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Plus de 94 350 Mauriciens sont analphabètes 

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  • Davantage de femmes touchées

Maurice s’est classé au 97e rang dans le Global Gender Gap Report récemment publié en ce qui concerne le taux d’alphabétisation. De plus, les données du Mauritius Population 2023 Live Countrymeter indiquent une prévalence significative de l’analphabétisme dans le pays. Tour d’horizon.

L’ampleur de l’analphabétisme est grande à Maurice. « Selon les données du Mauritius Population 2023 Live Countrymeter, on dénombre 
35 018 hommes analphabètes et 59 341 femmes analphabètes », indique Nalini Jugnauth-Naeck, directrice du National Women’s Council. « Ces chiffres placent Maurice parmi les pays africains présentant l’un des taux d’analphabétisme les plus élevés, selon des chercheurs », ajoute-t-elle. 
Il reste encore beaucoup à faire pour aider les personnes analphabètes à s’intégrer pleinement dans la société, estime Nalini Jugnauth-Naeck. Elle pense que l’accent doit être mis sur l’éducation de base fonctionnelle, qui englobe des compétences telles que la lecture des journaux et le remplissage de formulaires, entre autres. 

« Le National Women’s Council se consacre spécifiquement à l’éducation des femmes, car elles sont davantage touchées par l’analphabétisme que les hommes », poursuit Nalini Jugnauth-Naeck. Elle précise que le Conseil opère sous l’égide du ministère de l’Égalité des genres et travaille activement à renforcer l’égalité entre les hommes et les femmes en proposant des cours d’alphabétisation. Le National Women’s Council accueille des femmes de 50 ans et plus, mais également celles âgées de 18 ans et plus. « Le taux d’alphabétisation des femmes âgées de 15 à 24 ans est de 99,0 %. Ce pourcentage est significatif. »

Les cours sont dispensés dans toutes les régions du pays, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. « On constate que le niveau d’éducation est plus faible dans les régions rurales que dans les villes, ce qui met en évidence la nécessité d’accorder une attention particulière à ces zones », évoque Nalini 
Jugnauth-Naeck.

Les cours proposés par le National Women’s Council suscitent un vif intérêt, notamment les cours d’alphabétisation de base et d’alphabétisation en anglais utilisant les technologies de l’information (ELIT). « Avant la fermeture des centres due à la pandémie de Covid-19, ces classes enregistraient une participation régulière. Même pendant l’épidémie, de nombreux apprenants souhaitaient continuer à assister aux cours. »

Quatre types de cours sont proposés, dont le Basic Literacy niveau 1, d’une durée de 88 heures, destiné aux personnes non scolarisées qui partent de zéro. Le Basic Literacy niveau 2 s’adresse à celles qui ont des notions de base en lecture et qui souhaitent progresser (88 heures). Le cours Adult Literacy for Entrepreneur Development est destiné à celles qui souhaitent créer une petite entreprise (88 heures), et l’ELIT est conçu pour ceux qui veulent apprendre à utiliser leur téléphone portable pour l’apprentissage de l’anglais (88 heures). De plus, un cours de 120 heures est proposé à celles qui souhaitent apprendre le kreol morisien.

De son côté, l’ONG Caritas propose un programme d’alphabétisation fonctionnelle dans le but d’aider les bénéficiaires, adultes et enfants, à acquérir les compétences de base en lecture et en écriture. L’objectif principal de ce programme est de permettre aux participants d’être plus autonomes dans leur vie quotidienne, en étant capables de remplir des formulaires ou de lire, par exemple, les destinations des bus.

Ce programme de formation s’adresse spécifiquement aux adultes analphabètes ainsi qu’aux enfants en difficulté scolaire. Aucune connaissance préalable n’est exigée pour y participer. Il est possible d’organiser ces cours au sein d’une autre ONG si un groupe de 15 à 20 personnes motivées est réuni et si un employé ou un volontaire de cette ONG est prêt à devenir formateur.

Selon Josian Labonté, responsable du service de formation au sein de Caritas, l’analphabétisme est une réalité qui touche un nombre important de personnes en difficulté. Bien qu’il n’y ait pas de chiffres officiels disponibles, l’ONG Caritas est en contact direct avec ces personnes sur le terrain. « De nombreux adultes âgés de 25 à 30 ans rencontrent des difficultés en lecture et en écriture, souvent liées à un manque de confiance. Le programme d’alphabétisation fonctionnelle proposé par Caritas vise à aider ces individus à surmonter ces obstacles et à améliorer leur quotidien. Par exemple, ils seront en mesure de remplir des formulaires bancaires et d’accomplir d’autres tâches nécessitant des compétences en lecture et en écriture », explique-t-il. 

Le programme d’alphabétisation fonctionnelle de Caritas se décline en plusieurs niveaux. Tout d’abord, il existe un programme destiné à former des personnes souhaitant s’engager dans la lutte contre l’analphabétisme. Caritas bénéficie de 35 ans d’expérience dans ce domaine et a développé des méthodes d’alphabétisation efficaces, affirme Josian Labonté. 

« L’organisation forme également des formateurs, y compris des enseignants, dans le cadre d’un projet pilote mené dans quatre écoles de l’éducation catholique. Des bénévoles sont également impliqués et dispensent des cours. Des centres d’alphabétisation sont établis, et environ 20 animateurs sont répartis à travers l’île, formant en moyenne 200 personnes », fait-il savoir.

Le responsable du service de formation au sein de Caritas précise de plus que l’ONG propose des cours d’alphabétisation fonctionnelle aux entreprises, notamment dans le secteur de la construction. Les centres de formation de Caritas sont reconnus par la MQA (Mauritius Qualifications Authority). « La durée des cours peut varier. Par exemple, un cours visant à acquérir les compétences de base en lecture et en écriture peut durer 50 heures, tandis qu’un autre cours peut s’étendre sur 70 heures. Les bénévoles, quant à eux, reçoivent une formation d’une durée de 150 heures », souligne-t-il.

La tranche d’âge des apprenants est très variée, bien que la majorité soit constituée d’adultes âgés de 35 à 55 ans. Cependant, dans certains endroits, des enfants participent également à ces cours après les heures de classe. À ce jour, Caritas compte environ 200 apprenants à travers l’île.

analphabetes
L’échec continuel aux examens est une des causes de l’analphabétisme.

En chiffres

Alphabétisation à Maurice

Nombre Taux
910 810* 90,61 %
*Personnes âgées de 15 ans et plus pouvant lire et écrire
  • 454 950 hommes adultes savent lire et écrire, soit 92,55 %
  • 35 018 sont analphabètes
  • 455 860 femmes adultes savent lire et écrire, soit 88,48 %
  • 59 341 sont analphabètes

Les causes de l’analphabétisme

L’analphabétisme, ou l’incapacité de lire et d’écrire, peut avoir plusieurs causes. Selon Nalini Jugnauth-Naeck et Josian Labonté, plusieurs raisons en sont à l’origine. Parmi, celles-ci, on retrouve : 

  • Accès limité à l’éducation 
  • Pauvreté 
  • Discrimination et inégalités de genre 
  • Problèmes de santé 
  • Manque d’engagement des parents
  • Troubles d’apprentissage 
  • Faible scolarisation des parents 
  • Manque d’outils 
  • Echec continuel aux examens 
  • Absence de motivation 

Des parcours inspirants vers une vie meilleure

Découvrez les parcours remarquables de personnes déterminées à surmonter les défis de l’illettrisme et de l’analphabétisme, et à créer une vie meilleure pour elles et leur famille. Malgré les difficultés, elles ont réussi à s’intégrer pleinement dans la société. Voici leurs témoignages.

Seema entame une nouvelle étape de sa vie grâce à l’alphabétisation

Seema (prénom d’emprunt), 44 ans, est heureuse. Après avoir dû arrêter l’école en Std V (Grade 5) et travailler « dan karo » avec ses voisines jusqu’à l’âge de 16 ans, elle est aujourd’hui superviseur au sein d’une compagnie de nettoyage. 

Cela n’a cependant pas été sans difficultés. « J’ai dû arrêter l’école car mes parents ont préféré privilégier l’éducation de mon frère. » Des voisines lui ont alors proposé de travailler avec elles dans les champs agricoles, où elle s’est attelée à « koup zognon ek rass pomdeter », entre autres. 

À 17 ans, elle prend de l’emploi dans une usine de textile, puis se tourne vers une entreprise de nettoyage vers l’âge de 18 ans. Grâce à l’expérience acquise au fil des années, elle occupe désormais le poste de superviseur avec une grande fierté, même sans avoir de certificat académique. Ce que certains ne manquent pas de lui faire sentir en lui adressant parfois des remarques désobligeantes.

« J’ai eu pas mal de problèmes parce que je ne savais pas lire. Une fois, j’ai eu la honte de ma vie quand une personne m’a dit que si je ne sais pas lire, c’est que je ne vois pas clair », raconte-t-elle. Elle confie également avoir eu beaucoup de difficultés à voyager en autobus, car elle ne pouvait pas lire la destination sur le panneau d’indication. 

J’ai souvent été méprisée parce que je ne savais pas lire. Cela m’a fait beaucoup de mal»

« C’était à la fois offensant et humiliant de devoir demander aux autres passagers quel bus je devais prendre. » La quadragénaire a alors développé une astuce en se basant sur le numéro de la route de chaque destination comme point de repère, ainsi que pour reconnaître les bus affectés aux lignes qu’elle devait emprunter pour atteindre sa destination.

Outre les difficultés qu’elle rencontrait avec certains de ses collègues, elle avait du mal à aider ses enfants, élèves au primaire, dans leurs devoirs. Cela l’a incitée à chercher à s’instruire pour pouvoir les accompagner. « Après avoir subi tant d’offenses et d’humiliations, je ne veux pas que mes enfants vivent la même chose », explique-t-elle.

Grâce aux astuces qu’elle a développées pour s’intégrer dans la société malgré son manque d’éducation, elle avoue avoir surpris ses employeurs lorsqu’elle leur a annoncé qu’elle devait s’absenter certains jours pour suivre des cours d’alphabétisation. « Elles ont été surprises d’apprendre que je ne savais pas lire. » D’autant qu’elle parlait couramment le français car elle avait côtoyé pendant de nombreuses années des personnes qui ne s’exprimaient que dans cette langue sur son lieu de travail. « Je peux parler français sans pour autant pouvoir écrire dans cette langue. »

Elle se remémore la fois où elle avait demandé à une personne d’écrire un mot pour elle sur un papier et que, sans doute par méchanceté, cette personne avait écrit un autre mot, la mettant dans une situation embarrassante par la suite. Elle regrette également que ses enfants aient manqué certaines activités scolaires car ceux à qui elle avait demandé de lire les messages qu’elle recevait de l’école sur son téléphone portable l’avaient induite en erreur. 

« J’ai souvent été méprisée parce que je ne savais pas lire, et cela m’a fait beaucoup de mal. » Depuis, elle évite de faire confiance à n’importe qui lorsqu’elle a du mal à écrire un mot. Cependant, elle a la chance de pouvoir compter sur certaines de ses collègues pour l’aider à rédiger ses rapports.

Tous les quolibets qu’elle a dû endurer sont désormais derrière elle avec les cours d’alphabétisation qu’elle a suivis au Centre of Learning de Barkly. Depuis qu’elle s’est inscrite à l’école d’alphabétisation, une nouvelle étape de sa vie a commencé. « J’ai une soif d’apprendre à lire et à écrire pour pouvoir soutenir mes enfants dans leurs études, mais aussi pour progresser davantage dans mon travail et dans ma vie en général. » Elle affirme qu’elle a surmonté cette période où elle avait honte de ne pas savoir lire ni écrire, et qu’elle fait face à sa situation sans aucune crainte.

Anthony Laviolette : «Aujourd’hui, je peux me débrouiller par moi-même»

Le menuisier-charpentier Antony Laviolette a lancé sa propre entreprise il y a près de neuf ans. À l’âge de 40 ans, il effectue le trajet deux fois par semaine depuis Cap-Malheureux pour suivre des cours d’alphabétisation à Notre-Dame, depuis l’année dernière. 

Issu d’une famille de sept enfants, Antony Laviolette explique que la vie était très difficile pour ses parents, ce qui a fait qu’ils n’ont pas tous eu la chance de terminer leur scolarité. « Même si notre mère était très présente pour s’occuper de nous, elle n’avait cependant ni suffisamment de temps ni la possibilité de garantir l’éducation de chacun d’entre nous. »

C’est ainsi qu’il n’a pu atteindre que le Std VI (Grade 6). « Je n’ai pas pu poursuivre mes études, elles ont fini par me laisser tomber. »

Comme deux de ses frères travaillaient déjà avec leur père, menuisier de profession, Antony a dû exercer le métier de « manœuvre maçon » dans un premier temps. « Mon père m’a expliqué que quatre membres de la famille ne pouvaient pas exercer le même métier et travailler ensemble, car en cas de manque de commandes, nous serions tous pénalisés, ce qui aurait un impact considérable sur la famille. »

Son père l’a néanmoins initié au métier de menuisier-charpentier. Antony a ainsi progressivement tracé son chemin en apprenant par lui-même et en bénéficiant des conseils de son père. Cela lui a offert l’opportunité de travailler dans une entreprise privée avant de décider de lancer sa propre entreprise.

C’est à ce moment-là qu’il a commencé à ressentir les contraintes découlant de l’inachèvement de sa scolarité. « Il m’arrive d’avoir des clients étrangers qui parlent anglais ou français, ce qui a été un peu difficile pour moi. Je n’arrivais pas à déchiffrer ce qu’ils écrivaient sur papier », confie-t-il. De plus, avec les devis et les reçus qu’il devait fournir, il devait attendre d’être rentré chez lui pour demander l’aide de son épouse Delphine. 

Avait-il honte de sa situation ? « Non », répond-il catégoriquement. « Certains ont essayé de me tromper ou ont refusé de m’aider en refusant d’écrire quelque chose pour moi.  » Selon lui, ressentir de la honte vis-à-vis de sa situation ne mène à rien. Antony ajoute qu’il n’a pas prêté attention aux paroles blessantes qu’il a pu entendre à son sujet.

Malgré les difficultés qu’il a rencontrées, il est satisfait du chemin parcouru. Même s’il n’est pas encore à 100 % compétent, il se débrouille mieux. « J’ai acquis de nouvelles compétences grâce à la formation et à ma persévérance, ce qui me permet de progresser plus facilement sur le plan professionnel. » Il est également reconnaissant d’avoir le soutien de son épouse, qui l’a encouragé à suivre ces sessions d’alphabétisation fonctionnelle. 

Selon Antony Laviolette, les sessions sont « très intéressantes » et l’aident à progresser dans son travail. « Ceux qui, comme moi, n’ont pas eu l’occasion de compléter leur scolarité devraient profiter de ce genre de sessions. » Il peut désormais effectuer des tâches qui lui posaient auparavant des difficultés, telles que remplir un formulaire à la banque et remplir des chéquiers. « Je peux me débrouiller par moi-même et je suis autonome. »

Vani* : «Cela m’a fait mal de ne pas savoir lire»

« On n’arrête jamais d’apprendre », dit l’adage. Vani (prénom d’emprunt) en est l’exemple concret. À 70 ans, elle a suivi, à plusieurs reprises, des cours d’alphabétisation depuis ses 60 ans. Elle poursuit sans relâche sa quête de connaissances. Aujourd’hui, elle est heureuse d’être davantage autonome.

« Les sessions de formation que j’ai suivies m’aident beaucoup dans ma vie de tous les jours. Je peux maintenant lire les panneaux d’indication des autobus pour connaître leur destination », dit fièrement Vani. « Je peux également lire et envoyer des messages sur mon téléphone portable », ajoute-t-elle.

Vani a arrêté l’école alors qu’elle était en Std III (Grade 3), alors qu’elle s’y rendait en compagnie de ses frères et sœurs. À l’âge de 60 ans, elle décide de reprendre ses études et s’inscrit aux cours d’alphabétisation du Centre of Learning, encouragée par sa fille. 

Mais avant cela, elle a connu la souffrance de devoir demander aux autres de lire quelque chose pour elle ou de l’informer. Après avoir quitté l’école primaire, elle a commencé à travailler à l’âge de 13 ans chez des particuliers, avant d’être embauchée dans une usine de textile où elle était confrontée à des instructions en anglais ou en français qu’elle avait du mal à comprendre. « Cela m’a fait mal de ne pas savoir lire », dit la septuagénaire.

Cependant, elle s’est assurée que ses quatre enfants reçoivent une éducation. Deux sont en Australie où ils ont une bonne situation professionnelle, tandis que les deux autres sont à Maurice. L’un travaille dans la fonction publique et l’autre exerce comme chauffeur pour une compagnie d’autobus. « J’ai fait de mon mieux et j’ai travaillé dur pour offrir à mes enfants la possibilité d’étudier et pour qu’ils ne rencontrent pas les mêmes problèmes que moi. »

Elle se dit ainsi très heureuse de leur réussite et satisfaite des progrès qu’elle a réalisés en apprenant à lire, à écrire et à s’exprimer en français.

Bruno Rosicourt : «Je n’ai plus cette crainte de parler»

Bruno Rosicourt a dû arrêter l’école alors qu’il était en Std V (Grade 5). Il a commencé à travailler, dès l’âge de 11 ans, dans une petite entreprise de fabrication de meubles en rotin. Depuis trois ans, il a ouvert son propre atelier. À l’âge de 44 ans, il est heureux de son parcours au centre d’alphabétisation de Notre-Dame.

« Il est regrettable que certaines personnes ressentent de la honte vis-à-vis de leur situation au lieu de reprendre leurs études ou de continuer les sessions d’alphabétisation qui leur sont proposées », souligne Bruno Rosicourt. Il ne faut pas avoir honte de ne pas avoir pu bénéficier d’une éducation formelle, mais plutôt chercher des moyens de progresser dans la vie, affirme-t-il. Il fait comprendre que ceux qui ne le font pas sont en réalité les perdants.

Bien que l’incapacité de lire ne lui ait pas posé de problème dans son travail, car il devait mémoriser les modèles à confectionner et les techniques, Bruno Rosicourt a néanmoins décidé de suivre ces cours afin de mieux gérer son atelier. « Il y a des reçus à envoyer et parfois je dois répondre aux clients par messages. »

Inscrit depuis un an, Bruno Rosicourt est satisfait de son parcours, car en plus des messages, il est désormais capable de tenir des conversations en anglais ou en français avec certains de ses clients. « Je n’ai plus cette crainte de parler », confie-t-il. Auparavant, c’était son épouse qui l’aidait, notamment pour établir les reçus ou répondre aux messages de ses clients. Il lui est également arrivé de devoir solliciter l’aide de son entourage.

Si auparavant, il lui était difficile de reprendre les études car il avait du mal à se concentrer, les choses ont changé depuis qu’il a commencé les sessions d’alphabétisation. Avec le soutien de l’un des animateurs, Yannick Basile, il parvient à mieux mémoriser les mots, ce qui lui semblait difficile auparavant en raison de la peur de se tromper. « Petit à petit, j’ai gagné en confiance et progressivement, j’ai pris goût à la lecture et à poursuivre ma formation », affirme-t-il. Ce qui le motive, c’est l’approche des encadreurs. « Nous formons une formidable équipe et nous sommes comme une famille », ajoute Bruno Rosicourt.

Il dit n’avoir jamais pris en considération les remarques désobligeantes qu’il recevait. « Pour moi, ils se ridiculisaient eux-mêmes. » Il ajoute que malgré sa situation d’analphabète, il parvenait à voyager dans les transports en commun sans trop de difficultés. Cependant, lorsqu’il devait se rendre à la banque pour remplir des formulaires liés aux transactions bancaires, il devait être accompagné. Maintenant, grâce à la formation qu’il suit depuis un an, de nombreuses choses ont changé dans sa vie. Il a notamment une plus grande autonomie.

Les défis de l’inclusion à l’ère numérique

Dans un monde de plus en plus numérique, l’inclusion représente un défi majeur. Josian Labonté ne dira pas le contraire. « Avec l’émergence de technologies telles que l’intelligence artificielle et les chatbots, de nombreuses personnes sont connectées de différentes manières. Cependant, il est crucial de reconnaître que certains individus se sentent restreints dans cet environnement. »

Néanmoins, il existe un fort désir chez de nombreuses personnes d’apprendre même si elles ne savent pas utiliser un téléphone portable. 

« Nombreux sont nos apprenants qui souhaitent s’exprimer sur les réseaux sociaux et envoyer des messages écrits, mais ils se heurtent à des obstacles. Pour surmonter ces difficultés, ils développent d’autres compétences et utilisent des astuces, comme l’envoi de messages vocaux », observe Josian Labonté. 

Dans le monde numérique, ajoute-t-il, « les icônes et les emojis sont largement utilisés pour exprimer des émotions et des idées. C’est un enjeu crucial pour promouvoir l’inclusion, car cela permet de communiquer même en l’absence de compétences en lecture et en écriture ».

Il est d’avis que les cours d’alphabétisation fonctionnelle jouent un rôle clé en aidant les individus à acquérir les bases nécessaires pour utiliser les applications et la technologie. « Les messages vocaux sont un exemple de solution pratique qui permet une communication efficace sans nécessiter l’écriture. Les formateurs aident les apprenants à comprendre ces aspects fondamentaux. »

Selon Josian Labonté, il est essentiel de veiller à ce que personne ne soit laissé pour compte en raison de son niveau d’alphabétisation. L’inclusion doit être au cœur des initiatives technologiques, en fournissant des outils et des ressources adaptés aux besoins de chacun. Cela permettra à tous les individus, quel que soit leur niveau de compétence en lecture et en écriture, de participer pleinement à la société numérique et de bénéficier de ses avantages.

Nalini Jugnauth-Naeck précise, elle, que les cours, en particulier l’ELIT, aident les femmes à acquérir des compétences en informatique pour favoriser leur inclusion et leur autonomie. « L’ELIT leur fournit les connaissances nécessaires pour utiliser les technologies de l’information, notamment les téléphones portables, afin d’apprendre, notamment l’anglais. »

 

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