma. Toutefois, il nuance : « Il n’est pas trop tard pour redresser la situation, à condition de placer les bonnes personnes aux bons postes, d’affronter les groupes d’intérêts… ».</p> <p><strong>Quel est votre sentiment après le premier Budget du nouveau gouvernement&nbsp;? Est-ce que les principales attentes de la population ont été traitées ?</strong><br /> Il est souvent dit que le marché ne ment jamais : il reflète, sur le long terme, la réalité économique, que cela plaise ou non aux responsables politiques. Si le marché peut se réjouir d’une consolidation budgétaire amorcée, il n’en demeure pas moins que la confiance dans la capacité de Maurice à devenir un pôle d’investissement et de création de richesse reste limitée. En effet, la Banque de Maurice elle-même exerce une pression constante sur les banques commerciales afin qu’elles proposent des solutions d’investissement susceptibles d’inciter les particuliers et les entreprises mauriciennes à rapatrier une partie des un à trois milliards de dollars américains détenus sous forme de dépôts et d’actifs à l’étranger, et à les convertir en roupies mauriciennes pour améliorer la liquidité sur le marché local des changes. Jusqu’à présent, ces efforts sont restés vains.</p> <p>Le marché des capitaux local demeure sous-développé et l’économie manque d’opportunités suffisamment attractives pour inciter les acteurs à délaisser les devises étrangères au profit d’actifs libellés en roupies. Personne n’a intérêt à conserver une monnaie qui ne cesse de se déprécier.</p> <p>Certes, on observe quelques améliorations sur le marché à terme du dollar contre la roupie, mais la Banque centrale persiste à appliquer des politiques héritées de l’ère MSM, qui continuent de fragmenter le marché des changes. Par ailleurs, si le Budget affiche des avancées en matière de consolidation budgétaire, il manque cruellement d’audace dans la mise en œuvre de réformes structurelles majeures susceptibles d’accroître la productivité. Le système fiscal, quant à lui, n’a pas été modernisé et reste largement fondé sur des conceptions dépassées, portées par des économistes nommés pour des raisons politiques. L’absence de mesures ciblant efficacement l’économie de rente et les oligopoles, par exemple via des taxes exceptionnelles sur les profits, constitue une occasion manquée.</p> <p>En outre, peu de progrès ont été réalisés pour le moment en ce qu’il s’agit d’ouvrir cette économie dominée par les rentes et les oligopoles à une concurrence plus libre et équitable, en dehors de quelques annonces de principe sur la réforme de la Competition Commission. Le manque d’appétit pour la privatisation des entreprises publiques, souvent mal gérées et majoritairement détenues par l’État, est manifeste. Non seulement la privatisation permettrait de générer des recettes, mais elle stimulerait également la productivité et la croissance à long terme. Malheureusement, les responsables politiques tiennent à conserver le contrôle de ces entreprises via des nominations arbitraires, ce qui nous oblige à consentir des sacrifices ailleurs. Il existe peu de volonté politique pour démanteler le système de clientélisme, et la privatisation est systématiquement repoussée, malgré le piètre bilan des entreprises publiques.</p> <p>Depuis leur arrivée au pouvoir, les responsables politiques n’ont eu de cesse de vanter la stabilité de la roupie. Pourtant, la réalité est tout autre : le taux de change officiel est fixé à un niveau où l’offre et la demande ne s’équilibrent même pas, ce qui explique l’impossibilité d’obtenir des devises en quantité suffisante au taux affiché. Parler de stabilité de la roupie alors que la liquidité fait défaut au taux officiel n’a donc aucun sens.</p> <p>Les cambistes locaux et le marché parallèle affichent des taux supérieurs d’une roupie ou plus au taux officiel, tandis que les grandes contreparties régionales et internationales, qui traitent avec les principales banques du pays, n’acceptent de fournir des dollars contre des roupies qu’à des niveaux proches de 48 à 49 roupies pour un dollar. Ce décalage traduit un manque persistant de confiance dans la monnaie locale et dans l’économie mauricienne. Les marchés des changes, eux, ne mentent jamais, même si l’on tente de les contrôler.</p> <p>La consolidation budgétaire et la hausse des impôts étaient nécessaires, mais leur conception et leur mise en œuvre, dans un contexte mondial plus difficile, risquent de freiner la croissance locale et de maintenir les ratios d’endettement au-dessus des objectifs fixés.</p> <p>En somme, le sentiment général ne s’est pas trop amélioré. Tant du côté des investisseurs que des consommateurs, la confiance s’est un peu détériorée. Toutefois, il n’est pas trop tard pour redresser la situation, à condition de placer les bonnes personnes aux bons postes, d’affronter les groupes d’intérêts et de privilégier l’intérêt national à long terme sur les intérêts particuliers.</p> <blockquote> <p>À Maurice, la tendance persiste à ne pas nommer des personnes indépendantes d’esprit ou réellement expérimentées dans&nbsp;le domaine concerné.»</p> </blockquote> <p><strong>La question de la réforme de la pension universelle a soulevé des débats intenses dans la rue. Était-ce le moment propice pour présenter une telle réforme, qui sera adoptée par le Parlement ?</strong><br /> Après plus d’une décennie de politiques populistes peu soutenables, le gouvernement mauricien s’est finalement engagé dans une réforme des retraites. Cependant, ces mesures arrivent tardivement et semblent avoir été menées de façon précipitée, sans consultations approfondies ni stratégie pour amortir l’impact sur la population.</p> <p>La situation actuelle est critique :</p> <ul> <li>La pension de retraite de base n’est pas financée par un fonds dédié, mais uniquement par les impôts et la dette publique, ce qui la rend vulnérable à l’inflation et à l’instabilité financière.</li> <li>Le National Pension Fund ne reçoit plus les contributions nécessaires depuis plusieurs années et ses rendements sont insuffisants face à ses engagements.</li> <li>Les régimes de retraite à prestations définies (publics) sont déficitaires, tandis que les régimes à cotisations définies (publics et privés) souffrent d’un manque de diversification et de faibles rendements, aggravés par un marché financier local peu développé et peu liquide.</li> </ul> <p>La réforme annoncée par le gouvernement se limite essentiellement à relever l’âge de la retraite et à créer un comité de réflexion, sans aborder les vrais enjeux structurels tout de suite.<br /> Axes de réforme pour un système de retraite durable</p> <p>1 Rendre la pension de base plus équitable</p> <ul> <li>Il est nécessaire de maintenir une pension de base universelle financée par les taxes pendant encore quinze ans, mais en modulant le montant versé en fonction des revenus de retraite de chacun. Cela permettrait de mieux cibler l’aide publique sans léser les plus modestes.</li> </ul> <p>2 Renforcer la capitalisation et la gestion indépendante</p> <ul> <li>Tous les Mauriciens ayant au moins 15 ans avant la retraite devraient cotiser davantage à leur future pension.</li> <li>Ce qui subsiste du National Pension Fund pourrait servir de capital de départ à un nouveau fonds de pension universel, géré de manière professionnelle et indépendante (par le privé ou une nouvelle autorité nationale d’investissement), à l’abri des interférences politiques.</li> </ul> <p>3 Développer les marchés de capitaux et la gestion professionnelle</p> <ul> <li>Il est crucial de saisir l’opportunité de la réforme des retraites pour professionnaliser la gestion des actifs de retraite et développer les marchés financiers locaux, actuellement trop restreints et illiquides.</li> </ul> <p><strong>Le Budget contient-il des réformes qui font partie du programme de gouvernement de l’alliance au pouvoir ?</strong><br /> Une réforme majeure devait porter sur la mise en place de comités de sélection pour les nominations à des postes politiques clés. Jusqu’à présent, on a certes observé quelques bonnes nominations, mais bien trop d’autres n’ont suivi aucun processus méritocratique. À Maurice, la tendance persiste à ne pas nommer des personnes indépendantes d’esprit ou réellement expérimentées dans le domaine concerné. On continue de voir beaucoup de nominations issues de l’ancienne génération des baby-boomers, qui, dans bien des cas, ont largement dépassé leur période de compétence optimale. Beaucoup de Mauriciens, tant sur le plan local qu’à l’étranger, se demandent où est le véritable changement ? Certes, le pays est plus démocratique et plusieurs membres de l’actuel gouvernement sont animés de bonnes intentions, mais les Mauriciens ont voté pour des réformes majeures. Or, ce que l’on obtient, ce sont des réformes conservatrices.</p> <p>Une autre réforme d’importance, peu évoquée lors de la campagne, est cette augmentation controversée de l’âge de la retraite. En réalité, tous les partis avaient promis monts et merveilles à la population. De nombreux économistes avaient pourtant averti la classe politique que la situation économique était très préoccupante. Il serait donc inexact de dire que les responsables ignoraient la gravité du contexte. Tous les partis se sont concentrés sur leur victoire électorale, misant sur la crédulité d’une partie de la population. L’objectif principal était d’évincer le MSM à tout prix. Aujourd’hui, c’est le gouvernement en place qui en paie les conséquences.</p> <blockquote> <p>De nombreux économistes avaient averti la classe politique que la situation économique était très préoccupante...»</p> </blockquote> <p><strong>Certains professionnels de la finance et observateurs font valoir que Maurice risque de perdre son attractivité avec l’introduction de la Fair Share Contribution, qui équivaudrait à une double imposition… Ce Budget crée-t-il les conditions indispensables pour retenir les compétences locales et pour en attirer d’autres de l’étranger ?</strong><br /> Il est essentiel de comprendre qu’entre 2019 et 2024, le bilan de la Banque centrale, et par ricochet la monnaie locale, ont été mis à mal pour venir en aide au secteur privé, et indirectement aux grandes banques exposées à ces acteurs majeurs. L’économie mauricienne se caractérise par une forte concentration du secteur privé, et les interventions de la Mauritius Investment Corporation (MIC) ont été mal conçues et déséquilibrées. Pendant que la classe moyenne s’appauvrissait sous l’effet de la dépréciation de la roupie, l’État s’endettait davantage, le bilan de la Banque centrale se détériorait, tandis que les comptes des entreprises privées s’amélioraient.</p> <p>Dans ce contexte, il était évident qu’il fallait instaurer des taxes sur les profits exceptionnels à l’encontre de tous les bénéficiaires des politiques de l’ère MSM, qui ont largement privatisé les gains tout en socialisant les pertes supportées par la classe moyenne. Le problème n’est pas tant que certains aient dû contribuer davantage, mais qu’aujourd’hui chaque entrepreneur y est soumis, y compris ceux qui souhaitent lancer une start-up ou dont le chiffre d’affaires dépasse à peine 26 millions de roupies.</p> <p>Idéalement, il aurait fallu cibler les profits exceptionnels générés par la dépréciation de la roupie, en taxant prioritairement les grandes entreprises ayant enregistré des bénéfices records ces dernières années. Il aurait été plus pertinent de s’attaquer à l’économie de rente en instaurant une taxe sur la valeur foncière (land value tax) pour les grands propriétaires terriens, plutôt que de taxer les investisseurs immobiliers étrangers. Une révision de tous les baux de l’État au secteur privé s’imposait, en indexant les loyers sur un pourcentage du chiffre d’affaires des entreprises, tout en maintenant un faible niveau d’imposition sur les revenus des particuliers (income tax) pour encourager le travail. De nombreux acteurs privés bénéficient encore de baux fonciers publics à des conditions très avantageuses, qui mériteraient d’être réévaluées pour garantir une contribution plus équitable.</p> <p>Il aurait également été judicieux de concentrer les hausses d’impôts sur les grands groupes, tout en préservant une fiscalité attractive pour les autres entreprises, notamment dans les secteurs à fort potentiel de croissance, et d’offrir des incitations fiscales à ceux qui investissent localement et créent des emplois à Maurice.</p> <p>Concernant l’immobilier, il n’aurait jamais fallu envisager une taxation des plus-values pour les étrangers ou une augmentation des droits d’enregistrement. Il aurait été préférable de négocier une meilleure répartition des profits entre l’État, les grands propriétaires fonciers et les promoteurs, via des taxes ciblées. Taxer les étrangers qui apportent des devises dans un pays à fort déficit commercial, au lieu de prélever une part plus importante des profits des promoteurs, n’est pas une stratégie pertinente.</p> <p>Par ailleurs, un effort bien plus conséquent aurait dû être fait pour réduire la taille de l’appareil d’État, accélérer la privatisation et mettre en œuvre des réformes favorables à la concurrence, menées par le secteur privé, afin de stimuler la croissance et les recettes, et ainsi limiter l’ampleur des hausses d’impôts.</p> <p>Tout le monde s’accorde à dire que la situation économique est préoccupante et que des sacrifices sont nécessaires, mais ce sont les principaux bénéficiaires des cinq dernières années qui devraient contribuer le plus. Il est important de souligner qu’aucun audit indépendant, mené par un cabinet international reconnu et sans conflit d’intérêts avec le secteur privé local, n’a été réalisé sur l’ensemble des opérations de la MIC, y compris sur les nombreux intermédiaires ayant facilité des montages peu transparents. Nous n’avons toujours pas une vision claire des pertes potentielles que la Banque de Maurice pourrait enregistrer suite à une évaluation neutre des actifs illiquides de la MIC par un cabinet international de renom.</p> <p>Des contributions ciblées et équitables constitueraient en réalité un remboursement des gains exceptionnels réalisés par ceux qui ont le plus profité de l’intervention de l’État.</p> <p><strong>Comment expliquez-vous que cette nouvelle année, et après l’alternance au sommet de l’État, Maurice multiplie son recours à la main-d’œuvre étrangère, si bien que celle-ci est désormais présente dans presque tous les secteurs ?</strong><br /> Si les Mauriciens devraient être plus ouverts aux travailleurs étrangers, davantage d’efforts peuvent être faits pour encourager les femmes locales à intégrer le marché du travail à Maurice. Il faut aussi comprendre que le secteur privé est concentré entre les mains de quelques grands acteurs qui exercent un contrôle quasi-oligopolistique sur l’économie. Cela limite non seulement la concurrence, l’innovation et la productivité, mais l’absence d’alternatives d’emploi freine aussi la progression des salaires.</p> <p>Par ailleurs, sans les bonnes relations ou liens politiques, l’évolution de carrière dans le secteur public reste très limitée.</p> <p>Ainsi, de nombreux locaux cherchent à s’expatrier vers de meilleures opportunités. Les grandes entreprises privilégient quant à elles l’embauche de travailleurs étrangers bon marché. Ce dont nous avons réellement besoin, ce sont des travailleurs qualifiés et bien rémunérés venus de l’étranger, ainsi qu’une stratégie plus équilibrée pour les emplois à bas salaires.</p> <blockquote> <p>Aucun audit indépendant n’a été réalisé sur l’ensemble des opérations de la MIC, y compris sur les nombreux intermédiaires ayant facilité des montages peu transparents.»</p> </blockquote> <p><strong>L’économie mauricienne peut-elle se fier aux investissements privés domestiques afin de se relancer, ayant en tête la fusion récente de deux grands conglomérats dits historiques ?</strong><br /> L’investissement privé local pourrait être dynamisé si l’on favorisait davantage la concurrence sur des marchés libres et si l’on utilisait la fiscalité pour encourager ou décourager certains comportements des acteurs économiques.</p> <p>Si l’on se fie au cours de la Bourse, la valeur post-fusion du conglomérat récemment mentionné n’a pas particulièrement bien évolué, malgré la diversité de ses activités. Ce modèle de conglomérat ne fonctionnerait pas toujours aux États-Unis ou dans de nombreux pays où l’actionnariat est plus diversifié et exigeant envers les entreprises. Le dicton anglais « Jack of all trades but master of none » correspond bien à ce modèle.</p> <p><strong>Qu’est-ce qui explique que le gouvernement n’ait rien annoncé concrètement en termes de création de nouveaux piliers économiques, notamment celui d’une économie bleue&nbsp;? Et à ce titre, quel pays serait en mesure de nous soutenir dans la mise en œuvre d’un tel projet ?</strong><br /> Nous devons cesser de penser et de croire que les politiciens possèdent une connaissance divine sur la manière de gérer une économie et de générer de bons rendements sur les investissements. Le meilleur que les gouvernements puissent faire, c’est de créer un environnement propice à un secteur privé plus dynamique et compétitif, capable de trouver les solutions par lui-même. Les gouvernements peuvent, au mieux, utiliser la fiscalité et la réglementation pour orienter les acteurs économiques dans une certaine direction.</p> <p>Oui, Maurice peut vouloir tirer parti de ses relations avec l’Inde et l’Europe pour accéder à des capitaux et s’engager dans des coentreprises afin de développer notre économie bleue, mais au cœur du dispositif, c’est au secteur privé de prendre les devants. Nous avons besoin de plus de concurrence et d’un secteur privé mauricien plus dynamique et moins enclin à la recherche de rentes.</p> <p>Nous ne pouvons pas attendre que de nouveaux secteurs émergent miraculeusement avec le même profil d’acteurs économiques qu’aujourd’hui. Il est temps d’arrêter de rêver et de revenir à la réalité.</p> <p><strong>Le gouvernement prévoit que dans trois ans, l’économie mauricienne sera en mesure de se remettre sur les rails et de mettre en œuvre ses grands chantiers. Mais peut-on savoir ce qui pourrait arriver d’ici cette date ?</strong><br /> La consolidation fiscale était nécessaire, mais ce qui m’inquiète, c’est que le Budget n’a pas envoyé de signaux suffisamment positifs aux investisseurs étrangers et locaux, et que les politiques n’étaient pas assez ciblées. Il est probable que la croissance moyenne soit inférieure à 4 %, que la roupie reste sous pression face à un panier de devises majeures, et qu’à terme, nous devions compter sur l’inflation pour réduire les ratios d’endettement. Ce Budget est bien intentionné et constitue au moins une rupture avec le passé, mais il ne va pas assez loin pour propulser l’économie au niveau supérieur. Après une décennie de mauvaises politiques économiques, nous avions besoin d’un Budget A+, mais ce que nous avons reçu, c’est un Budget B-.</p> <p><strong>De nombreux entrepreneurs et dirigeants de conglomérats locaux réaffirment leur souhait de voir se réformer les lois du travail afin d’augmenter la productivité. Ce souhait est-il justifié ?</strong><br /> Je suis d’accord pour dire que Maurice a besoin de plus de flexibilité sur le marché du travail et de moins d’ingérence gouvernementale dans la fixation des salaires, mais ce que les conglomérats ne diront pas, c’est que nous avons aussi besoin de réformes de marché plus libres avec davantage de concurrence. Nous devrons taxer davantage les monopoles et oligopoles tout en encourageant une concurrence plus ouverte en ouvrant réellement notre marché. Ce n’est que si nous avons plus de concurrence que nous pourrons envisager des réformes du marché du travail. Il nous faut une situation gagnant-gagnant, et non un scénario gagnant-perdant où, malgré un changement de gouvernement, les gains continuent d’être privatisés par quelques-uns tandis que les pertes sont socialisées par le reste de la population.</p> </div> <div class="field field--name-field-disqus field--type-disqus-comment field--label-hidden field--item"><drupal-render-placeholder callback="Drupal\disqus\Element\Disqus::displayDisqusComments" arguments="0=Sameer%20Sharma%20%3A%C2%A0%C2%ABIl%20faut%20taxer%20davantage%20les%20monopoles%20et%20oligopoles%20tout%20en%20encourageant%20une%20concurrence%20plus%20ouverte%C2%BB&amp;1=http%3A//defimedia.info/sameer-sharma-il-faut-taxer-davantage-les-monopoles-et-oligopoles-tout-en-encourageant-une-concurrence-plus-ouverte&amp;2=node/175651" token="-J5zuid_ESsEk9ObJzVfYeNHm2_TMS6BKMEBLjCTyRE"></drupal-render-placeholder></div> Sat, 16 Aug 2025 04:24:00 +0000 Defi Quotidien 175651 at http://defimedia.info Vidya Charan : «Il faut renforcer la responsabilisation des femmes» http://defimedia.info/vidya-charan-il-faut-renforcer-la-responsabilisation-des-femmes <span>Vidya Charan : «Il faut renforcer la responsabilisation des femmes»</span> <span><span lang="" about="/users/jdedans" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="">Jean Claude Dedans</span></span> <span>ven 08/08/2025 - 07:46</span> <div class="field field--name-field-main-picture field--type-image field--label-hidden field--item"> <img src="/sites/default/files/styles/node_content_picture/public/vidya_charan_.jpg?itok=7juPWPre" width="1280" height="720" alt="" typeof="foaf:Image" class="img-responsive" /> </div> <div class="field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field--item"><p>Après la découverte d’un nourrisson abandonné dans un sac à Rose-Hill, plusieurs questions sont soulevées. Vidya Charan, directrice de la Mauritius Family Planning Welfare Association (MFPWA), évoque un manque de soutien parental, la pauvreté et l’ignorance des moyens contraceptifs. La hausse des grossesses précoces souligne l’urgence d’introduire une éducation sexuelle complète dans les collèges, dit-elle.</p> <p><strong>Maurice a recensé quelque 233 enfants abandonnés entre 2021 et 2024. Le dernier cas remonte au début de cette semaine à Rose-Hill. Comment expliquer ce phénomène ?</strong><br /> Lorsqu’une famille – le père et la mère – décide d’un commun accord d’abandonner son bébé, c’est à la fois triste et déplorable. Un nourrisson a besoin d’affection, d’attention et surtout de l’amour de ses parents.<br /> Souvent, si une mère se voit obligée d’abandonner le bébé qu’elle a porté pendant neuf mois, c’est par manque de soutien de la part de son partenaire. Parfois aussi, elle découvre sa grossesse trop tard, ce qui l’empêche d’envisager un avortement, même si cette pratique reste illégale à Maurice. Comment, alors, faire face seule à cette réalité dans le regard de la société ?</p> <p>À cela s’ajoute la cherté de la vie : élever un enfant coûte cher aujourd’hui. Il faut également composer avec le regard des autres, à commencer par celui des proches.</p> <p><strong>Devant cette problématique, l’enfant deviendrait-il un fardeau pour la maman?</strong><br /> L’enfant peut être considéré, malgré l’amour de la mère, comme un fardeau, surtout si celle-ci ne travaille pas et qu’il y a une absence de ressources financières et de soutien de la part de l’entourage. Il faudrait renforcer la responsabilisation des femmes, en particulier des adolescentes et des mineures, car il existe des moyens de contraception gratuits et accessibles dans les services de santé publique.</p> <p><strong>Même pour les mineures ?</strong><br /> Souvent, le service de santé publique ne demande pas de carte d’identité pour offrir des contraceptifs. Dans le secteur privé, ces produits sont en vente libre. Cependant, certaines jeunes filles ressentent de la gêne à l’idée de se rendre dans un dispensaire pour demander la pilule contraceptive, en raison des jugements ou du regard des autres.</p> <p><strong>Il y a une impression de libéralisation de la sexualité chez nos jeunes…</strong><br /> Il ne faut pas se voiler la face. Le nombre de grossesses précoces, souvent non désirées, est en constante augmentation. Les jeunes d’aujourd’hui sont sexuellement très actifs. Certaines jeunes filles banalisent les rapports sexuels, recherchant le plaisir sans mesurer les conséquences sur leur santé, leur éducation et leur avenir. Il est essentiel de les préparer à avoir une vie sexuelle active, mais surtout responsable.</p> <p><strong>N’y aurait-il pas un manque d’information chez les jeunes, qui ignorent souvent les moyens de protection existants ? Ne pensez-vous pas qu’il serait temps d’introduire l’éducation sexuelle dans nos collèges ?</strong><br /> La MFPWA organise des causeries et nous sommes sollicités dans de nombreux établissements, mais il nous est impossible de couvrir toute l’île. Nous animons des sessions d’éducation sexuelle complète (Comprehensive Sexuality Education), mais cela reste insuffisant.</p> <p><strong>Pourquoi ne pas intégrer un module d’éducation sexuelle en tant que matière dans le syllabus ?</strong><br /> C’est précisément ce qu’il faudrait : un module à part entière dispensé dans les collèges.</p> <p><strong>Ce module est longtemps resté tabou pour nos gouvernants. Pourquoi ?</strong><br /> Le tabou commence à s’estomper. Une demande officielle pour l’introduction d’un module sur l’éducation sexuelle dans les collèges a déjà été soumise au gouvernement. Actuellement, il existe une matière appelée « Health Education », mais celle-ci ne couvre pas suffisamment les compétences essentielles pour faire comprendre les dangers des relations sexuelles non protégées, les conséquences d’une infection sexuellement transmissible (MST), du VIH/sida, entre autres risques.</p> <p>&nbsp;</p> </div> <div class="field field--name-field-disqus field--type-disqus-comment field--label-hidden field--item"><drupal-render-placeholder callback="Drupal\disqus\Element\Disqus::displayDisqusComments" arguments="0=Vidya%20Charan%20%3A%20%C2%ABIl%20faut%20renforcer%C2%A0la%20responsabilisation%C2%A0des%20femmes%C2%BB&amp;1=http%3A//defimedia.info/vidya-charan-il-faut-renforcer-la-responsabilisation-des-femmes&amp;2=node/175408" token="NhUfIBFB6pQWAt3FFnZnWzQqi68c6JqVkXU5BO9kmm8"></drupal-render-placeholder></div> Fri, 08 Aug 2025 03:46:30 +0000 Jean Claude Dedans 175408 at http://defimedia.info Fabrice David : «Nous avons opté pour des décisions difficiles quitte à être impopulaires» http://defimedia.info/fabrice-david-nous-avons-opte-pour-des-decisions-difficiles-quitte-etre-impopulaires <span>Fabrice David : «Nous avons opté pour des décisions difficiles quitte à être impopulaires»</span> <span><span lang="" about="/users/jdedans" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="">Jean Claude Dedans</span></span> <span>mer 06/08/2025 - 07:30</span> <div class="field field--name-field-main-picture field--type-image field--label-hidden field--item"> <img src="/sites/default/files/styles/node_content_picture/public/fabrice_david3.jpg?itok=jmwNNkVi" width="1280" height="720" alt="" typeof="foaf:Image" class="img-responsive" /> </div> <div class="field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field--item"><p>Fabrice David est connu pour sa franchise, parfois dérangeante pour certains. Lucide et ferme dans ses convictions, il estime que le gouvernement dirigé par Navin Ramgoolam a fait le choix de prendre des décisions difficiles, au risque de perdre en popularité.&nbsp;<br /> <br /> <strong>Vous avez un patronyme connu, est-ce que cela a une importance en politique d’être le fils de ?</strong><br /> Être le fils de James Burty David est à la fois une fierté et une responsabilité pour moi. Mon père a été politicien, député et ministre tout en étant un fidèle lieutenant du Parti travailliste. Il est un symbole de loyauté absolue en politique. Et, dans la circonscription No. 1 où j’ai repris le flambeau laissé par mon père, les habitants parlent encore de lui pour le bien qu’il a fait et, aujourd’hui, je continue le travail pour le développement de la circonscription et le bien-être des habitants avec les mêmes convictions qui habitaient mon père, tout en imprimant ma marque personnelle et en adoptant mon propre style. L’électorat du No.1 m’a fait confiance à deux reprises en faisant de moi leur premier élu en 2019 et en 2024. Je leur suis très reconnaissant et je vais tout faire pour être à la hauteur de cette confiance.</p> <p><strong>Vous êtes à votre deuxième mandat. &nbsp;La pension des élus est contestée... La rue crie !</strong><br /> Les membres du gouvernement que nous sommes restent au plus près des préoccupations et des attentes de la population, et quand la rue crie, nous entendons, nous écoutons et nous agissons.&nbsp;</p> <p>Permettez-moi de vous rappeler le contraste entre l’ancien et l’actuel Premier ministre lorsqu’il s’agit des revendications de la rue. Pravind Jugnauth avait affirmé que ce n’est pas la rue qui dicte son choix et le choix de son gouvernement, alors que le Dr Ramgoolam a renversé une décision arbitraire du CEO de la COIREC qui voulait interdire la manifestation publique. Il a demandé au Commissaire de police de permettre le rassemblement citoyen qui pourtant venait contester son propre projet de réforme.</p> <p><strong>En parlant de cette pension contributive que de nombreux parlementaires mettent en avant, il convient de regarder les faits. La contribution s’élève à 6 % du dernier salaire annuel. Sur dix ans, cela représenterait, dans le scénario le plus élevé, environ Rs 3 millions. En retour, le parlementaire — prenons votre cas, compte tenu de votre jeune âge — percevrait plus d’une dizaine de millions de roupies. Est-il normal de poncer autant l’argent public ?</strong><br /> Poncer l’argent public ? Avez-vous vu comment le gouvernement de Pravind Jugnauth a pillé les caisses publiques pour payer des honoraires de Rs 84,7 millions à une avouée entre 2015 et 2024. Que dites-vous des Rs 287,2 millions versées à Sattar Hajee Abdoula pendant cette même période ? Qu’en est-il des Rs 160 millions de Reward Money versées sur le compte de l’ACP Dunraz Gangadin qui se défend ? Est-ce normal qu’on dépense autant d’argent public pour des proches du MSM ? Et dois-je vous rappeler que le gouvernement MSM a dépensé plus de Rs 5 milliards d’argent public pour espionner tous les citoyens de notre pays ?</p> <p>Venons-en à votre question. J’ai, certes, le mérite d’être un jeune politicien. Et je dois vous dire honnêtement que j’ai renoncé à une riche carrière professionnelle en France pour faire de la politique à Maurice parce que je veux contribuer à la transformation de mon pays et au bien-être de mes compatriotes. Je viens tout juste de commencer cette mission au sein du gouvernement du Changement. Il est donc prématuré de parler de ma retraite à ce stade.</p> <p><strong>La réforme de la Basic Retirement Pension (BRP) fait grincer des dents. Même si elle était nécessaire, sans doute aurait-il fallu l’annoncer dans le manifeste électoral de l’Alliance du Changement. Le résultat des élections de novembre 2024 aurait-il été différent ? Votre réaction ?</strong><br /> Comment pouvions-nous l’annoncer dans notre manifeste électoral, alors que nous n’avions aucune idée de l’ampleur des dégâts qui nous attendaient ? Dès sa prise de fonctions, le Premier ministre et ministre des Finances a commandé un audit des finances publiques. Ce travail a abouti au rapport The State of the Economy, déposé à l’Assemblée nationale. Et ce rapport démontre clairement l’héritage économique catastrophique laissé par le tandem Jugnauth/Padayachy.&nbsp;</p> <p>Le coût de la Basic Retirement Pension (BRP) est passé de Rs 5,97 milliards en 2010 à Rs 55,4 milliards en 2025, soit une hausse spectaculaire de 828 %. Il faut regarder la vérité en face : si nous n’agissons pas, notre système de pensions s’effondrera. Ce sont nos enfants et petits-enfants qui en paieront le prix. Réformer c’est protéger ; c’est assurer à chaque génération une retraite digne, sans transférer nos erreurs aux générations futures. Refuser cette réforme, c’est choisir la facilité aujourd’hui et l’effondrement demain. Et n’oublions pas que le Premier ministre est venu avec un ‘Income Support’ de Rs 10 000 par mois pour 46 % des personnes qui auront 60 ans à partir du 1er septembre 2025. Cette mesure de transition coûtera Rs 8,7 milliards au cours des cinq prochaines années.</p> <p><strong>En tant que Junior Minister à l’Agro-industrie, quels sont vos objectifs ?</strong><br /> Je partage la vision du gouvernement et les objectifs du ministre Arvin Boolell, à savoir améliorer la sécurité alimentaire du pays, augmenter la qualité et la quantité de nos productions agricoles et réduire nos importations alimentaires. Cela passe par un soutien plus renforcé à nos agriculteurs, par l’utilisation de systèmes de production respectueux de l’environnement et par la démocratisation des nouvelles technologies agricoles (AgriTech). Il nous faudra investir dans l’irrigation, le stockage, le transport et la connectivité rurale et également encourager l’engagement des jeunes par la formation et le financement.</p> <p><strong>On parle d’autosuffisance alimentaire, mais cela ressemble encore à un rêve lointain. Des champs de canne sont laissés à l’abandon, la relève tarde à venir, et les incitations à destination des jeunes sont rares. Quelles mesures concrètes proposeriez-vous pour encourager une agriculture assistée, intelligente et orientée vers l’agro-bio ?</strong><br /> Nous sommes autosuffisants en bananes et en volaille pour ne prendre que ces deux exemples. Nous devons être réalistes : nous ne pourrons pas être autosuffisants sur tous nos produits alimentaires. Étant dans une région tropicale, nous ne pouvons pas produire des denrées adaptées aux climats tempérés. Nous avons une superficie limitée et la demande en terres agricoles ne cesse d’augmenter. Il faut donc proposer une transition vers l’AgriTech, l’agriculture verticale et l’économie circulaire dans les systèmes agroalimentaires. L’agriculture intelligente met l’accent sur la précision et l’efficacité en exploitant la technologie pour rendre l’agriculture plus productive. L’agriculture biologique, quant à elle, privilégie les processus naturels et la durabilité, protégeant la santé, les sols et l’environnement en évitant souvent les outils synthétiques. Ces deux approches peuvent être complémentaires dans notre pays. Et je vous rappelle qu’une enveloppe de Rs 800 millions a été votée dans le Budget national 2025/26 pour soutenir les planteurs et éleveurs à travers une panoplie de mesures.</p> <p><strong>La Land Bank, projet cher au ministre de tutelle depuis plusieurs années, en est où aujourd’hui ? S’agit-il d’un véritable projet en marche ou simplement d’un vœu pieux ?</strong><br /> Des consultations ont été menées auprès de toutes les parties prenantes à ce sujet, à savoir : Landscope Ltd, Rose Belle Sugar Estate, Sugar Investment Trust, l’Irrigation Authority, la Mauritius Cane Industry Authority et le ministère de l’Agro-industrie, de la Sécurité alimentaire, de l’Économie bleue et de la Pêche. L’objectif de cette mesure est de regrouper toutes les terres disponibles sous l’égide des entités gouvernementales afin de se concentrer sur la promotion des activités agricoles. Des statistiques sur l’étendue des terres disponibles ont déjà été compilées et des discussions sont en cours avec un prestataire de services potentiel pour l’acquisition d’un système de banque foncière numérique afin de faciliter les demandes de terres. Des consultations supplémentaires seront menées afin de finaliser la procédure de demande et ainsi permettre au public d’accéder facilement et rapidement aux terres agricoles.</p> <p><strong>Venons-en au Market Fair de Wooton. Le ministre a parlé d’un important gaspillage d’argent public, tout en affirmant qu’il n’est pas opposé à l’idée de créer des marchés forains répartis dans les quatre coins de l’île. Pourquoi ne pas envisager, dans cette optique, l’organisation régulière de Market Fairs chaque week-end, au bénéfice direct des consommateurs ?</strong><br /> Notre pays est relativement petit, avec un circuit court déjà existant. Seul un certain volume de légumes et fruits frais transite par le National Wholesale Market. Le reste passe, soit par des intermédiaires (vers les hôtels ou les hypermarchés), soit — dans la majorité des cas — directement des planteurs aux consommateurs. Les cultures vivrières et les fruits sont vendus directement lors des foires régionales et des petits bazars. Des discussions vont bientôt débuter pour revoir le mode de fonctionnement du National Wholesale Market, car certaines failles dans la gestion ont conduit à des pertes financières. Un exercice de révision est nécessaire pour corriger certains aspects du modèle existant et des pourparlers devraient bientôt débuter concernant la décentralisation du marché, afin de mieux desservir les différentes régions.</p> <p><strong>En France, le concept du “plateau du jour” ou “de la semaine” permet aux petits planteurs de vendre directement les produits de leur terroir aux habitants de leur région, sans passer par des intermédiaires. Que pensez-vous de l’adoption d’un modèle similaire à Maurice ?</strong><br /> Le concept du ‘Plateau du jour ou de la semaine’ est en phase avec la vision de l’Agricultural Marketing Bard (AMB) de favoriser un circuit court entre les planteurs et les consommateurs. Permettre aux petits producteurs de vendre directement, c’est valoriser le terroir, améliorer leurs revenus et renforcer le lien entre agriculture locale et alimentation saine.&nbsp;</p> <p>Dans le plan initial du National Wholesale Market, il avait justement été prévu un ‘Planters’ Corner’: un espace dédié aux planteurs, où ils allaient pouvoir vendre leurs produits directement aux consommateurs, aux enchérisseurs et même aux revendeurs, sans passer obligatoirement par de multiples intermédiaires. Malheureusement, ce projet n’a pas été poursuivi par le gouvernement MSM qui n’a pas jugé utile de lui accorder la priorité. Nous sommes convaincus qu’un tel espace serait bénéfique à tous les acteurs de la chaîne agricole. Démocratiser l’accès au marché est une condition essentielle pour dynamiser l’agriculture locale et redonner confiance aux petits planteurs.</p> <p><strong>Passons à la politique : en tant que Junior Minister, quels sont vos projets, car vous avez été jusqu’ici discret ?</strong><br /> Vous faites sans doute référence à ma relative discrétion liée au fait que j’interviens moins souvent au Parlement chaque semaine. Cela s’explique simplement : les Junior Ministers ne posent pas de questions parlementaires et n’y répondent pas non plus. Pour autant, nous avons des occasions d’intervenir, notamment lors du discours-programme, des débats budgétaires et sur tout projet de loi relevant de nos attributions. Quant à mes projets, ils s’articulent autour de quatre axes.&nbsp;</p> <p><strong>Lesquels&nbsp;?</strong><br /> Au niveau ministériel, je travaille aux côtés du ministre Arvin Boolell pour garantir notre souveraineté alimentaire et bâtir une nouvelle économie bleue. Au niveau parlementaire, j’assume pleinement mes fonctions en intervenant lorsque cela est nécessaire et en apportant tout mon soutien au gouvernement. Au niveau de ma circonscription, en tant que député, je travaille à développer les localités, protéger l’environnement et améliorer concrètement le quotidien des habitants. Et, finalement, au sein du Parti travailliste, j’assume également mes responsabilités comme membre du bureau politique et président de l’aile jeune. Ce sont donc plusieurs responsabilités que je mène de front et je reste pleinement engagé au service du pays et des citoyens.</p> <p><strong>Les promesses de votre alliance tardent à se concrétiser : transport gratuit pour tous, internet gratuit, congé de maternité d’un an pour les mères, quelques semaines pour les pères, revalorisation de la BRP, entre autres. La population attend toujours…&nbsp;</strong><br /> Il y a, certes, les promesses que vous mentionnez, mais il y en a d’autres que nous avons déjà tenues — bien que peu relayées dans la presse. En seulement huit mois à la tête du pays, nous avons posé des actes concrets. Nos institutions ont retrouvé leur indépendance, la démocratie parlementaire a été restaurée, et les pouvoirs constitutionnels du Directeur des poursuites publiques (DPP) ont été rétablis. Le processus de réenregistrement des cartes SIM a été stoppé, et les opérateurs sont désormais tenus de supprimer les bases de données contenant les photographies des utilisateurs. La liberté d’expression sur les réseaux sociaux a été réaffirmée, et les écoutes téléphoniques appartiennent désormais au passé.</p> <p>Rappelons également que le prix des carburants a baissé de Rs 5 par litre, après des années sans réduction sous le gouvernement précédent. Dans le domaine de l’éducation, nous avons tenu notre promesse électorale en réintroduisant les 3 Credits comme critère d’accès au Grade 12 (Lower VI). L’Empowerment Programme, qui a laissé plus de 2 000 étudiants sur le carreau, a été remplacé par le Foundation Programme for Literacy, Numeracy and Skills.</p> <p>Le port retrouve peu à peu son efficacité et fait l’objet d’un vaste projet de modernisation. De nouveaux drains sont en cours de construction pour mieux faire face aux risques d’inondation. Le système de transport par bus sera lui aussi transformé grâce à une gestion de flotte par GPS et à un réseau d’information en temps réel pour les passagers.</p> <p><strong>On oublie une chose la plus importante : hormis quelques baisses sur des articles, vous conviendriez que passer à la caisse des supermarchés est pénible, car tout est hors de prix. Pourquoi ne pas exiger à ces grandes surfaces de diminuer leur marge de profits en fin de mois à 5 % au lieu des 30-40 % sur des produits de consommation de base ? Car, ceux qui ont les moyens ne vont pas se tourner vers ces produits en promotion…</strong><br /> Le ministre du Commerce travaille sur un plan. Mais laissez-moi vous dire que, conformément à notre promesse électorale, le gouvernement a aussi mis en place un fonds de Rs 10 milliards pour stabiliser les prix et soutenir le pouvoir d’achat, avec une première contribution de Rs 2 milliards inscrite dans le Budget 2025/2026. Quant à la TVA, elle n’a pas augmenté et elle a même été abolie sur certains aliments pour bébés, légumes en conserve et légumes surgelés emballés. Un système intégré du contrôle des prix (Price Monitoring Information System – PMIS), a aussi été mis en place pour combattre les pratiques de collusion tarifaire et assurer une meilleure transparence des prix. Le ministre du Commerce s’active également à finaliser un cadre d’importation parallèle pour réduire les prix des médicaments. Toutes ces mesures visent évidemment à faire baisser les prix et protéger les consommateurs.</p> <p><strong>Est-il normal que les supermarchés réalisent d’importants profits, au détriment du pouvoir d’achat de la population ?</strong><br /> Bien sûr que non ! Chacun doit assumer ses responsabilités. Le contexte actuel exige qu’on se serre les coudes et non pas de s’enrichir indécemment sur le dos des consommateurs.</p> <p><strong>La polémique a enflé autour des nominations. Le régime en place avait promis un Appointments Committee. Or, force est de constater que les nominés politiques sont des petits copains pour services rendus à l’Alliance du Changement. Rien ne change finalement…</strong><br /> Il sera d’abord nécessaire d’introduire une loi-cadre afin de définir clairement le rôle, les responsabilités et les paramètres dans lesquels l’Appointments Committee sera appelé à opérer. Jusqu’à présent, le bureau de l’Attorney General a été particulièrement sollicité, avec pas moins de 18 projets de loi présentés et débattus au Parlement au cours de ces huit premiers mois. Comme je l’ai déjà souligné, nous resterons fidèles à nos engagements. S’agissant des nominations, un seul critère prévaut : qu’ils soient proches ou non du gouvernement, les candidats (nominés) doivent être « the right person at the right place ».</p> <p><strong>Sur les réseaux sociaux, cela flambe pour la nomination de Seniors ‘over 70’. Vous en pensez quoi ?</strong><br /> C’est dommage et réducteur de ne retenir que la nomination des seniors, alors que plusieurs jeunes talents ont également été promus. On peut citer Rajeev Hasnah, nommé First Deputy Governor de la Banque de Maurice, Takesh Luckho, Chairperson de la STC, Nishta Jooty, CEO de la SIT, Veemal Gungadin, CEO de Mauritius Telecom, Avinash Teelock, directeur de la MTPA, ou encore Kevin Gutty, à la tête de la MFDC. Autant de jeunes professionnels compétents appelés à transformer et moderniser nos institutions.</p> <p><strong>Comment expliquez-vous que la colère gronde de toutes parts contre votre gouvernement, alors que vous n’êtes au pouvoir que depuis huit mois&nbsp;? Où se situe le problème : mauvaise communication, mauvaise approche, mauvais conseillers, règlements de compte envers le MSM ou mauvaise gouvernance ?</strong><br /> Dans mon discours budgétaire, j’ai cité Václav Havel, premier président de la République tchèque dans les années 1990, qui affirmait que « le courage politique, c’est de dire la vérité, même lorsqu’elle est impopulaire ». Le gouvernement a choisi de dire la vérité à la population sur la situation dans laquelle nous nous trouvons après 10 années de dilapidation et de mauvaise gestion sous le MSM. Nous avons consciemment opté pour des décisions difficiles. Cette stratégie gouvernementale repose sur un sens profond de responsabilité patriotique, plutôt que sur la recherche de complaisance électorale. Certes, il s’agit d’un pari politique audacieux : accepter de sacrifier une part de popularité à court terme afin de jeter les bases d’une prospérité durable. Mais le gouvernement assume pleinement ses choix.&nbsp;</p> </div> <div class="field field--name-field-disqus field--type-disqus-comment field--label-hidden field--item"><drupal-render-placeholder callback="Drupal\disqus\Element\Disqus::displayDisqusComments" arguments="0=Fabrice%20David%20%3A%C2%A0%C2%ABNous%20avons%20opt%C3%A9%20pour%20des%20d%C3%A9cisions%20difficiles%20quitte%20%C3%A0%20%C3%AAtre%20impopulaires%C2%BB&amp;1=http%3A//defimedia.info/fabrice-david-nous-avons-opte-pour-des-decisions-difficiles-quitte-etre-impopulaires&amp;2=node/175279" token="ZNphPvUnU-rvjXPLuFTJFjE06_RsH6Jv9zWgKCV4YRE"></drupal-render-placeholder></div> Wed, 06 Aug 2025 03:30:00 +0000 Jean Claude Dedans 175279 at http://defimedia.info Sunil Boodhoo : «Maurice doit penser au-delà du commerce pour intéresser les États-Unis» http://defimedia.info/sunil-boodhoo-maurice-doit-penser-au-dela-du-commerce-pour-interesser-les-etats-unis <span>Sunil Boodhoo : «Maurice doit penser au-delà du commerce pour intéresser les États-Unis»</span> <span><a title="Voir le profil utilisateur." href="/user/3069" lang="" about="/user/3069" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="">Fabrice Laretif</a></span> <span>mer 06/08/2025 - 06:07</span> <div class="field field--name-field-main-picture field--type-image field--label-hidden field--item"> <img src="/sites/default/files/styles/node_content_picture/public/inline-images/Sunil%20Boodhoo.jpg?itok=gLFG-v9i" width="1280" height="720" alt="" typeof="foaf:Image" class="img-responsive" /> </div> <div class="field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field--item"><p>Le taux de 15 % n’est pas une fin en soi. Selon Sunil Boodhoo, la véritable bataille réside dans la capacité de Maurice à transformer cette contrainte en une opportunité stratégique. Cela suppose un repositionnement clair, une diversification économique, une diplomatie régionale active et une vision élargie des relations avec les États-Unis, précise l’ancien directeur du commerce international au ministère des Affaires étrangères.</p> <p><strong>Quels ont été les principaux leviers diplomatiques qui ont probablement été utilisés par Maurice pour faire passer le tarif prévu de 40 % à 15 % ?</strong><br /> Le gouvernement mauricien a misé sur des actions diplomatiques ciblées. Il est rapporté que le Premier ministre a directement écrit au Président Trump en proposant des mesures concrètes visant à équilibrer les échanges commerciaux entre Maurice et les États-Unis. Les discussions avec le bureau du Représentant américain au commerce (USTR) ont aussi été cruciales. Il faut dire que le déficit commercial est frappant. Maurice exporte pour environ USD 250 millions vers les États-Unis, alors que les importations en provenance de ce pays ne s’élèvent qu’à quelque USD 40 millions.</p> <p>Pour atténuer ce déséquilibre, Maurice aurait proposé d’importer davantage de produits américains. Ce geste a sans doute contribué à détendre les discussions. Il est également important de noter que plusieurs pays africains membres de l’AGOA seront désormais soumis à un taux similaire de 15 %, ce qui laisse penser qu’il s’agit d’un tarif harmonisé pour la région.</p> <p><strong>Pensez-vous que ce taux de 15 % compromet la compétitivité des produits mauriciens face à ceux d’autres pays africains bénéficiant d’un accès préférentiel au marché américain ?</strong><br /> Il faut relativiser cette situation. Aujourd’hui, très peu de pays bénéficient d’un accès réellement préférentiel au marché américain. Maurice, autrefois exempté de droits de douane sur nombre de ses produits, perd en effet cet avantage. Cependant, il convient de comparer le nouveau taux de 15 % à ceux imposés à nos principaux concurrents.</p> <p>Le Vietnam est taxé à 20 %, le Cambodge également. L’Indonésie et les Philippines sont à 19 %, tandis que l’Inde subit un tarif de 25 %. Dans ce contexte, Maurice reste compétitif, mais la marge s’est réduite. Une chose est certaine, la concurrence sera plus rude, et les entreprises mauriciennes devront se montrer agiles.</p> <p><strong>Comment les opérateurs économiques mauriciens peuvent-ils s’adapter à cette nouvelle donne douanière ?</strong><br /> Une refonte stratégique est impérative. Les exportateurs devront réévaluer leurs chaînes de valeur, améliorer la productivité et, si possible, réduire les coûts de production. Cette transition nécessitera une approche structurée et proactive, tant au niveau des entreprises qu’au niveau institutionnel.</p> <p>Par ailleurs, les importateurs américains ne resteront pas passifs. Ils chercheront probablement à faire partager le poids de ces nouveaux droits de douane. Cela signifie que les exportateurs mauriciens devront, dans bien des cas, ajuster leurs prix pour rester attractifs.</p> <p><strong>Dans une récente déclaration, le ministre Ramful évoquait des négociations pour un accord de libre-échange (FTA) avec les États-Unis. Quelle est la probabilité que Maurice parvienne à conclure cet accord dans un futur proche ? Quels en seraient les principaux obstacles ?</strong><br /> Maurice tente d’obtenir un accord de libre-échange avec les États-Unis depuis 2008. Cependant, notre taille économique représente un handicap. Environ 95 % de nos importations ne sont pas taxées aux États-Unis, ce qui réduit leur incitation à négocier.</p> <p>Il serait plus stratégique d’adopter une approche régionale, comme cela a été fait avec l’Union européenne. Un accord continental aurait bien plus de poids. D’ailleurs, les États-Unis ont déjà exploré cette voie, notamment sous Donald Trump, qui avait engagé des discussions bilatérales avec le Kenya. Si l’accord avait abouti, il aurait servir de modèle pour le continent africain.</p> <p>Il ne faut donc pas se limiter à un cadre commercial. Maurice devrait plaider pour un accord incluant également les investissements, la coopération économique et la sécurité maritime. Ce sont ces éléments qui peuvent réellement intéresser Washington.</p> <p><strong>Outre le tarif douanier, quelles dimensions de la relation Maurice–États-Unis pourraient évoluer dans les prochaines années, notamment en matière de sécurité maritime ou d’investissements ?</strong><br /> Maurice doit repenser sa relation avec les États-Unis pour qu’elle ne se limite pas aux échanges commerciaux. L’administration Trump fonctionne sur une logique transactionnelle. Il faut donc offrir des éléments d’intérêt stratégique.</p> <p>La sécurité maritime dans l’océan Indien, par exemple, constitue un axe majeur de collaboration. Si Maurice arrive à insérer cette dimension dans ses discussions avec Washington, cela renforcera la valeur de sa proposition diplomatique et économique.</p> <p><strong>Le programme préférentiel AGOA expire bientôt. Quel rôle les institutions, comme la MEXA ou l’Union africaine, peuvent-elles jouer dans son renouvellement ?</strong><br /> L’AGOA prend fin le 30 septembre, et il devient urgent d’intensifier le lobbying à Washington. Maurice a toujours été proactif à ce niveau, souvent en partenariat avec d’autres pays africains. Toutefois, il faut rappeler un point crucial. Ce ne sont ni le Président ni l’administration qui légifèrent aux États-Unis, mais le Congrès.</p> <p>Le véritable levier se trouve donc dans les deux chambres du Congrès. Il est indispensable d’avoir des sénateurs convaincus de l’utilité de l’AGOA pour le continent africain. Cela exige une diplomatie active, notamment via l’African Diplomatic Corps à Washington, pour mobiliser un soutien politique tangible.</p> <p><strong>Les PME craignent que l’absence d’un accord ou d’une extension de l’AGOA ne compromette davantage un secteur déjà fragilisé. Leur crainte est-elle justifiée ?</strong><br /> Ces craintes sont fondées. Le passage de zéro à 15 % de droits de douane représente un choc pour les exportateurs, en particulier pour les petites structures. Toutefois, les grandes entreprises mauriciennes disposent de marges d’adaptation plus importantes.</p> <p>Il existe aussi des solutions régionales à exploiter. Maurice et Madagascar peuvent renforcer leur chaîne de valeur intégrée. La Grande île devait initialement faire face à un tarif de 40 %, mais elle a également obtenu un taux de 15 %. Maurice pourrait se spécialiser dans la fabrication de fibres et de tissus, tandis que l’assemblage final serait réalisé à Madagascar, où les coûts sont moindres. Cela permettrait de maintenir la compétitivité régionale.</p> </div> <div class="field field--name-field-disqus field--type-disqus-comment field--label-hidden field--item"><drupal-render-placeholder callback="Drupal\disqus\Element\Disqus::displayDisqusComments" arguments="0=Sunil%20Boodhoo%20%3A%C2%A0%C2%ABMaurice%20doit%20penser%20au-del%C3%A0%20du%20commerce%20pour%20int%C3%A9resser%20les%20%C3%89tats-Unis%C2%BB&amp;1=http%3A//defimedia.info/sunil-boodhoo-maurice-doit-penser-au-dela-du-commerce-pour-interesser-les-etats-unis&amp;2=node/175320" token="y-2ZMRpqWPU81kC_LWULpmyawNmIG1XekUK2D0msc8Q"></drupal-render-placeholder></div> Wed, 06 Aug 2025 02:07:00 +0000 Fabrice Laretif 175320 at http://defimedia.info Abdel Ruhomutally : «Nous avons un dossier en suspens depuis 2011» http://defimedia.info/abdel-ruhomutally-nous-avons-un-dossier-en-suspens-depuis-2011 <span>Abdel Ruhomutally : «Nous avons un dossier en suspens depuis 2011»</span> <span><span lang="" about="/users/defiplus" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="">Defi Plus</span></span> <span>lun 28/07/2025 - 07:30</span> <div class="field field--name-field-main-picture field--type-image field--label-hidden field--item"> <img src="/sites/default/files/styles/node_content_picture/public/abdel_ruhomutally_2.jpg?itok=s0lCF5Fu" width="1280" height="720" alt="" typeof="foaf:Image" class="img-responsive" /> </div> <div class="field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field--item"><p>Perplexité, retards chroniques, conflits d’intérêts et carences structurelles : Abdel Ruhomutally, directeur général de GFA Insurance Ltd, livre un constat sans détour sur les dérives du Motor Vehicle Insurance Arbitration Committee (MVIAC). Selon lui, les lenteurs de traitement, aggravées par des nominations politisées, nuisent à la crédibilité de l’instance et affectent directement les assureurs comme les assurés. Avec 83 dossiers en souffrance dans sa compagnie – dont un remontant à 2011 – il plaide pour une réforme urgente, plus de transparence, et une modernisation juridique afin de restaurer l’efficacité d’un mécanisme d’arbitrage à bout de soufflv.</p> <p><strong>En tant qu’après sureur, qust ’otre réaction à l’annonce faite à l'Assemblée nationale selon laquelle 1 635 dossiers soumis au MVIAC de 2019 à 2024 n’ont pas été traités ?</strong><br /> Je suis quelque peu perplexe qu’en l’espace de cinq ans, 1 635 dossiers sont restés en souffrance. Concrètement, selon les lots de dossiers que je reçois de mon département des sinistres, les décisions du MVIAC nous parviennent généralement deux ans après leur examen par cette instance.</p> <p>Nous ne sommes pas surpris qu’il y ait des dossiers en attente au MVIAC, car ce retard existe depuis des années, y compris sous les gouvernements précédents. Le véritable problème réside surtout dans la nomination des présidents et des vice-présidents. Comme ces nominations relèvent de la politique, elles prennent beaucoup de temps. Je me souviens, par exemple, du cas de Jacques Panglose. Sa nomination en tant que président avait pris près de neuf mois avant d’être confirmée par le gouvernement.</p> <p>La rédaction des décisions (rulings) et leur communication aux compagnies d’assurances prennent également du temps. Là, c’est un problème administratif qui pourrait être réglé assez facilement.</p> <p>Cette lenteur entraîne des comités qui ne siègent pas régulièrement et accumulent des retards. D’ailleurs, ce problème de délais existe depuis la création du MVIAC.</p> <p><strong>Avez-vous vous-même des dossiers en suspens depuis plusieurs années ? Pouvez-vous nous donner un exemple ?</strong><br /> Oui, nous avons effectivemnt plusieurs dossiers en suspens au &nbsp;MVIAC. À ce jour, notre nombre total de dossiers s’élève à 34 en tant que demandeur et 49 en tant que défendeur, soit un total de 83 dossiers. Le plus ancien remonte à 2011.</p> <p><strong>Considérez-vous que cette situation a nui à la réputation du système d’arbitrage dans le secteur des assurances ? Pourquoi ?</strong><br /> Le système du constat à l’amiable a justement été introduit pour fluidifier la circulation après un accident, en évitant d’attendre systématiquement la police. Nous avons instauré le marquage à la croix jaune et simplifié le formulaire de constat. Quant au MVIAC, il a été créé pour accélérer le règlement des litiges d’assurance, alors qu’auparavant, les dossiers dépendaient des rapports policiers, et que nous étions obligés de passer par les tribunaux.</p> <p>Alors, pour répondre à votre question : oui, cela risque bel et bien de nuire à la réputation du MVIAC. Il faut rappeler que la Cour suprême a statué que le MVIAC est un organe quasi judiciaire — c’est-à-dire une forme de tribunal. Malheureusement, son fonctionnement actuel ne répond pas aux attentes, notamment en raison du manque de ressources humaines que le ministère lui a accordées.</p> <p>Je me dois également de souligner, humblement, que la présence d’avocats à tendance politique au sein de cette instance complique la situation. Certains de ces avocats représentent des compagnies d’assurance, ce qui engendre des conflits d’intérêts. Certains les déclarent ouvertement, d’autres non.</p> <p><strong>Quels sont les effets concrets de ces retards sur le fonctionnement interne d’une compagnie d’assurance ?</strong><br /> Nous rencontrons plusieurs difficultés dans la gestion des sinistres, notamment au niveau des recouvrements quand un dossier est soumis au MVIAC, ainsi que lors des paiements lorsque c’est un client qui porte plainte contre nous via cette instance.</p> <p>Cette situation engendre aussi des complications comptables, car nous devons maintenir des provisions et garder ces dossiers ouverts pendant longtemps. Ce qui complique les audits et les rapports actuariels. Avec l’application des normes IFRS 17, le reporting est devenu encore plus complexe.</p> <p><strong>Ces retards ont-ils des implications financières pour les compagnies d’assurance ?</strong><br /> Oui, il y a des conséquences financières. Lorsqu’un dossier est soumis au MVIAC. Nous perdons l’opportunité d’investir rapidement et de profiter des rendements sur nos placements.</p> <p>Pour le client aussi, c’est un enjeu financier. Il doit attendre que le MVIAC traite son dossier avant de pouvoir réclamer ce qui lui est dû — comme le remboursement de son excess ou de son loss of use (communément appelé « journée garage »).</p> <p><strong>Le ministre a affirmé que le MVIAC a été reconstitué depuis avril 2025 pour “mop up the backlog”. Quelles sont, selon vous, les conditions essentielles pour que le MVIAC fonctionne efficacement à l’avenir ?</strong><br /> La nomination du président et des vice-présidents doit être effectuée sans délai afin d’éviter tout nouveau blocage au sein du MVIAC. Il est également essentiel que trois à quatre comités siègent régulièrement — idéalement au moins une fois par semaine. À court terme, des réunions plus fréquentes (par exemple deux fois par semaine) pourraient être nécessaires pour résorber l’arriéré.</p> <p>Par ailleurs, à l’avenir, le ministère devrait renforcer les ressources humaines et financières du MVIAC pour garantir son bon fonctionnement.</p> <p><strong>Souhaitez-vous voir des réformes législatives pour moderniser le rôle du MVIAC ou renforcer son obligation de transparence ?</strong><br /> Outre l’urgence de renforcer la MVIAC en lui fournissant le personnel et les ressources financières nécessaires, il faut aussi simplifier les procédures de recours contre ses décisions.</p> <p>Actuellement, contester une décision du MVIAC oblige à saisir la Cour suprême — une procédure beaucoup trop coûteuse et complexe, tant pour les compagnies d’assurance que pour les assurés. Une alternative plus simple et moins onéreuse devrait être envisagée. Une réforme législative en ce sens serait donc souhaitable.</p> <p><strong>Seriez-vous favorable à une publication annuelle des décisions du MVIAC (de façon anonyme), à l’image de ce qui se fait dans d’autres juridictions ?</strong><br /> Absolument. Il serait très utile que le MVIAC publie ses décisions, ses statistiques et ses rapports annuels, dans un souci de transparence. Après tout, cet organisme fonctionne avec l’argent des contribuables.</p> </div> <div class="field field--name-field-disqus field--type-disqus-comment field--label-hidden field--item"><drupal-render-placeholder callback="Drupal\disqus\Element\Disqus::displayDisqusComments" arguments="0=Abdel%20Ruhomutally%20%3A%20%C2%ABNous%20avons%20un%20dossier%20en%20suspens%20depuis%202011%C2%BB&amp;1=http%3A//defimedia.info/abdel-ruhomutally-nous-avons-un-dossier-en-suspens-depuis-2011&amp;2=node/174920" token="JNh-ZmOlSuo8KN-oIVYfmnpntwsOoqHiIomEPUVEEgI"></drupal-render-placeholder></div> Mon, 28 Jul 2025 03:30:00 +0000 Defi Plus 174920 at http://defimedia.info Dr Jyoti Jeetun : «Les résultats se verront de manière progressive» http://defimedia.info/dr-jyoti-jeetun-les-resultats-se-verront-de-maniere-progressive <span>Dr Jyoti Jeetun : «Les résultats se verront de manière progressive»</span> <span><span lang="" about="/users/quotidien" typeof="schema:Person" property="schema:name" datatype="">Defi Quotidien</span></span> <span>jeu 24/07/2025 - 08:57</span> <div class="field field--name-field-main-picture field--type-image field--label-hidden field--item"> <img src="/sites/default/files/styles/node_content_picture/public/230725_jyoty.jpg?itok=VHLVZ6Cb" width="1280" height="720" alt="" typeof="foaf:Image" class="img-responsive" /> </div> <div class="field field--name-body field--type-text-with-summary field--label-hidden field--item"><p><strong>Où se situe le secteur financier actuellement et pensez-vous que les objectifs fixés eu égard de la vision jusqu’à 2030 seront atteints ?</strong><br /> Le secteur des services financiers est le premier pilier de l’économie mauricienne. Il contribue à hauteur d’environ 14 % de la valeur ajoutée brute nationale et représente 68 % des recettes totales de l’impôt sur les sociétés. Le but que nous voulons atteindre est de passer d’une valeur ajoutée brute de 1,7 milliard de dollars à 2,5 milliards de dollars en 2030. Pour y parvenir, plusieurs comités seront créés sous le Financial Services Consultative Council. Le groupe de travail sera finalisé durant cette semaine. Un plan d’action sera mis en place. C’est un indicateur de performance clé autoimposé. Le plan d’action est sur cinq ans, mais l’exécution commence maintenant. Il est clair que nous ne pourrons tout atteindre d’un seul coup et que les résultats se verront de manière progressive.&nbsp;</p> <p><strong>Qui fera partie de ce groupe de travail ?</strong><br /> Il sera composé majoritairement des parties prenantes du secteur privé.&nbsp;</p> <blockquote> <p>La secrétaire exécutive de l’ESAAMLG qui était en déplacement à Maurice espère que Maurice deviendra&nbsp;un modèle sur le continent.»</p> </blockquote> <p><strong>Un défi majeur pour le secteur est la disponibilité de la main-d’œuvre. Qu’est-ce qui sera fait pour résoudre cette problématique ?&nbsp;</strong><br /> Comme susmentionné, différents comités seront constitués et chacun s’attèlera à des défis précis. Le rapport que nous venons de publier comprend une section sur la gestion des talents. Le groupe de travail sera appelé à définir la mise en place des propositions. &nbsp;</p> <p><strong>Comment est-ce que l’industrie a accueilli la révision de la mesure concernant la Fair Share Contribution ?</strong><br /> Nous sommes conscients du fait que cette mesure est reçue comme un revers pour le secteur financier. Il y a eu une clarification par rapport à cette mesure. L’amendement concerne cette clarification. Nous en avons discuté avec l’industrie et nous avons expliqué qu’on espère que cette mesure ne sera pas étendue au-delà de trois ans.&nbsp;</p> <p><strong>Maurice a reçu une mission de l’ESAAMLG les 14 et 15 juillet. Qu’est-ce qui ressort des échanges ?&nbsp;</strong><br /> Les rencontres se sont bien passées. Nous allons poursuivre le travail. La priorité demeure de passer efficacement la prochaine évaluation de l’ESAAMLG prévue pour 2027. Tous les organismes clés qui sont concernés travaillent en ce sens. La secrétaire exécutive de l’ESAAMLG qui était en déplacement à Maurice nous a montré son soutien. Elle espère que Maurice deviendra un modèle sur le continent.</p> </div> <div class="field field--name-field-disqus field--type-disqus-comment field--label-hidden field--item"><drupal-render-placeholder callback="Drupal\disqus\Element\Disqus::displayDisqusComments" arguments="0=Dr%20Jyoti%20Jeetun%20%3A%20%C2%ABLes%20r%C3%A9sultats%20se%20verront%20de%20mani%C3%A8re%20progressive%C2%BB&amp;1=http%3A//defimedia.info/dr-jyoti-jeetun-les-resultats-se-verront-de-maniere-progressive&amp;2=node/174783" token="ke_ulHPP6442cMKQEpV22IFgQB8bdiikxGQ4t_tHKk4"></drupal-render-placeholder></div> Thu, 24 Jul 2025 04:57:00 +0000 Defi Quotidien 174783 at http://defimedia.info