Interview

Sir Victor Glover : «Une lettre de recommandation est légale sans but mercantile»

Sir Victor Glover

Il l’a faite en tant qu’ex-chef juge. Pour sir Victor Glover, il n’y a rien d’illégal si un Attorney General fait une lettre de recommandation, pourvu qu’il n’attende rien en retour pécuniairement.

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Quelles sont les fonctions primaires d’un Attorney General ?
Un Attorney General est le principal conseiller légal du gouvernement. Cela implique qu’il donne des conseils légaux à n’importe quelle branche du gouvernement qui recherche son avis.

Il y a eu un tollé quand le gouvernement avait décidé que le bureau du DPP allait tomber sous les ailes d’un ministère précis. Adieu l’indépendance du DPP ?
Il faut bien que le bureau du DPP tombe sous un ministère en termes de financement. Ce ministère en question est un ‘Apec Body’ duquel le bureau du DPP fait partie. Idem pour les autres ministères qui ont plusieurs branches tombant sous leurs responsabilités, ce pour des dotations budgétaires et des besoins administratifs principalement.

Est-ce qu’un Attorney General peut donner une lettre de recommandation autre qu’à des institutions formelles ?
Tout dépend du contenu de la lettre de recommandation. Un Attorney General peut émettre une telle lettre.

Même à un individu lambda ?
En tant qu’ex-chef juge, je l’ai fait, car rien n’empêche de donner une lettre de recommandation. Il n’y a rien d’illégal tant que la lettre de recommandation de l’Attorney General n’est pas faite dans un but mercantile.

Il y a eu récemment des avocats accusés d’avoir comploté pour faire tomber l’Attorney General. Quelle est votre réaction ?
N’importe qui peut faire des allégations. On devrait s’attendre à ce qu’il n’y ait plus ce genre d’allégations. Toutefois, un avocat a un devoir de réserve dans l’exercice de ses fonctions.

Un tout petit conseil à ces avocats qui se laisseraient égarer ?
Ce n’est pas à moi de donner des conseils et de faire des remontrances à des avocats qui se permettraient des écarts. Un avocat assermenté doit savoir ce qu’il doit et ne doit pas faire.

Lors des auditions de la commission sur la drogue, il y a eu des allégations d’axes avocats/trafiquants…
Cela me fait de la peine. Il y a des avocats qui passent le plus clair de leur temps à aller visiter des prisonniers et reçoivent des appels téléphoniques de la prison.

Des prisonniers ont déclaré sous serment qu’ils avaient reçu des visites non sollicitées des avocats. Votre avis en tant qu'ancien chef juge  sur ces visites inopinées ?
À Maurice, il y a trop d’avocats, ils sont au nombre de plus de 800. Certains ont des difficultés à gagner leur vie et font n’importe quoi et se laissent tenter.

Est-ce pour cela que certains avocats recevaient en prison une trentaine de détenus d’un trait ?
Les autorités pénitentiaires devraient prévenir cet état de choses. Autrefois, pour rendre visite à un prisonnier, il fallait montrer patte blanche. On ne devrait pas permettre à un détenu de recevoir n’importe quel avocat. Un avocat qui reçoit une trentaine de détenus d’un seul coup fait vilain. C’est contre l’éthique.

Un juge d’instruction n’est pas nécessaire à Maurice, on suit le système britannique»

Recevoir autant de détenus fait-il miroiter, d’abord et avant tout, à ces avocats ce qu’ils percevraient en termes de rémunérations ?
L’argent est important, mais cela ne peut être l’argument principal des avocats par rapport aux visites à des prisonniers. Un avocat a un devoir envers son client. Il doit se mettre d’accord avec celui qu’il représente avant toute discussion. Il ne faut surtout pas qu’il s’adonne à du marchandage.

Quitte à donner des espoirs, quelques fois faux ?
Il ne faut pas qu’un avocat donne de faux espoirs à son client au prétexte qu’il va réussir à le faire gagner son affaire.

Il y a une perception populaire qu’il existerait à Maurice une justice à deux vitesses, une pour les nantis et les honorables, l’autre pour le commun des mortels. Que répondre à ces sceptiques ?
Il n’est pas correct de dire que la justice fait des préférences. Ce qui se passe, c’est qu’il y a certaines personnes qui se présentent devant la justice et qui ont une certaine aura. Les magistrats et les juges font un peu attention à elles. Les juges auront des égards de politesse envers cette catégorie de personnes, mais jamais ne feront-ils de favoritisme.

Donc, pas de maldonne de la part de ces juges et magistrats ?
La perception veut qu’une partie des membres du public aime voir des maldonnes partout, même là où il n’y en a pas. Toutefois, je dois reconnaître qu’il existe, comme partout ailleurs, des magistrats et des juges brebis galeuses.

Faudrait-il les rappeler à l’ordre ces juges et magistrats qualifiés de brebis galeuses ou vont-ils se ressaisir de leur propre chef ?
Les deux possibilités existent. Il y a des magistrats et juges qui sont des brebis galeuses par nature. On aura beau les nettoyer, ils resteront sales. A Maurice, heureusement, il n’y en a pas beaucoup.

Vous disiez qu’il y a trop  d’avocats à Maurice. Est-ce la robe noire qui attire ?
La robe peut être noire ou verte, peu importe. L’avocat est perçu comme celui qui protège la veuve et l’orphelin. Il a cette aura-là.

Il y aurait aussi cette attirance de la belle vie, de rouler en berline et recevoir de l’argent…
Sur les 800 avocats que le pays compte, seule une cinquantaine mène la belle vie. Le métier d’avocat fait gagner honnêtement sa vie. Certains deviennent riches après des années de barreau et de travail. Un exemple : sir Hamid Moollan a travaillé pour deux existences pour être ce qu’il est aujourd’hui.

Dans la dernière Newletter du DPP, celui-ci recommande l’introduction du système de juge d’instruction, comme en France. Une bonne chose pour la justice mauricienne ?
Personnellement, j’estime que l’introduction du système de juge d’instruction ferait que la police cesse d’abuser de sa position pour procéder à des arrestations. Toutefois, un juge d’instruction n’est pas nécessaire à Maurice, on suit le système britannique. Ce qu’il faudrait, c'est apporter des changements à certaines parties de nos lois existantes.

Il y a eu une ébauche rédigée par vous allant dans cette direction. Où en est-on ?
J’ai procédé à la rédaction d’une ébauche alors que Me Yatin Varma était Attorney General et on attend toujours. C’était le Police and Criminal Justice Bill qui, entre autres, recommandait l’abolition des charges provisoires.

Qu’en est-il des allégations qui précèdent toujours des arrestations ?
L’ébauche du projet de loi fait également mention des allégations. Mention est faite que la police ne peut procéder à des arrestations sur la base d’allégations uniquement. Il faut que la police initie une enquête approfondie et, si les faits sont avérés, elle peut procéder à des arrestations. Sinon, comme c’est le cas actuellement, les arrestations après des allégations sont arbitraires.

 

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