Interview

Mahen Seeruttun : « Des alternatives doivent être utilisées à la place des pesticides »

Mahen Seeruttun Mahen Seeruttun, ministre de l’Agro-industrie

Annoncé comme futur ministre des Finances, Mahen Seeruttun soutient que ce ne sont que des rumeurs. Par rapport à son bilan à l’Agro-industrie, il se montre optimiste quant à la relance du secteur du thé et aborde des projets de son ministère.

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« On doit s’assurer qu’on a suffisamment de terres sous culture pour notre approvisionnement alimentaire. »

Cela va faire bientôt deux ans que vous êtes au ministère de l’Agro-industrie. Est-ce que vous êtes satisfait du secteur agricole ?
Le secteur agricole est appelé à faire face à des défis. Nous sommes limités en terres, car la demande pour d’autres développements augmente année après année. On doit s’assurer qu’on a suffisamment de terres sous culture pour notre approvisionnement alimentaire. Le ministère a fait une étude, afin de chiffrer la superficie de terres qui a été abandonnée. On va reprendre ces terres, on va les développer et on va les louer à des gens qui sont intéressés par la culture agricole pour augmenter notre production. 1 000 arpents ont été identifiés.

Qu’en est-il du secteur sucre ?
On sait que les petits planteurs ont énormément souffert. Le gouvernement a revu à la hausse le prix de la bagasse. On doit rendre ce secteur viable et pour cela, il faut faire un usage optimal de la canne. Elle peut fournir différentes sources de revenus, comme la production d’électricité et l’alcool.

L’année prochaine, on verra le mélange éthanol/essence. C’est un projet qui date de 2008/2009 et qui fait partie de la réforme de l’industrie sucrière. On a déjà eu un projet pilote qui n’a pas été exécuté. C’était un projet intéressant car le pays allait réduire son importation de carburant. Un comité travaille déjà sur le pourcentage qui doit être mélangé.

La création d’un Agricultural Land Management System a été annoncée dans le dernier Budget. Cela va permettre de reprendre les terres que les planteurs de canne à sucre ne peuvent plus utiliser et de les donner à des usines. Le gouvernement a aussi pour objectif de produire 400 000 tonnes de sucre et pour cela, 50 000 hectares doivent être sous culture de canne. Le gouvernement fera son possible, afin que ce secteur soit viable.

Pourquoi insistez-vous sur les produits organiques et bio ?
Aujourd’hui le pays fait face au changement climatique. Il y a aussi un appauvrissement des terres, car nous avons utilisé trop de pesticides. Cela affecte aussi la santé humaine. Compte tenu des dégâts causés par les pesticides, il est important de changer la façon de cultiver. Je sais que c’est difficile, mais les planteurs doivent le faire. On doit changer de mentalité et des alternatives aux pesticides doivent être utilisées.

Y a-t-il y a un marché pour les produits bio ?
On doit créer le marché. Les consommateurs doivent être sensibilisés, car ces produits sont bons pour leur santé et ils sont de meilleure qualité. Avec le Bio-Farming Development Scheme, plusieurs facilités sont accordées aux planteurs. On va venir avec des lois pour s’assurer que les produits répondent à tous les critères. De ce fait, les consommateurs pourront être assurés d’avoir un produit sain sur le marché. Ces produits peuvent aussi être exportés.

Est-ce que vous croyez dans la relance du secteur du thé ?
Une compagnie chinoise a déjà investi Rs 200 millions dans ce secteur. Elle veut produire du thé local pour l’exporter vers la Chine. Elle compte aussi y ouvrir une cinquantaine de boutiques pour le thé mauricien. Le potentiel est donc bien présent, d’autant plus que ce secteur a connu une croissance de 7 % sur le plan international. Le pays produisait 8 000 tonnes de thé auparavant mais maintenant, cela tourne aux alentours de 1 500 tonnes. 600 arpents de terres additionnels seront alloués à la relance du secteur. Le ministère va aussi venir avec une pépinière pour produire les plantes.

Après l’épizootie de fièvre aphteuse, que fait le gouvernement pour relancer l’élevage ?
Le programme de vaccination qui est en cours donne déjà des résultats positifs. On n’abat plus d’animaux. La Mauritius Meat Authority importe du bétail afin de pallier le manque sur le marché. Les animaux qui ont été vaccinés sont maintenant tués à l’abattoir. Tout cela se fait sous la plus stricte surveillance des vétérinaires. Néanmoins, certains abats sont saisis, car le risque que ces animaux portent toujours le virus est réel.

Quels sont les projets du ministère ?
Il y a la construction d’un National Wholesale Market à Wooton. Le ministère évalue les offres. Un abattoir sera aussi construit sur l’axe Wooton/Belle-Rive. D’autre part, l’Agricultural Marketing Board est appelé à revoir sa stratégie. Vu que le pays est quasi autosuffisant en pommes de terre et en oignon, la culture de petits pois, de gros pois, d’haricots rouges et d’autres grains secs sera encouragée. 

Êtes-vous satisfait des deux salons de l’Agriculture ?
Ce qui m’a encouragé c’est l’engouement des visiteurs. Ils veulent savoir plus sur la culture bio. Ils sont aussi conscients du changement climatique. Les deux weekends ont été des succès. Je crois qu’il faut faire ce type d’événement plus souvent, vu le feedback du public.

Quand assumerez-vous les fonctions de ministre des Finances ?
Ce sont uniquement des rumeurs et des spéculations. Je n’y ai même pas pensé, car il y avait l’épizootie de la fièvre aphteuse à gérer. Et de toute façon la question revient au Premier ministre. C’est lui qui décide.

 

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