Showkutally Soodhun : de l’homme engagé à l’homme controversé

Par Thierry Laurent O commentaire
Showkutally Soodhun et Pravind Jugnauth.

Les débuts de Showkutally Soodhun en tant qu’homme public ont été marqués par le sens de l’engagement politique et syndical. Sa fin de carrière est moins glorieuse, entachée par des prises de positions et déclarations qui provoquent l’aversion.

Ceux qui l’ont côtoyé dans les années 70 parlent d’un changement de trajectoire extrême. Les premiers engagements du No 4 du gouvernement sont avec le Mouvement militant mauricien socialiste progressiste (MMMSP), issu du Mouvement militant mauricien (MMM) qui voulait se démarquer à travers des prises de position radicales.

C’est sous les ordres de Dev Virahsawmy, linguiste et pédagogue, que Showkutally Soodhun fait ses premières armes en politique. Sa première participation à une joute électorale remonte à 1976 dans la circonscription Pamplemousses / Triolet (No  5) aux côtés de Dev Virahsawmy et Cyril Dureau. Showkutally Soodhun se contentera de la treizième place.

Après ce premier échec électoral, Showkutally Soodhun se reconvertit au syndicalisme, aux côtés de l’ancien député Alain Laridon qui fonde la Fédération des travailleurs unis (FTU). Si ses amis de l’époque lui accordaient peu de crédibilité idéologique, ils lui reconnaissent toutefois une qualité : son énergie. « Ce qui faisait de lui un bon exécutant », relate un des fondateurs de la FTU. Très engagé dans la lutte syndicale, Atma Shanto – alors simple membre de la FTU – explique que Showkutally Soodhun se faisait surtout remarquer pour ses déclarations musclées. « Il ne manquait jamais d’utiliser des métaphores très fortes pour démontrer son engagement syndical. Je me souviens des phrases telles que ‘Si mo trahir bann travayer mo pou rerant dan vantt mo mama’ ».

Le syndicaliste Jack Bizlall a aussi côtoyé Showkutally Soodhun vers la fin des années 80. Il se souvient de la grève générale dans l’industrie textile, qui a abouti à l’arrestation de Showkutally Soodhun sous le mandat du Premier ministre Anerood Jugnauth. « La prison a été une période traumatisante pour lui. à sa sortie, il s’est surtout plaint des punaises de la maison d’arrêt. Je pense qu’il a vu de quoi était capable Anerood Jugnauth. C’est après cela qu’il a pris ses distances avec le monde syndical et qu’il a rejoint la politique. »

Un des fondateurs de la FTU explique que c’est Alain Laridon qui, après la cassure de 1983, a présenté Showkutally Soodhun à Anerood Jugnauth. « Soodhun, c’est quelqu’un qui ose, il en a profité pour se rapprocher de l’ancien Premier ministre, ziska ki li finn byen gayn granderr la kour », indique notre intervenant. Stratégie gagnante. En 1987, il obtient la confiance de l’ancien leader du Mouvement socialiste militant (MSM) et devient candidat dans la circonscription La Caverne / Phoenix (No 15). C’est à travers le Best Loser System (BLS) qu’il entre au parlement pour la première fois. Dharam Gokhool, l’ex-ministre de l’Éducation qui a été son adversaire au No 15, soutient que Showkutally Soodhun s’était montré assez civilisé envers lui. « C’était mon élève au collège Northern, à Plaine-des-Papayes. Il y avait ce respect de l’élève envers l’enseignant. »

Showkutally Soodhun se distinguera comme un disciple de sir Anerood Jugnauth (SAJ). « C’est en toute logique qu’il devient un homme de confiance et obtient un nouveau ticket en 1991 », poursuit Jack Bizlall.

De nature controversée, Showkutally Soodhun se retrouve régulièrement sous le feu des projecteurs, comme avant les élections générales de 2000, lorsque la fédération MSM / MMM vole en éclats. Le leader des mauves s’oppose à la candidature de Showkutally Soodhun, le MSM refuse et c’est la cassure. Le MSM et le MMM parviendront toutefois à sceller une alliance à la veille des élections, grâce à l’intervention d’Harish Boodhoo.

Inconditionnel de SAJ, Showkutally Soodhun, après l’accession au pouvoir du fils, a témoigné de sa loyauté envers Pravind Jugnauth. Si le père a souvent cédé à ses caprices, reste à voir si le fils est prêt à faire des concessions.