Petites misères du grand public

Par Shaffick Hamuth O commentaire

Plusieurs secteurs d’activités génèrent des emplois et des opportunités. La performance économique est mesurée par le nombre d’emplois créés et la contribution au PIB. Mais souvent, on ignore les petites misères de l’employé et du petit entrepreneur.

Le célèbre prix Nobel indien, Amartya Sen, a toujours mis l’emphase sur le Welfare Economics. Connu comme « l’économiste des pauvres », Amartya Sen a toujours œuvré pour insuffler l’humanisme dans les théories économiques. Dans le monde des chercheurs, il est considéré comme l'un des meilleurs spécialistes de la théorie du développement, ayant travaillé beaucoup sur les exclus et la pauvreté. Au-delà des chiffres de la croissance ou du FDI, l’économie du bien-être occupe une place importante dans le développement. Dans ce dossier, nous étalons quelques faits qui paraissent banals, mais qui affectent le quotidien des milliers de travailleurs et des entrepreneurs.

Transport

Le secteur de la construction connaît une effervescence avec le nombre de projets immobiliers, surtout sur le littoral. Beaucoup de projets dans le cadre du Real Estate Scheme (RES) ou le Property Development Scheme (PDS) se trouvent hors du circuit du transport public. Si certains employeurs offrent une facilité de transport, d’autres ouvriers ou artisans doivent se débrouiller : soit ils circulent à moto, soit ils voyagent en taxi ou van marron. Une tournée autour des sites de construction le matin ou l’après-midi révélera comment ces véhicules non-régularisés apportent leur contribution au secteur de la construction. Sans eux, certains ouvriers ne pourront venir travailler ! Par ailleurs, le secteur RES/PDS emploie beaucoup de jardiniers ou des femmes de ménage. Mais comme ces projets sont, pour la plupart, situés loin des routes d’autobus, ces gens-là éprouvent des difficultés pour se rendre au travail.

Le déjeuner

Quiconque s’est aventuré à Ébène pendant l’heure du déjeuner aura sûrement remarqué le nombre de voitures privées et les deux-roues en stationnement au bord des routes, proposant tout une gamme de nourriture aux employés. Certes, le centre commercial à Ébène dispose d’un food court, mais il n’est pas donné à tout le monde de le fréquenter, pour deux raisons principales : cela coûte beaucoup aux petits salariés pour se nourrir au food court, et ce n’est pas facilement accessible pour ceux travaillant loin. Bien que les petits fournisseurs, qui offrent de « quoi à manger », saisissent l’opportunité pour devenir entrepreneurs, l’absence d’infrastructures appropriées demeure une contrainte majeure pour qu’ils offrent un service de qualité.

Par ailleurs, que ce soit à l’usine ou sur les chantiers de constructions, les ouvriers dépendent sur les marchands saisonniers qui leur apportent de la nourriture. Pourtant, c’est un créneau à développer en encourageant les petits fournisseurs à investir dans des caravanes roulantes à la restauration rapide, modernes, hygiéniques et esthétiques.  Malheureusement, obtenir les permis appropriés est un parcours de combattant.

Les poids lourds

Dans le dernier Budget, il a été annoncé que la TVA sera remboursée sur les poids lourds acquis pour le transport de la canne à sucre. Or, il n’est pas donné à tous les planteurs d’acquérir un camion flambant neuf. Ce sont surtout les gros sucriers qui investissent dans les camions modernes pour transporter la canne. Les planteurs, eux, ne se servent pas de camions que pour le transport de cannes, mais aussi pour les légumes et autres. Beaucoup se rabattent sur les camions reconditionnés, mais avec les règlements existants, on ne peut pas importer de véhicules au-delà de l’âge de sept ans, donc cela coûte cher. Pourtant, il est possible de trouver des poids lourds en parfait état âgés de plus de sept ans à des prix dérisoires en Grande-Bretagne ou au Japon. Si les règlements permettaient, par exemple, l’importation des camions de 10 ans, on aurait pu encourager les planteurs et autres entrepreneurs/camionneurs à renouveler leur flotte et se débarrasser de leurs engins vieux de plus de 25, 30, voire 40 ans ! Pour les camionneurs, c’est mieux d’avoir un Daf de 10 ans qu’un camion chinois neuf !