Sur le tracé du Metro Express : commerçants et habitants inquiets de ce qui se « TRAMe »

Par Geraldine Geoffroy O commentaire
Bundhoo, marchand de dholl puri, à Arab Town, Gladys (à gauche) et Ramone, deux grand-mères de Barkly qui n’auront plus le loisir de s’asseoir devant leurs portes, Hookoom, habitant et commercant de Vacoas et Vikash a herité d’un stand de son père.

Pris dans le flot des débats politiques, économiques et scientifiques, le Mauricien est confus, surtout s’il habite non loin d’un site où passera le métro. Il s’interroge sur ce que sera son « train » de vie quotidien. Appréhensions, récriminations ou acceptation se bousculent désormais au portillon.

«Tout nouveau tout beau ! Moi, je crains que le Metro Express perde de la vitesse jusqu’à s’arrêter net. » Hookoom, 75 ans, gérant d’un petit commerce d’articles de luxe à proximité de la gare routière de Vacoas, est pessimiste. Il ne croit pas à ce « rev ki pe rod vann ar nou ». Selon lui, loin d’attirer davantage de personnes vers les commerces, le métro va inciter les gens à vivre en accéléré. « Ce sera métro-boulot-dodo. Les gens n’auront plus le temps de flâner et de s’arrêter pour acheter. » Moins avisé sur la question, le marchand d’halim du coin espère, lui, un flot plus important de passants, qui ne pourra qu’être bon pour les affaires.

À Quatre-Bornes également, les avis divergent. L’emballement de Bhootun, chauffeur de taxi et la résignation de Deo, marchand de fruits, reflètent l’état d’esprit général. À 75 ans, Bhootun, qui opère depuis plus de 35 ans à la place Victoria, est impatient d’assister à l’arrivée du premier métro en gare. Les yeux brillants d’excitation, il déclare : « Li pou extraordinaire pou ti-dimoun qui ne pourront jamais quitter le pays. Ils ne font que regarder les avions dans le ciel et les trains à la télévision. Au moins avec ce projet, ils auront la chance de connaître réellement ce que c’est que le métro ». Nullement inquiet pour son travail, il estime que ceux habitant les périphéries de la ville feront toujours appel aux taxis pour rallier la station de métro. En face, au marché flambant neuf de la ville des Fleurs, Deodass occupe un stand de fruits qui existe depuis plus de 50 ans. Perdu dans ses pensées, il déclare simplement être dans l’expectative. «  Nou atann, nou gete kouma sa pou ale ».

Mécontentement et inquiétudes

En revanche à Arab Town à Rose-Hill, on ne se fait pas prier pour exprimer son mécontentement et ses inquiétudes. Ce lieu est appelé à disparaître avec la venue du métro. Les commerçants — certains sont là depuis plus de 35 ans —, ont jusqu’au 31 octobre pour évacuer les lieux. Mais ils ne sont toujours pas assurés d’une relocalisation. En sus de ce détail pratique, non négligeable, certes, le sentiment dominant, c’est la nostalgie. « Notre ville va être amputée d’une partie de ce qui fait son charme et son folklore », se désole Bhundoo, le marchand de dholl-puri connu de tous.

Tout ému, Vikash, autre marchand incontournable d’Arab Town raconte: « Un habitant de Rivière-du-Rempart est venu à Rose-Hill rien que pour, s’imprégner une dernière fois de cette ambiance de son enfance. Ça donne quand même un pincement au cœur. » Cela dit, Vikash est d’avis qu’un tel développement pourrait redonner à la ville son attractivité d’antan.

Quoi qu’il en soit, les habitants de la rue Mandela à Résidences Barkly, eux, seront directement affectés par le projet Metro Express. Une dizaine de familles sont contraintes de démolir terrasses, garages et clôture pour les besoins du réalignement de la route. « Le véhicule va passer à quelques centimètres de ma maison. Kot bann zanfan pou zwe ? », se demande Gladys, les larmes aux yeux. Elle est rejointe par sa voisine Ramone qui s’interroge sur la sécurité de sa famille. « Kouma ouver la port rant dan bis. Comment peut-on vivre dans de telles conditions ? Avec le bruit et la poussière, nous ne pourrons même pas ouvrir les fenêtres », clame cette mère de famille. « Sans compter, les vibrations et une circulation plus dense », ajoute-t-elle. Ces familles ont sept jours pour exécuter l’ordre de démolition en date du mardi 8 août. Passé ce délai, elles devront affronter les bulldozers.