Marché de niche : ces compagnies qui vendent leurs produits aux Mauriciens vivant à l'étranger

Par Chrisitina Vilbrin O commentaire
Fruits et légumes

Brèdes, goyave de Chine, dholl puris, poisson salé, achards… Ces produits typiquement locaux sont très demandés par les Mauriciens établis en France, en Angleterre, en Australie et même au Canada. Plusieurs compagnies locales s’assurent que nos compatriotes n’en manquent pas même s’ils sont loin de leur sol natal.

Seskel Enterprises Ltd : Un conteneur de poisson salé convoyé en France par an

Même à l’étranger, certains Mauriciens ne peuvent se passer d’un bon poisson salé pour le déjeuner ou le dîner. Une demande à laquelle Seskel Enterprises Ltd tente de satisfaire depuis ces sept/huit dernières années. « Nous exportons par avion du poisson salé à un agent mauricien basé en Angleterre tous les trois mois. Ce dernier se charge de la distribution au pays de sa Majesté. Par contre, sur la France, nous convoyons par bateau un conteneur chaque année. La demande en France est plus élevée. Outre les Mauriciens, les Africains aussi sont friands de notre poisson salé », dira Oliver Ng, un des directeurs de Seskel Enterprises Ltd. La compagnie exporte, par ailleurs, 500 kilos de poisson salé en Australie chaque quatre mois.


La Chartreuse : Du thé svp

« Il y a une forte demande pour le thé local par la diaspora mauricienne », souligne Asvin Bokhoree, Managing Director de La Chartreuse Group of Compagnies. Seule ombre au tableau : la production de La Chartreuse est trop minime actuellement pour que ses produits puissent être exportés. « Il y a toujours un manque de thé sur le marché local. L’exportation n’est donc pas envisageable en ce moment », a fait ressortir Asvin Bokhoree. Et de  souligner qu’en temps normal, il a déjà exporté du thé en France, en Angleterre ou encore en Australie. « Même le Canada dévient un marché important », a-t-il ajouté.


Dewa & Sons : Du dholl puri en vente sur chaque continent

Dewa & Sons est l’une des toutes premières compagnies spécialisées dans la préparation de dholl puris  à exporter ses produits pour répondre à la demande de la diaspora mauricienne. « Au tout début, soit dans les années 80, nous exportions des dholl puris essentiellement à La Réunion et en Angleterre. Aujourd’hui, nos produits que nous enrobons dans un emballage spécial sont aussi écoulés en Afrique du Sud, en France, au Canada, en Australie, en Inde et à Madagascar », note Sailesh Unuth, un des directeurs de Dewa & Sons. La compagnie procède de deux façons pour l’exportation de ses dholl puris.

« Nous avons des Mauriciens de passage dans le pays (Ndlr : ces derniers vivent dans tous les pays mentionnés plus haut) qui s’approvisionnent auprès de nous directement,  chaque semaine. Ils achètent généralement entre 15 et 50 paires. Et grâce à des agents, nous plaçons entre 150 et 200 paires en France, Angleterre et Australie chaque trimestre », a expliqué Sailesh Unuth, qui enregistre une hausse de 3 % de la demande chaque année.

Toutefois, Dewa & Sons n’est pas la seule compagnie à exporter des dholl puris à l’étranger. Depuis janvier 2014, Kalyanee Hurry, directrice de Dewa & Sons - Flavours of Mauritius, exporte des dholl puris en Angleterre. « Notre client est un Mauricien qui place nos dholl puris dans des commerces indiens en Angleterre », a-t-elle indiqué. Pour elle, la diaspora mauricienne est un créneau à exploiter. « Si auparavant, on n'exportait que 50 sachets (un sachet contient 5 paires de dholl puris) une ou deux fois par mois, aujourd’hui on vend 150 à 200 sachets à la même fréquence », a souligné cette dernière. Kalyanee Hurry est actuellement en pourparlers avec un autre agent en vue d’exporter des dholl puris, des gâteaux piment ou encore des samoussas en Australie. « Quand nous aurons agrandi nos locaux, nous envisageons aussi d’exporter dans d’autres pays d’Europe », prévoit-elle. Toutefois, dira Kalyanee Hurry, il faudra respecter des normes internationales tout en veillant à suivre certaines procédures. « Ce qui n’est pas sans coût. À titre d’exemple, mettre une fiche nutritionnelle sur son emballage requiert un certain investissement », a-t-elle conclu.


T.K Boodhram Export : 1,5 tonne de légumes envoyés en France chaque semaine 

Depuis 35 ans, la compagnie T.K Boodhram Export, qui est basée à Phoenix, exporte des fruits et légumes en France. La liste des produits exportés est aussi variée que longue : brède chouchou, brède songe, brède malabar, brède giraumon, anguives, bringelles, pâtissons, patoles, piments (gros, petit, piment cari), concombres, calebasses, giraumons, fruits à pain, choux-fleur, letchis, goyaves de Chine, fruits de Cythère, entre autres.

« Nous nous approvisionnons auprès des planteurs qui cultivent des légumes et des fruits uniquement pour l’exportation. Nous envoyons ensuite les produits par avion à un grossiste basé en France. C’est ce dernier qui assure la distribution dans plusieurs supermarchés », indique Vikash Boodhram, directeur de T.K Boodhram Export. Chaque semaine, la compagnie exporte entre 700 kg et 1,5 tonne de légumes. Durant la saison des letchis, T.K Boodhram Export envoie des cargaisons trois fois par semaine. « Il y a un gros marché pour les letchis et les ananas », a souligné Vikash Boodhram.

Il est à noter que 75 % des produits que Vikash Boodhram exporte sont consommés par des Mauriciens établis en France. Les 25 % restants sont achetés par des Asiatiques. Si la diaspora indienne demeure un marché à fort potentiel, Vikash Boodhram doit, toutefois, faire face à plusieurs défis. « Le coût du fret est très élevé par rapport à d’autres destinations couvrant la même distance que Maurice telles que Saint Domingue et Costa Rica. Ce qui rend nos prix moins compétitifs », a-t-il expliqué. Par conséquent, la compagnie a perdu 50 % de son marché sur certains produits, notamment le piment qui est de plus en plus importé de Madagascar ou encore le brède mouroum et le 'cari poulet' que fournissent le Sri Lanka ou l’Inde. « On exportait auparavant 3 à 3,5 tonnes de légumes par semaine. Aujourd’hui, ca tourne autour de 700 kg à 1,5 tonne à cause de cette forte concurrence, surtout du Kenya qui exporte en grande quantité », déplore Vikash Boodhram.


Eugénie Food Products Ltd : Achards et pâtes de piment s’envolent pour l’Europe

Achard aux mangues, au bilimbi, aux olives, à l’aubergine, à la banane, à la papaye, au fruit de Cythère ou encore des pâtes de piment nature, aux crevettes, au tamarin, au limon… Cela fait dix ans que ces produits fabriqués par la compagnie Eugénie Food Products Ltd sont exportés principalement en Europe à travers un agent par voie maritime. « Nous exportons toutes les variétés d’achards et de pâtes de piment, selon la disponibilité du stock et de la demande de l’agent », a fait part Jocelyne Laurent, la directrice de la compagnie. Eugénie Food Products Ltd  exporte ses produits en moyenne trois fois par an. « Nous écoulons en moyenne une ou deux palettes pour chaque groupage », a souligné Jocelyne Laurent. Cette dernière se dit ouverte à d’autres marchés et acheteurs éventuels en rapport avec la diaspora mauricienne. Et d'ajouter : « Cependant, vu notre capacité de production, nous ciblons les marchés de niche à haute valeur ajoutée. »

Des critères à respecter pour l’exportation

Exporter ses produits n’est pas si simple que cela en a l’air. Pour obtenir un certificat phytosanitaire, les exportateurs doivent s’assurer que leurs articles répondent à plusieurs critères et à des normes internationales. Certains pays importateurs imposent même d’autres restrictions. À titre d’exemple, si on exporte de l’aubergine, il faut en enlever la tête.