Organisation de la première fête de l'indépendance - Le colonel Eric Hefford : The Ceremonial Man

Par Rajmeela Seetamonee O commentaire
Eric Hefford

Maurice a accédé à son indépendance le 12 mars 1968. Sir Seewoosagur Ramgoolam, le Chief Minister d'alors, a fait appel à un officier retraité de l'armée britannique, le colonel Eric Hefford, pour organiser le spectacle marquant cet événement historique au Champ-de-Mars. Il aurait coûté un peu plus de Rs 125 000. Dans un documentaire réalisé par la BBC en 1968, le colonel Hefford nous entraîne dans les coulisses de l'organisation.

The Ceremonial Man est le titre du documentaire diffusé dans l'émission Man Alive sur la BBC, après le 12 mars 1968. Il dure 50 minutes. Le reporter John Percival braque les projecteurs sur le nouveau métier du colonel Eric Hefford et le suit à Maurice. Cet ancien officier britannique organisait des fêtes de l'indépendance après avoir pris sa retraite dans les années 60. Maurice est le huitième et probablement dernier pays pour lequel il organise un spectacle d'indépendance. Mais cela ne s'est pas fait sans difficulté.

Certains d'entre vous se souviennent toujours des graves tensions raciales qui prévalaient dans l'île, provoquant même des émeutes, à la fin de janvier 1968. Le colonel Hefford a organisé et s'est assuré du bon déroulement des célébrations, malgré les tensions persistantes. Il refuse d'abord la demande des représentants de plusieurs communautés de l'île d'effectuer une prière avant la cérémonie de levée du drapeau. Cela, suite aux consignes données par SSR. « Si chaque communauté fait une prière,  il y a en une vingtaine sur l'île, imaginez la durée du spectacle. Le Premier ministre a pris une sage décision », confie Eric Hefford.

D'ailleurs, il fait ressortir qu'un spectacle précédant le lever du drapeau, doit être d'au moins d'une heure. C'est quoi une fête d'indépendance ? «  C'est la remise des instruments constitutionnels et des documents légaux certifiant que le pays est désormais indépendant, au Premier ministre. D'habitude, la fête se tient à minuit mais très peu de personnes viendront et une fête de deux à trois minutes ne signifie rien. D'où l'idée d'organiser le spectacle en journée », répond-il au reporter. Le colonel Hefford fait appel à des talents locaux et à des étudiants pour préparer le spectacle. Ce n'est pas évident !

« Ici, les gens sont charmants mais pas débrouillards. J'ai perdu 31 jours sur les 81 que j'ai passés sur l'île. Samedi et dimanche sont officiellement des jours de congé, sans parler des nombreux jours fériés associés aux fêtes religieuses. De plus, un cyclone a pris cinq jours pour se decider  », dit-il en haussant les sourcils.

Il ne cache pas le fait que les célébrations sont organisées avec un budget restreint. La plupart des pays pour lesquels il a travaillé, ont dépensé entre 250 000 et 300 000 livres. « Pour Maurice, un budget d'environ Rs 125 000 a été déboursé. J'ai dû bannir du spectacle quelques éléments, sans grande importance. Je comprends parfaitement la situation économique du pays et les tensions qui prévalent », fait-il ressortir.

Le colonel Hefford fait appel à un Banqueting Manager pour le banquet d'État. Comme Maurice ne dispose pas d'établissements hôteliers suffisamment grands pour accueillir les invités, dont des membres de la famille royale, le banquet se tiendra dans le hall d'un collège pour filles. Avec l'aide d'un interprète, le Banqueting Manager scrute minutieusement les serveurs mauriciens et leur conseille de garder leurs ongles propres.

Les différentes répétitions sont surveillées de près. Le colonel Hefford ordonne la mise en place d'une piste goudronnée au Champ-de-Mars pour y tracer les contours de l'île. Les 2 000 élèves habillés aux couleurs du drapeau national (rouge, bleu, jaune, vert) vont se placer au centre du dessin. Ils doivent également apprendre les paroles du tout nouvel hymne national, Motherland, composé par le poète Jean-Georges Prosper et mis en musique par Philippe Gentil. Ce musicien de l'orchestre de la police, explique timidement dans un anglais qu'il ne maîtrise pas suffisamment, son inspiration.

Deux jours avant la cérémonie, Londres annonce que la princesse Alexandra et son époux sir Angus James Bruce Ogilvy ne vont pas faire le déplacement. Ils devaient représenter la reine Elizabeth II lors des célébrations.

Le jour J, le 12 mars, le gouverneur sir John Shaw Rennie se tient aux côtés de SSR. L'Union Jack descend et le quadricolore mauricien est hissé en haut du mât. Un sentiment de fierté enveloppe le Champ-de-Mars et les Mauriciens crient de joie.

À la nuit tombée, les feux d'artifices illuminent le ciel et tracent le portrait de SSR. Le père de la nation met fin à 150 ans de règne britannique.