Réseau de fausses cartes biométriques : ces escrocs qui n’hésitent pas à faire revivre les morts

Par Kendy Antoine O commentaire
Hamjad Goodur (à g.), et le troisième suspect aux Casernes centrales.

Des retraits bancaires fantômes, des ventes de terrains inexpliquées et un mort qui revient de l’au-delà. Prenez garde!

Le Central Criminal Investigation Department (CCID) est, depuis peu, sur la piste d'un réseau d'escrocs qui ne recule devant rien. Ces malfrats utilisent des fausses cartes d'identité biométriques pour se mettre dans la peau de leur victime afin de se remplir les poches.

Deux cas d’escroquerie de ce genre ont été rapportés, l'un à Plaine-Magnien et l'autre à Rose-Belle. Les  hommes de l'assistant-commissaire de police, Devanand Reekoye, ont procédé à l'arrestation d'Akbarkhan Bucchoa, 36 ans, présumé cerveau de la bande, de Hamjad Goodur, 35 ans et d'un troisième suspect.

Comment les faussaires sont-ils arrivés à falsifier ces cartes ? C'est ce que tentent de déterminer les enquêteurs. Pour l'heure, les limiers ont recueilli la version de Hamjad Goodur et celle du troisième suspect. Ils ont chacun expliqué leur rôle dans toute cette affaire.

Pour le troisième homme, tout a débuté dans les rues de la capitale. Il est revenu en détails sur sa rencontre avec Akbarkhan Bucchoa et Hamjad Goodur. Il gagnait sa vie dans la restauration. Mais sa rencontre avec les deux hommes devait l'inciter à tout quitter. « Ils m'ont proposé Rs 25 000 pour un boulot », a-t-il expliqué aux enquêteurs. Il n'en fallait pas plus pour l’appâter.

C'est ainsi que peu après, il s'est retrouvé dans une maison à Mahébourg, nourri, logé et blanchi. Mais ce changement de vie n'était pas sans conséquence. « Ils m'ont dit que je devais me faire passer pour une autre personne. » Si dans un premier temps, cette idée est loin de le réjouir, il a fini par se laisser convaincre par les deux hommes.

La personne visée par les malfaiteurs habite les hautes Plaines-Wilhems. Pour mener à bien cette entreprise, l’escroc devait ressembler à la proie. Pour se faire, il a dû se plier aux exigences des présumés commanditaires. « Je me suis teint les cheveux en blond pour ressembler le plus possible à la personne visée. Les complices m'ont pris en photo », devait-il préciser aux policiers. Ils lui ont ensuite remis une nouvelle carte biométrique portant de fausses données, celles de leur victime.

Vente de terrain à Rs 25 millions

Selon la version de ce suspect, les présumés commanditaires l'ont emmené au bureau d’un notaire à Port-Louis. Ils ont utilisé la fausse carte d’identité et ont présenté le suspect comme le propriétaire d’un terrain de 25 perches situé dans un village de l'Ouest, estimé à Rs 25 millions et qu’il était disposé à vendre.

Un autre jour, il a été conduit à la succursale d’une banque à Plaine-Magnien pour y effectuer un retrait de Rs 75 000, toujours à l’aide de la fausse carte d’identité. Cependant, les choses devaient alors prendre une toute autre tournure.

En vérifiant les pièces justificatives présentées à la caisse, le manager de la branche  s’est rendu compte que la photo qu’il avait dans le dossier du client authentique ne correspondait pas avec celle figurant sur la fausse carte d’identité. Intrigué, le banquier a alors alerté la police. Voyant que le caissier mettait du temps à compléter les procédures, l’escroc a pris la fuite. La banque a ensuite prévenu le détenteur de ce compte et ce dernier a consigné une déposition au poste de police de Plaine-Magnien.

Les malfaiteurs ont tenté un autre coup à Rose-Belle. Ils ont essayé de vendre un terrain qui appartenait à un… mort. En apprenant ce qui se tramait, les proches du défunt ont porté plainte. Les deux cas ont été référés aux enquêteurs du CCID.

Le 23 novembre, les limiers de la Criminal Investigation Division de Plaine- Magnien ont procédé à l'arrestation d'Akbarkhan Bucchoa, 36 ans, habitant de Mahébourg, et de son complice. Ils ont été présentés devant le tribunal de Mahébourg sous une charge provisoire d'usurpation d'identité. Celui décrit comme le présumé cerveau de cette affaire n'a pas encore donné sa version des faits. Il sera entendu  à partir de ce lundi par les limiers du CCID, en présence de son homme de loi.

Documents compromettants

Hamjad Goodur, 35 ans, habitant de Flacq, s'est fait épingler le lundi 26 novembre. Lors de son interrogatoire, il a soutenu qu'il ne savait rien de cette combine. Il a expliqué qu'Akbarkhan Bucchoa est un de ses amis de longue date.

Une perquisition à  leur domicile respectif a cependant permis aux enquêteurs de découvrir des documents compromettants. Une fausse carte biométrique a été récupérée. Un ordinateur et une imprimante ont également été saisis chez  le principal suspect.

Les limiers ont déjà dressé une liste de suspects. D'autres arrestations sont prévues dans les jours à venir.