Taux de change : le dollar, une monnaie à double tranchant

Par Kamlesh Bhuckory O commentaire

Le discours politique du président  américain Donald Trump faisant davantage émousser les investisseurs, le dollar américain poursuit sa course vers le bas face au panier des principales devises internationales. À Maurice, on note un raffermissement de la roupie. Est-ce que cette situation nous arrange ? Le point.

Sur les sept premiers mois de l’année, le dollar américain a perdu 7,7 % en valeur sur les transferts télégraphiques entrants. C’est-à-dire, un dollar a rapporté Rs 32,76 à lundi 7 août contre Rs 35,50 au début de janvier 2017. Pour les transferts vers l’étranger, particulier, entrepreneur ou compagnie, déboursent désormais Rs 2,75 en moins pour acheter un dollar.

Le dollar est une monnaie très suivie. D’une part, c’est la monnaie de référence dans le monde. D’autre part, à Maurice, le billet vert a un poids substantiel dans le volume des exportations et des importations. L’année dernière, 53,3 % des recettes totales générées à l’exportation ont été facturées en dollars. Les importations en dollars ont pesé pour 66,9 % de la valeur, selon les données de Statistics Mauritius.

« Dans le contexte actuel, où le prix du carburant a été revu à la hausse, on peut s’estimer heureux que le dollar soit en baisse. Au cas contraire, le prix de l’essence et diésel à la pompe aurait connu une majoration plus conséquente », affirme l’économiste Éric Ng. «  Il n’y a pas lieu de tirer la sonnette d’alarme. En retour, c’est l’euro qui gagne en valeur. Dans les variations, il y aura toujours des gagnants et des perdants. » L’euro gagne, car cette devise est importante pour les industries manufacturières et touristiques, les plus exposées au marché européen. Le groupe MCB fait état des revenus de Rs 38,85 pour un euro.

Dans le circuit bancaire mauricien, l’appréciation du dollar découle aussi du fait qu’il y a un important flux entrant de cette monnaie dans notre système financier. Elle viendrait altérer la donne et véhiculer un message qui ne reflète pas les réalités économiques du pays (une croissance en-deçà du potentiel). Ainsi, on note que la Banque centrale intervient sur le marché pour absorber ces excès.

Impacts directs

Les réserves baissent de Rs 4,3 milliards

Les élucubrations du dollar sont visibles à différents niveau de l’économie mauricienne. Ce sont les réserves du pays qui perdent au change. Fin juillet, les réserves internationales ont affiché 5,29 milliards de dollars, en hausse de 32,6 millions de dollars par rapport au 30 juin, affirme la Banque de Maurice dans son relevé mensuel, publié le lundi 7 août. Après la conversion du montant en roupies, on arrive à une somme de Rs 177,04 milliards. Elle est inférieur de Rs 4,3 milliards comparé au mois précédent. Ce faisant, ces réserves couvrent 9,2 mois des importations mauriciennes. La baisse est attribuée à la faiblesse prononcée du billet vert le mois dernier.

Davin Appanah : «Fin de l’optimisme dans les mesures Trump»

Head of Quantitative Research chez Bean Tree Capital, Davin Appanah analyse les raisons motivant la chute du dollar sur le marché international : « On peut raisonnablement parler de la fin d'un certain optimisme lié aux mesures de  Donald Trump. Le problème se trouve plus dans la perception de cette administration lorsqu'il s'agit d'engager les réformes. L'abrogation de l'Obamacare a échoué. Bon nombre de Républicains ne croient plus dans l'autorité de Donald Trump. Cependant, les chiffres de l'emploi américain sont bons et si toutefois ça se reflète dans une hausse de salaires, alors la Réserve fédérale américaine montera ses taux directeurs plus rapidement, ce qui fera monter le dollar ».