PME : ces entrepreneurs qui peinent à assurer leur succession

Par Chrisitina Vilbrin O commentaire
Ashish Ruchoya, Rajkumar Ruchoya, Shamshad Mungly et Benoît Sullivan

Ils ont monté leur propre entreprise et à l’approche de leur retraite, ils aimeraient que leurs enfants prennent la relève. Si c’est le cas pour certains, d’autres n’ont pas cette chance tandis que plusieurs ont changé d’avis en voyant leurs affaires péricliter.

Shamshad Mungly : « Je préfère que mon fils exerce un métier plus porteur »

À Circonstance, le parcours de Shamshad Mungly, âgée de 55 ans, a tout d’une success-story. Couturière de profession, elle décide, en 2005, de s’orienter vers la fabrication de matelas. Un pari gagnant ! Ses matelas sont prisés par des hôtels de renom à Maurice et même aux Seychelles. « J’ai transmis mon savoir-faire à mes deux enfants Shawshan (24 ans) et Ramadhan (19 ans), dans l’espoir qu’ils prennent la relève quand je serai à la retraite. »

Mais depuis 2015, Shamshad Mungly a changé d’avis. « Cette année-là, les affaires ont commencé à ralentir. Je me suis retrouvée avec moins de commandes. Mo gagn lapey dite me nepli gagn dile. C’est pour cette raison je n’ai plus trop envie que mon fils reprenne le flambeau. Je ne veux pas qu’il affronte les mêmes difficultés. » Elle préfère donc que Ramadhan fasse des études tertiaires afin d’avoir un métier plus porteur.

Soodesh Jowaheer : « J’aurais été fier que mes fils prennent la relève »

Après avoir été machiniste et Supervisor dans deux usines, Soodesh Jowaheer, aujourd’hui âgé de 53 ans, a décidé de voler de ses propres ailes en devenant tailleur. Un métier que cet habitant de L’Agrément exerce depuis 28 ans. « Mes fils Sandeer, 21 ans, et Nirven, 18 ans, (NdlR : le premier est à l’université et le second au collège) ont l’habitude de me donner un coup de main. Ils expriment un certain intérêt pour le métier et rien au monde ne me rendrait plus fier que de les voir reprendre l’affaire. Mais depuis que le travail est tombé en raison de la compétition, je ne veux plus de ce rêve pour eux », regrette Soodesh Jowaheer. Un sentiment qui serait réciproque. « Mes fils ne veulent plus faire ce métier car ils voient à quel point je suis stressé depuis que les commandes chutent d’année en année. »

Benoît Sullivan : « Mes enfants ont choisi d’autres voies »

Le parcours de Benoît Sullivan, 55 ans, est atypique. Après son School Certificate, il devient ébéniste comme son père. Cependant, au bout de cinq ans, il change de profession. Cet habitant de Circonstance devient policier. Après une carrière de 30 ans, il prend sa retraite en 2014. « J’ai alors ouvert mon atelier où je fabrique des meubles, surtout du mobilier de cuisine. »

Les affaires marchent bien. Benoît Sullivan a deux employés qui lui prêtent main-forte. « J’aurais voulu que mon fils Giovanni (30 ans) reprenne le flambeau mais il n’aime pas le métier (NdlR : ce dernier est storekeeper dans une entreprise privée). Quand à ma fille, Valérie (26 ans), elle a choisi une autre voie : elle est chef pâtissière dans un hôtel. » Si Benoît Sullivan compte prendre sa retraite dans une dizaine d’années, il tente de ne pas y penser. « J’aurais un pincement au cœur, car je vais devoir fermer l’atelier et vendre tous mes équipements. » Benoît Sullivan reste optimiste.

« Qui sait, il se peut que mon petit-fils, qui aura 18 ans dans une dizaine d’années, souhaite reprendre l’affaire. L’espoir est permis… »

Rajkumar Ruchoya : « Mon fils, mon avenir »

Rajkumar Ruchoya, 51 ans, entame ces jours-ci les démarches administratives pour mettre son entreprise au nom de son fils Ashish. Ce dernier, âgé de 18 ans, connaît toutes les ficelles du métier. Pour cause, depuis que son père a eu des soucis de santé en 2010, cet habitant de Mont-Ida a pris les choses en main. C’est lui qui se charge, six jours sur sept, de préparer des pistaches, des grammes, des tamarins et des petits pois avant de les mettre en sachets et de les livrer dans des boutiques à travers l’île. Trois marchands viennent aussi s’approvisionner chez eux.

« Mon fils a repris les rênes au-delà de mes espérances, confie-t-il avec fierté. C’est lui l’avenir de l’entreprise. » Aujourd’hui, Ashish et son père ont d’autres ambitions : moderniser leur packaging et diversifier leurs activités en proposant d’autres variétés. « Il ne faut pas croire que ce travail est si facile qu’il en a l’air. Il requiert une certaine discipline comme se réveiller très tôt pour préparer les produits. De plus, il y a beaucoup de compétition », explique Rajkumar Ruchoya. Et son fils de conclure : « Il n’y a rien de mieux que de travailler pour soi. »

Premila Doorgachand : « Mes filles ont choisi leur carrière »

Dagotière, samedi après-midi. Premila Doorgachand, 58 ans, est installée sur son canapé devant une série indienne. Qu’on ne s’y méprenne pas : la quinquagénaire, une spécialiste de la broderie et du crochet, est en plein travail (NdlR : elle fait sur commande des écharpes, des polos, des layettes, des gilets, des chaussons, etc.) L’aiguille qu’elle tient entre ses doigts sort et glisse dans le tissu avec une dextérité et une rapidité qui suscitent l’admiration. Peu à peu, le tissu prend vie sous les couleurs qui s’assemblent pour former un joli motif.

À l’approche de la retraite, Premila Doorgachand aurait souhaité que ses deux filles exploitent le même savoir-faire. Un rêve qui ne se réalisera pas. « Mes filles ont leur propre carrière. L’aînée, Vastee (29 ans), travaille dans un centre d’appels alors que la cadette, Hena (27 ans), est Accounts Officer. La broderie et le crochet m’ont permis de payer leurs études », explique-t-elle.