Risque sanitaire : 2 137 maisons contaminées par l’amiante

Par Fabrice Jaulim O commentaire
Amiante

Des maisons construites avec de la fibre d’amiante abritent des milliers de Mauriciens. Plusieurs gouvernements ont promis de les éliminer, mais il semble que ce soit plus facile à dire qu’à faire.

En 2010, 3 113 maisons contenaient de l’amiante à Maurice. Une étude du National committee on the removal of asbestos avait souligné en 2015 que 2 137 maisons contenaient toujours de l’amiante. Ces maisons sont reparties sur 43 sites à travers Maurice. Pourtant, dès 2009, les gouvernements successifs ont institué des comités chargés de se pencher sur le remplacement des panneaux d’amiante. L’absence de consentement et l’absence de propriétaires de certaines de ces maisons rendent la tâche difficile.

Le samedi 11 novembre, les inspecteurs du ministère de l’Environnement ont visité une vingtaine de maisons à Rose-Belle. Les panneaux de ces maisons, construites par l’ex-Central Housing Authority dès 1962, contiennent de l’amiante bleu, une substance dangereuse surtout si les panneaux sont endommagés.

Ces maisons sont en cours de démolition pour être reconstruites. Dans une correspondance que nous a adressée le ministère du Logement et des Terres, référence est faite à une réponse parlementaire du ministre de l’Environnement, Étienne Sinatambou. Celui-ci affirme que 64 maisons en décrépitude ont été identifiées en 2012. Toutefois, un comité créé en 2015 a recommandé la démolition de seulement 13 de ces maisons. Les raisons de ce choix sont multiples.

Propriétaires

Premièrement, le comité fait face à un problème de consentement de la part des propriétaires. Dans certains cas, ces deniers ne peuvent être retracés. Le ministère ne peut alors procéder à la démolition des maisons même si elles sont laissées à l’abandon. Dans d’autres cas, les occupants doivent être provisoirement évacués pour des raisons de sécurité sanitaire, avant de procéder à la démolition et à la reconstruction de leurs maisons. Cela rend le travail du comité compliqué. À titre d’exemple, à Batimarais, seules cinq maisons sur les dix qui existent ont été placées sur la liste des maisons à être démolies, car le problème d’évacuation et de relogement se pose. C’est là qu’interviennent les forces vives.

Alain Auriant, responsable de l’ONG Sa Nou Vise travaille en étroite collaboration avec le ministère de l’Environnement pour remplacer plus d’une centaine de maisons en amiante dans le Sud. On en compte une cinquantaine dans la région de Rose-Belle, dix à Saint-Hilaire, une vingtaine à Camp-Diable et plus d’une centaine à Riambel. Le rôle de l’ONG est de sensibiliser les gens sur les dangers de l’amiante et de les aider à remplacer les panneaux de leurs maisons par des matériaux moins nocifs. « Nous travaillons sur ce dossier depuis 2010 », explique Alain Auriant.

Reaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), détient un rapport de l’expert britannique John Addison en 2001. Ce rapport fait suite à une demande du gouvernement d’alors. Reaz Chuttoo estime que les conclusions de ce rapport sont troublantes et que les occupants des maisons peuvent poursuivre l’État et réclamer des dédommagements. « C’est pour cela que le rapport n’a jamais été rendu public. Mais nous continuons à conscientiser les gens pour qu’ils se décident à porter plainte contre l’État », fait ressortir le syndicaliste.


Un tueur silencieux

Ce ne sont pas les pneumologues qui diront le contraire. L’un d’entre eux, opérant pour le compte du ministère de la Santé, affirme que l’amiante tue au bout de vingt ans, si jamais une personne a été contaminée. L’amiante libéré dans l’air pénètre facilement les poumons et s’incruste dans l’enveloppe externe de l’organe. « Lorsque nous détectons le cancer, il est trop tard, car la substance a rongé les poumons. Nous avons fait le lien entre les patients souffrant de cancer des poumons et leurs métiers.

Certains d’entre eux ont travaillé avec l’amiante dans le port ou en faisant de la plomberie sur des tuyaux en amiante. » Le médecin explique qu’il a rencontré des cas suspects d’habitants de maisons en amiante qui souffrent de cancer des poumons. Toutefois, rien n’a été confirmé par une étude. « Il ne faut pas que l’amiante soit libéré à l’air libre. Les panneaux endommagés des maisons sont dangereux », dit-il.


Depuis 40 ans

Jean Sébastien Herbu a vécu depuis bientôt  40 ans avec sa famille dans une maison aux cloisons en amiante à Rose-Belle. Ses enfants y sont même nés. « Quatre générations ont vécu dans cette maison. » Jean Sébastien Herbu est conscient des dangers de l’amiante, car les ONG lui en ont parlé. « Pendant la démolition et la reconstruction de la maison où vais-je habiter ? », demande-t-il. Il est donc, dans une impasse et pendant ce temps, sa maison se dégrade laissant à nu les panneaux en fibres d’amiante. C’est là où dorment ses enfants son épouse et lui...


Le cas Claude Margueritte

Cet homme est mort en 1999 des suites d’un cancer du poumon. Il a été en contact répété avec des fibres d’amiante. La CTSP a demandé à la Cour Suprême de faire exhumer le corps du défunt. 10 g de poumon prélevé sur Claude Margueritte ont été envoyés en Angleterre à des fins d’analyses. Cette petite section du poumon pas plus grande qu’un doigt contenait 86 000 particules d’amiante. C’est choquant, estime Reaz Chuttoo. À la suite de cette analyse, le gouvernement a interdit l’importation d’amiante à Maurice.