Questions à Mathieu Discour, directeur de l’AFD pour Maurice et les Seychelles : «Pas d’inquiétude sur la croissance de Maurice»

Par Kamlesh Bhuckory O commentaire
Mathieu Discour

Partenaire de l’économie mauricienne depuis les premières années postindépendance, l’Agence française de développement (AFD) célèbre la décennie de son retour permanent sur notre territoire. Mathieu Discour, en poste à Maurice depuis trois ans, fait le survol de cette période.

L’AFD célèbre ses 10 ans de présence à Maurice. Au cours de cette période, quel a été le montant décaissé ? Quelles sont les principales réalisations ?
L’AFD a rouvert son agence il y a 10 ans. On était présent à Maurice de 1975 à 1995. En 2007, on est revenu, à la demande des autorités mauriciennes qui souhaitaient accéder à des financements internationaux. L’AFD avait alors un mandat dans les pays émergents.

Depuis notre réouverture il y a 10 ans, nous sommes intervenus assez massivement et avons pu décaisser 429 millions d’euros. Il y a quand même 16 millions d’euros en faveur de la Commission de l’océan Indien dont on est un partenaire technique et financier assez important. Le reste, ce sont des financements pour les banques avec des lignes de crédit SUNREF (Sustainable Use of Natural Resources and Energy Finance), soit 90 millions d’euros. Ce sont aussi des financements à l’État, faisant de l’AFD un bailleur de fonds important pour le pays.

Les principales réalisations s’articulent autour de trois axes. Le premier a trait à Maurice Île durable. Le deuxième concerne les lignes de crédit SUNREF. Nous avons soutenu trois banques du pays : la Banque des Mascareignes sur la première ligne de crédit, la MCB et la SBM qui sont sur la première et deuxième lignes. Ce label de finance verte de l’AFD a permis de financer plus de 250 projets avec des impacts en termes d’économie d’énergie, économie d’eau, réduction des gaz à effets de serre. Le troisième concerne le financement du port. L’extension du quai, qui a été inauguré il y a quelques semaines, a été financée par l’AFD à hauteur de 42 millions de dollars et une subvention de l’Union européenne. On finance aussi la rénovation et l’achat de nouveaux portiques pour la Cargo Handling Corporation.

Quelle suite l’AFD compte-t-elle donner à SUNREF ?
Une somme de 2,5 milliards d’euros a été engagée auprès des banques des pays émergents et du Sud. Maurice fait partie de manière significative de ce contingent de banques engagées. On est déjà à un montant de 100 millions d’euros. On étudie la possibilité d’une nouvelle ligne de 75 millions d’euros. Maurice a aussi été l’un des premiers pays à s’engager sur SUNREF. On a le recul nécessaire. Les banques mauriciennes – MCB, SBM et Banque des Mascareignes – ont vraiment saisi cette opportunité pour investir le business de la finance verte et ont permis au secteur privé d’apporter sa contribution à la réalisation des objectifs du développement durable.

Comment se présente la prochaine décennie ? Est-ce que nous devons nous attendre à une continuité de ce qui a été fait jusqu’ici ?
La réouverture d’un bureau à Maurice découle d’un accord entre deux gouvernements. Notre action s’inscrit dans la politique en faveur des pays émergents. Il y a la volonté d’accompagner ces pays dans les nouvelles transitions qu’elles devront affronter. Si Maurice continue à exprimer le besoin, on sera évidemment toujours disponibles. On a un atout. L’AFD dispose d’un bureau local avec 10 personnes par rapport à d’autres bailleurs internationaux. Un autre sujet est la problématique de l’insertion régionale. Cet aspect est très important pour nous parce qu’on est une agence du gouvernement français. La Réunion est un territoire français et européen. On a un mandat spécifique pour travailler à l’intensification de cette relation. Il y a également la COI avec laquelle on a un rôle spécifique.

Quelle est votre analyse de la situation économique dans le pays ?
Les indicateurs du Fonds monétaire international montrent une reprise de la croissance. Celle-ci est également confirmée par les enquêtes de perception. Tout cela repose sur une dynamique internationale favorable. Nous n’avons pas d’inquiétude sur la capacité de Maurice à poursuivre sa croissance. Il y a des problèmes d’intention qui sont connus comme les enjeux démographiques, la productivité, et l’inadéquation de compétences. Maurice est l’un des rares pays au monde à n’avoir jamais connu de récession depuis son indépendance. Quelles que soient les difficultés à court terme, il y a cette résilience qui est souvent montrée en exemple et qui est réelle. Les fondamentaux de l’économie sont bons. Sur les court et moyen termes, il n’y a aucune inquiétude à se faire. Les enjeux pour passer à un statut de pays à revenus élevés sont connus. La question de nouveaux relais de croissance se pose. Évidemment, il va falloir investir massivement sur des sujets innovants.