Révélations de Peroomal Veeren : Sa cargaison de drogue provient d’Afghanistan

Par Cedric Ramasawmy O commentaire
Le trafiquant indique que la drogue rentre par tonnes sur le territoire mauricien.

Aveu de taille du caïd Peroomal Veeren. Il a levé une partie du voile sur le trafic de drogue à Maurice. L’ancien vigile de 41 ans a affirmé que sa drogue provenait d’Afghanistan.

« Maurice n’est pas une plaque tournante. » C’est ce qu’a déclaré le parrain des parrains à la commission d’enquête sur la drogue, le jeudi 10 août. Des enquêteurs et des journalistes assistaient à l’audition. Peroomal Veeren vient clarifier la situation sur le trafic des stupéfiants dans le pays. La demande des toxicomanes est fluide sur le marché local, selon l’ancien habitant de Bois-Chéri (Moka), qui purge actuellement une peine d’emprisonnement de 34 ans.

Le caïd n’a pas mâché ses mots. La drogue ne cesse de pénétrer sur le sol mauricien depuis 1982. Même si la grosse saisie des 15 kilos d’héroïne estimés à Rs 150 millions chez Yousouf Elias Hajee Sheriff, alias Isoop Tole, était importante, Peroomal Veeren souligne maintenant qu’il faut désormais comptabiliser par tonne.  Ravind Domun, un des deux assesseurs de la commission d’enquête, a voulu connaître les mécanismes d'entrée de la drogue à Maurice. Il n’a pas hésité à interroger le trafiquant sur l’origine de « sa drogue ». Le caïd sans hésitation a soutenu : « La drog-la sorti Afghanistan, sa. »

Aucune mention de l'Afrique du sud

Peroomal Veeren s’explique. Il souligne que la drogue par colis quitte le territoire afghan pour transiter par le Pakistan avant d’arriver à Nairobi. Ensuite, la prochaine destination est le Mozambique, avant de poursuivre sa route à Madagascar pour, finalement, atteindre le sol mauricien. « La drog-la desann mem sa », fait comprendre Peroomal Veeren. Fait étonnant, le prisonnier n’a, à aucun moment, mentionné l’Afrique du Sud.

Or, les 157 kilos d’héroïne saisis, les jeudi 9 et vendredi 24 mars au port, provenaient du pays de Madiba.

De son côté, Sam Lauthan a évoqué la Route des Indes. Mais Peroomal Veeren parle des subterfuges des trafiquants. « Les autorités se concentrent uniquement sur les pays à risques. Qu’en est-il des autres pays ? » s’interroge le caïd en citant la Bulgarie, entre autres. Le trafiquant reste toutefois évasif sur la question de Ravind Domun qui demande si c’est lui qui passe la commande. Il s’est simplement contenté de dire : « Je m’assieds avec des étrangers en prison. Plusieurs moyens peuvent être utilisés pour transporter de la drogue. »

Concernant l’achat des drogues, le trafiquant répond à Ravind Domun que désormais, avec les tonnes de drogues en circulation, ceux qui sont dans le business font des virements bancaires, lorsqu’ils sont en déplacement à Dubaï.

Le parrain des parrains en conseiller

Peroomal Veeren a même joué le rôle de conseiller à la fin de sa séance d’interrogatoire. Le prisonnier affirme que l’Anti-Drug and Smuggling Unit (Adsu) a failli à sa tâche. Avec la répression qu’il évoque en prison, le caïd avance que les autorités « pe kre enn mons sykologik. » La seule solution pour combattre le trafic de drogue à Maurice, souligne-t-il, est de mettre en place un juge d’instruction dans le système judiciaire mauricien. Et cela en vue d’empêcher les autorités de « fabriquer les trafiquants ». En outre, Peroomal Veeren souhaiterait avoir une Drug Enforcement Agency (DEA) à Maurice, comme c’est le cas aux États-Unis. « Bizin enn inite ki indepandan. Pena nanien afer ek stasion lapolis. Ena tro boukou koripsion. »

Brèves

« 100 Peroomal Veeren ankor pe forme »

Le trafiquant de drogue est catégorique. Pour lui, il faut blâmer les autorités, notamment l’Adsu et l’administration du centre pénitentiaire pour le trafic de drogue. « Zot kontan zot pa kontan, zot pe fer inosan vinn trafikan », affirme Peroomal Veeren, avant d’ajouter : « Si pa mett sistem juge d’instruction ek si dimin 100 Peroomal Veeren ankor pe forme, se grass a zot. » Le caïd ne cesse de répéter que les autorités créent des monstres psychologiquement forts avec leur système de répression.

150 kilos d'héroïne vendus en trois mois sur le marché local

Le caïd va même plus loin dans ses révélations. Les 157 kilos d’héroïne saisis en mars dernier étaient destinés au marché local. « Maurice n’est pas une plaque tournante. Manti sa. » Faisant référence aux 157 kilos d’héroïne saisis, Ravind Domun a demandé au caïd de donner des précisions sur la vente des 150 kilos d’héroïne sur le marché local. « Combien de temps 150 kilos d’héroïne peuvent-ils être vendus sur le marché local, selon votre expérience ? » Après une courte réflexion, Peroomal Veeren précise qu’avec la demande sur le marché, les 150 kilos d’héroïne peuvent être vendus en trois mois.


Réactions après les « révélations » du caïd

Certains membres du cabinet ont bien voulu commenter les propos du trafiquant Peroomal Veeren devant la Commission d’enquête sur la drogue, propos visant le Premier ministre. Selon celui que l’on surnomme le parrain des parrains, Pravind Jugnauth serait le bénéficiaire de fonds découlant du trafic de la drogue. Celui-ci aurait utilisé de tels fonds venant de Peroomal Veeren pour financer sa campagne électorale. Une insinuation que le principal concerné a vivement repoussée. Pravind Jugnauth a notamment parlé de « blague de mauvais gout ». Des ministres ont réagi eux à la sortie de la dernière réunion du cabinet ministériel. Leurs commentaires :

  • Anil Gayan : Le ministre du Tourisme balaie d’un revers de main la déclaration du détenu Peroomal Veeren contre le Premier ministre, Pravind Jugnauth. « Ki ou pran sa kont ou ? », a-t-il lâché.
  • Showkutally Soodhun : « Peroomal Veeren. Ou croire ene dimoune coumsa. Tou sa létan la line atann ! Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, est une personne intègre et sérieuse qui ne reculera jamais dans sa lutte contre la drogue ».
  • Sunil Bholah : « Ce sont des propos non fondés qui ne tiennent pas la route ! », dit le ministre des Coopératives et des entreprises.
  • Prem Koonjoo : Le ministre de la Pêche et du développement océanique laisse entendre qu’il « n’a pas écouté » l’audition de Peroomal Veeren.
  • Stéphane Toussaint : « Ki, ou croire sa bougre la ou ? », lâche pour sa part le ministre de la Jeunesse et des Sports.
  • Fazila Daureeawoo : « Pravind Jugnauth, le Premier ministre, est une personne honnête et intègre », souligne la ministre de l’Égalité des genres.

Alan Ganoo : « La loi sur le financement importante »

Le député de la circonscription No. 14 (Savanne/Rivière-Noire) et leader du Muvman patriotique, Alan Ganoo, est d’avis que le Premier ministre, Pravind Jugnauth, devrait être entendu devant la commission d’enquête et que cette audition du Premier ministre devrait se dérouler dans la totale transparence. Allan Ganoo a jugé opportun une loi sur le financement des partis politiques.