Post-Berguitta : l’interminable attente des sinistrés de Camp-Mana

Par Jean-Marie St Cyr, Marjoreland Pothiah O commentaire
Camp-Mana

Ils sont aux abois. Ces sinistrés de Camp Mana, Tranquebar, prennent cependant leur mal en patience.

Depuis le passage du cyclone Berguitta à la mi-janvier et les inondations qui ont suivi, ces cinq familles vivent au Centre de jeunesse de ce faubourg de la capitale, tout en se demandant quand elles pourront avoir un logement décent.

Cela fait une vingtaine de jours que les membres de cinq familles ont élu domicile au Centre de jeunesse de Tranquebar, à Port-Louis. Contraints d’évacuer leurs maisons à Camp Mana à la suite du cyclone et des fortes averses, ils n’ont nulle part où aller. Là où ils habitaient a été décrété zone dangereuse avec des risques de glissement de terrain. Ils ne sont pas autorisés à y retourner.

Certaines maisons sont au bord de l’effondrement ou se sont écroulées, à l’instar de celle de Giovanni Sobha. Ce qui lui servait de maison est sur le point de tomber dans le ravin au bord duquel il s’était installé. La maison de sa mère Rosita peut également tomber à n’importe quel moment. Une partie est suspendue dans le vide. 

« J’ai tout perdu », se lamente-t-il. Maçon de profession, Giovanni Sobha ne travaille pas en ce moment. Quant à sa mère, que nous avons rencontrée à Camp Mana, elle angoisse à chaque fois que le ciel s’assombrit. « Mo tranble sak fwa ki lapli tonbe. Une partie de ma maison est dans le vide. Cela me fait peur, mais nous n’avons nulle part où aller», se lamente-t-elle. Elle habite Camp Mana depuis une trentaine d’années avec son époux Harold et un de ses fils. Mais las aussi de cette situation précaire, elle affirme qu’elle va poursuivre ses démarches afin d’avoir une maison pour pouvoir dormir en toute sérénité.

Au Centre de jeunesse de Tranquebar, les réfugiés ont dû s’adapter à leur situation. Ils sont une quinzaine, hommes, femmes et enfants, dont certains en bas âge, à dormir sur des matelas de fortune posés à même le sol. Il n’y a aucune séparation et la promiscuité est à son comble. « Il n’y a aucune intimité. Nou bizin fer avek », dit Anju Jolicœur. Tenant son fils en pleurs dans ses bras, elle ne sait plus à quel saint se vouer.

Ces familles disent toutes être « dan enn sel bato » et sont solidaires en dépit des contraintes qu’elles endurent depuis une vingtaine de jours. Ces sinistrés, s’ils se sont accommodés aux pleurs et cris des enfants, à la promiscuité et à l’absence d’intimité, s’insurgent contre l’inaction de la Sécurité sociale et, par extension, celle du gouvernement. Judise Augustin ajoute que les choses ne sont pas faciles pour les enfants qui, après l’école, au lieu de se retrouver chez eux, doivent venir au centre.

Pour manger, ils comptent sur Caritas Île Maurice et sur le père Jean Maurice Labour qui multiplie les démarches pour les aider. Le vicaire général du diocèse de Port-Louis déplore aussi l’absence de protocole pour ce type de sinistrés. Selon lui, la municipalité de Port-Louis leur a servi un ordre d’évacuation, ce qui fait qu’ils n’ont pas le droit de retourner à Camp Mana.


Rosita Sobha : « Nou pena lot plass pou ale »

Rosita Sobha, 58 ans, et son époux Harold vivent dans l’angoisse au quotidien, surtout quand il se met à pleuvoir. Une partie du sol où se trouve leur maison s’est effondrée et le reste peut céder à tout moment. La maison, faite de bois et de tôles rouillées, n’est pas un abri confortable et n’offre aucune sécurité.

Il y fait également très chaud. Leurs effets personnels sont entreposés pêle-mêle et c’est à peine si on peut circuler sans se cogner contre un meuble. « Nou pena lot plass pou ale. Inn dir nou ale me kot pou ale ?» se demande Rosita Sobha. À proximité de sa maison, l’eau d’un étang représente un véritable danger public étant propice à la prolifération des moustiques.