Mario Nobin, Commissaire de police : «Je souhaite une police respectable et respectée»

Par Geraldine Geoffroy O commentaire

La police mauricienne célèbre ses 250 ans d’existence en ce 1er août. Une fierté pour le pays où il fait bon vivre grâce à ces milliers d’hommes en uniforme qui se dévouent à leur métier. Mario Nobin en est un. À 63 ans, il occupe le poste le plus important de la force policière.

250 ans. C’est un long parcours qui est passé par plusieurs tournants. Quel regard portez-vous sur la force policière mauricienne aujourd’hui ?
La force policière aujourd’hui est mieux armée pour affronter les défis qui nous guettent, tels que la criminalité, le trafic illicite et l’insécurité. Ce sont des défis qui ont évolué avec l’accroissement de la population, le développement infrastructurel, le nombre croissant de véhicules pour un territoire limité. Donc, au fil du temps, la police a su s’adapter à l’évolution du pays. Ainsi plusieurs unités ont été créées naturellement pour répondre justement aux besoins et aux nouvelles exigences de la population. Malgré tout ce qu’on peut dire sur la force policière, elle jouit d’une bonne réputation et d’une bonne image. Il n’y a qu’à voir le nombre de sollicitations quotidiennes qui lui sont adressées. Il n’y a pas une activité ou un secteur où on ne fait pas appel à nous. On est présent partout : dans les hôpitaux, aux abords des écoles, les banques, la route, les courses hippiques, les événements sportifs et même les activités privées. Tout ça pour vous dire que le policier incarne toujours l’autorité et la sécurité. Certes, comme dans toute organisation, il y quelques « mauvais disciples » qui dévient de leur mission. Mais ce ne sont que des exceptions. Je considère, moi, que la force policière est une institution solide, assise sur une bonne fondation. Je rends hommage d’ailleurs aux 45 Commissaires de police qui m’ont précédés. Chacun à sa manière de façonner une police locale qui répond aux aspirations de la population.

Dans quelle mesure y contribuez-vous justement ?
Moi, je prône une police de proximité avec des hommes fiers de leurs fonctions et de leur uniforme. Je crois beaucoup en la valorisation de l’homme et je mets toujours l’humain au centre de mes décisions ou mes actions. Cela commence avec mes hommes d’abord. Par exemple, j’invite toujours les familles des policiers lors des célébrations de promotions ou autres dans la force policière. C’est une manière d’inculquer le sens d’appartenance et de resserrer les liens entre le policier, sa famille et la force policière dans son ensemble. J’encourage aussi les policiers à mettre au service de la force et de la population leurs autres talents. Nos parades ne sont plus aussi strictes qu’avant et on encourage les policiers à y apporter leurs touches artistiques et culturelles. Ainsi, ils ne se contentent plus de marcher tout droit au rythme de la fanfare, ils chantent, ils font de la callisthénie. Je constate d’ailleurs un changement d’attitude chez les policiers, ils sont plus enthousiastes et motivés. L’autre chose dont je peux m’enorgueillir est une plus grande féminisation de la force policière. Il y a toujours eu des éléments féminins au sein de la force, mais ils étaient très souvent confinés à des tâches de bureau. Aujourd’hui, les policières sont plus présentes sur le terrain : motard, SSU, CID, Dogs Unit… Et je veux aller encore plus loin avec des femmes garde-côtes, à la brigade anti-drogue, à la SMF… Bref, que les policières soient aussi « opérationnelle » que leurs collègues masculins.

Cela dit, quels sont les grands projets de la force policière ?
D’abord, il y a la numérisation de notre système. Ensuite, la réorganisation des postes de police conformément à notre volonté d’apporter un changement de mentalité aussi bien du policier que du public. Ainsi, très prochainement, tous les postes de police seront dotés de caméras à l’accueil. Il s’agit d’une réponse aux nombreuses plaintes selon lesquelles on est mal accueilli ou malmené quand on se rend au poste de police. Cela va encourager une meilleure prise en charge du citoyen par le policier. Nous allons aussi valoriser davantage les policiers avec la photo du ‘Station Manager’ accrochée à l’entrée, ainsi que celle de toute son équipe, avec la fameuse phrase « Tolerance and respect for all citizens ». Ce qui va encourager les policiers à vouloir donner un meilleur service pour une meilleure image.

Que souhaiterez-vous laisser de votre passage aux Casernes centrales ?
Je souhaite une police respectable et respectée par toute la société. Aujourd’hui, c’est un peu notre faiblesse. En fait, il y une perte des valeurs dans notre société et c’est de cette même société que proviennent nos policiers. Ce qui explique une plus grande vulnérabilité. Mais on travaille au quotidien pour faire respecter l’uniforme au sein même de la force. Avec la création de la police académie, nos hommes seront mieux formés physiquement, moralement et psychologiquement. Mon souhait, c’est aussi que la force policière et la population travaillent en étroite collaboration pour une société meilleure. Que le policier aille au-delà de son mandat traditionnel, qu’est d’instaurer l’ordre et la paix et d’incarner l’autorité, en allant à la rencontre des citoyens, surtout ceux dans le besoin. Que tous développent cette fibre sociale et le sens du service.

Mon souhait, c’est aussi que la force policière et la population travaillent en étroite collaboration pour une société meilleure.

L’homme derrière la fonction : «Ma relation avec mon entourage n’a pas changé»

Qu’est-ce qui fait votre force ? Pourquoi avoir été choisi pour occuper une des plus hautes fonctions du pays ? 
Outre mon riche parcours et ma longue expérience, je suis passionné par ce métier. J’ai toujours été très énergique et enthousiaste. Proche de la population et toujours prêt à servir, à affronter les problèmes et à trouver des solutions. C’est pourquoi je suis parfaitement à l’aise dans ma fonction de Commissaire de police. Tout ce qui concerne le déploiement des hommes, le fait de parler avec les gens, avec la presse, ne me pose aucun problème.

Venons-en à la fonction justement. En quoi consiste le rôle du chef de la police ?
Il est responsable de la bonne gestion de la force policière pour le maintien du ‘Law and Order’, la prévention et la détection des crimes. Le Commissaire doit donc gérer toutes les unités de la force qui comprend plus de 12 000 policiers/policières. Il doit s’assurer que le travail se fait en toute sérénité et que les actions sont bien coordonnées pour que notre mission soit accomplie, c’est-à-dire que règnent la paix et l’harmonie sociale à Maurice, à Rodrigues et à Agalega.

Être responsable de la sécurité de toute une population. Il faut avoir des épaules très solides pour cela ?
Il faut surtout avoir de l’expérience et connaître toutes les ficelles du métier. Même si je n’ai pas travaillé dans toutes les unités, mon ouverture et mon interaction régulières avec les différentes équipes m’ont aidé à savoir tous les rouages. Ce qui me permet aujourd’hui de connaître les réalités de chacun et de mieux les affronter au quotidien.

Parlez-nous de votre quotidien ?
Officiellement, j’arrive au bureau vers 8 heures et je termine ma journée vers 17 heures. Mais, en fait, ma journée ne se termine pratiquement jamais. Je suis ‘on call’ 24/24, 7/7.

41 ans au sein de la police. Vous avez dû côtoyer beaucoup de policiers dont certains sont vos amis. Comment sont vos relations avec eux aujourd’hui alors que vous êtes CP ?
Ma relation avec mon entourage n’a pas changé. La fonction n’a pas changé l’homme. Je crois qu’on impose son autorité par son attitude et son comportement. On peut être amis tout en se faisant respecter. Je passe beaucoup de temps avec mes amis et ils acceptent naturellement mon autorité de par mon expérience, mes connaissances et ma façon de m’imposer.

Même si je n’ai pas travaillé dans toutes les unités, mon ouverture et mon interaction régulières avec les différentes équipes m’ont aidé à savoir tous les rouages du métier.


Carrière : enrôlé en 1976, Mario Nobin compte 41 ans de service au sein de la force policière

« Je suis fils de policier. Et avec mon père, nous avons gravi tous les échelons de la force policière. Il a quitté la force au rang de sergent et puis moi, j’ai pris le flambeau à partir d’inspecteur jusqu’à la plus haute fonction. Bref, à nous deux, nous avons fait tout le cycle from PC to CP. J’ai débuté à la SMF et complété ma formation militaire à l’Académie royale militaire de Sandhurst. Après 10 ans à la SMF j’ai rejoint la force régulière au poste de Line Barracks jusqu’en 2002. Ensuite, j’ai travaillé dans plusieurs divisions et unités en tant qu’inspecteur, chef inspecteur, surintendant. Le summum de ma carrière a été les deux années passées au Darfour (2006-2007). J’y étais en tant que ‘Police Commissioner’ pour l’Union Africaine. C’est ce qui m’a permis de prendre mon envol, de m’affirmer et de me démarquer. À mon retour, j’ai repris mes fonctions de DCP OPS jusqu’en 2015. »

Vie familiale : marié depuis 36 ans, le chef de la police est père de trois enfants

« J’ai trois grands enfants qui aujourd’hui volent de leurs propres ailes. Ma fille est en Australie, l’un de mes deux fils est en Afrique du Sud et l’autre en Amérique. Il ne reste plus que mon épouse et moi à la maison. Étant dans l’enseignement, elle aussi est très engagée avec les enfants et le social. Je dirais que depuis le temps, chacun a trouvé ses marques et on arrive quand même à s’offrir des petits moments rien qu’à nous. Le fait d’être souvent absent m’a permis de passer des moments de qualité avec ma famille. J’ai toujours agi comme un guide pour mes enfants en les inculquant les valeurs telles que l’amitié, l’honnêteté, l’intégrité et je suis fier de ce qu’ils sont aujourd’hui. Autrement, je suis un papa et un époux à l’écoute et très affectueux. »