Lindsay Rivière : «Le journaliste ne doit pas être un acteur qui pèse sur l’événement»

Par Jean Claude Dedans O commentaire
Lindsay Rivière

Pour lui, le journalisme d’investigation a ses limites et ne doit en aucun cas induire une confusion des rôles. Lindsay Rivière, observateur politique, ajoute que le journaliste ne doit pas être un acteur qui pèse sur l’événement.

Que vous inspire l’affaire Ravi Yerrigadoo et Hussein Abdool Rahim ?
Cette affaire se développe tous les jours et on n’en a pas fini de voir la fin. Il y a autant d'implications politiques que journalistiques. Politiquement, il y aura un réaménagement si Ravi Yerrigadoo demande de revenir au Cabinet. Journalistiquement, c’est le débat sur le rôle précis de la presse et de ses limites d'interventions. C’est une ligne très fine où le journaliste est spectateur et non pas un acteur des événements. Le journaliste est un spectateur très critique et engagé à faire ressortir la vérité. Mais en aucun cas, le journaliste ne doit pas être un acteur qui pèse sur l’événement. Le journalisme d’investigation a une limite. Il ne faut pas faire une confusion des rôles.

Et les « dérapages » de Showkutally Soodhun et de Ravi Rutnah ?
Pravind Jugnauth paie le prix des écarts de ses lieutenants. Il est temps pour lui de mettre bon ordre dans son gouvernement qui s’écroule sous le poids des abus, des excès et parfois du ridicule.

Une alliance PTr/PMSD est plus facile à faire qu’une alliance MSM/MMM »

Venons-en à la situation politique au pays, après plusieurs remous…
Il est clair que le gouvernement s’enfonce chaque semaine avec son lot d’embarras. Le gouvernement, au lieu de se fixer sur l’essentiel, joue en permanence au fire fighting Ce gouvernement n’est plus le même que celui qui a eu la caution populaire de décembre 2014. SAJ est parti, Vishnu Lutchmeenaraidoo n’est plus aux Finances, trois ministres du MSM ont démissionné. Le PMSD de Xavier-Luc Duval, qui était l’un des piliers de ce gouvernement en termes de performance et de crédibilité, a claqué la porte. Le ML n’a pas réussi à gagner le cœur des militants et à devenir le véritable MMM que ce parti promettait. Et Pravind Jugnauth est entouré d’incertitudes et de critiques sur sa légitimité et son autorité.

Rien ne va plus au château ?
Beaucoup de choses ne vont plus. Ma conviction est que de plus en plus l’entourage de Pravind Jugnauth le perdra. Le PM croit que la croissance économique ou le Metro Express seront le bilan de son gouvernement. Il se trompe, car c’est la perception qui compte. Pravind Jugnauth donne l’impression, qu’en toute situation, il fait passer son parti et ses collaborateurs  avant l’intérêt public.

Pour la partielle au no. 18, il est fort probable que le MSM joue aux abonnés absents…
Il y a encore sept semaines pour le Nomination Day où l'on saura si le MSM sera présent à la partielle. Il est évident que le MSM ne prendra pas le risque d’y participer.

Est-ce la peur de recevoir une raclée, comme le dit l’opposition ?
Le risque d’une défaite très cuisante est réel pour le MSM lors de cette partielle. Donc, le risque est beaucoup plus grand de perdre que l’embarras de l’absence qui sera vite dissipé. Car une défaite du MSM le suivra tout au long du reste de son mandat.

Pourtant, Ivan Collendavelloo a affirmé que si le gouvernement alignait son poulain pour la partielle, « nou pu balié karo »…
La seule circonstance où le MSM présentera un candidat est lorsque ce parti sera satisfait que la multiplication des candidats de l’opposition éparpille les votes et que le MSM pourrait gagner avec 25 % d’intention de votes. Mais gagner une partielle avec seulement ce pourcentage et une forte abstention n’est pas très glorieux. Au final, le MSM va probablement s’abstenir.

Dans ce cas de figure, l’opposition est appelée à s’entre-déchirer…
Le MMM voudra remporter cette partielle après plusieurs défaites afin de remuscler le parti et se positionner avec force pour toutes nouvelles négociations d’alliance. Le PTr voudra confirmer que décembre 2014 est derrière lui et qu’il est la principale alternative au régime MSM. Le PMSD souhaite un revival et consolider son assise au no. 18 qui a fait élire Xavier-Luc Duval depuis 12 ans avec plus de 60 % de voix. Roshi Bhadain sera là et voudra montrer qu’il existe. Le score de Jack Bizlall montrera le désenchantement du peuple envers les partis traditionnels.

Cet affrontement de l’opposition ferait l’affaire du MSM…
La guerre de l’opposition au no. 18 ferait l’affaire du MSM, car l’élu de cette multiplicité de candidatures ne fera pas plus de 30-35 % et le gouvernement pourra minimiser cette victoire. Cette bagarre entre l’opposition laissera quelques séquelles et réduira les perspectives d’alliances futures.

Encore et toujours des alliances ?
Ne nous faisons pas d’illusions, chaque parti aura besoin d’une alliance en 2019. La grande supercherie actuelle est de faire accroire que chacun se présentera seul aux prochaines législatives. Il est clair qu’aucun parti ne peut ambitionner d’aller seul aux élections. La raison en est que le système électoral que nous ont légué les Anglais était calculé pour assurer des alliances dans la perspective d’un partage de pouvoirs, et que le Best Loser sauvegarde les intérêts de chaque composante de la population. Et si tous les partis vont en ordre dispersé, il n’y aura pas de majorité claire et cela donnera lieu à des alliances postélectorales qui se font en catastrophe, sans aucun programme commun, contrairement à des alliances préélectorales.

Maurice est condamné à des alliances préélectorales pour encore longtemps, selon votre lecture ?
Aussi frustrante que cela puisse être, Maurice est condamné aux alliances préélectorales. Il faut gouverner selon une charte établie et non à travers des remous et des tractations postélectorales où chacun fera passer ses intérêts avant tout.

Les options d’alliances possibles ?
Il n’y a que deux options d’alliances crédibles à Maurice. La première est un rapprochement PTr/PMSD et la seconde une alliance MSM/MMM, mais beaucoup plus compliquée en raison  du poids du passé et des éternels conflits personnels et de leur culture politique. Les intérêts de ces deux blocs se rejoignent. Quand le MMM s’est mis en alliance avec le PTr en 2014, c’est comme si il avait fait un pacte avec l’ennemi. Et quand le MSM s’allie avec le PTr, c’est un désastre.

Donc, il faudrait se résigner à cette éternelle ‘musical chair’ ?
Les Mauriciens devraient se résigner à plusieurs idées : que les alliances sont inévitables ; qu’il y a des alliances plus naturelles que d’autres ; que le système parlementaire défavorise les petits partis et que les quatre grands partis connaissent la tyrannie de leurs leaders. À Maurice, on cultive le culte des héros.

Il y a des rumeurs persistantes que le MSM et le MMM se rapprochent inexorablement…
Je m’étonne que le PTr plaide pour ne pas avoir une partielle au no. 18 et opte pour des législatives. Et il y a les étranges silences de Bérenger sur des questions graves qui troublent le peuple. Historiquement, Bérenger n’est pas connu pour être silencieux.

Rebelote d’une alliance à l’israélienne entre le MSM et le MMM ?
Pravind Jugnauth ne voudra pas d’une alliance à l’israélienne qui l’obligerait à céder le poste de PM après trois ans. Bérenger ne voudra pas servir sous Pravind Jugnauth. Après avoir cautionné le régime travailliste en 2014, le MMM voudra-t-il cautionner un régime impopulaire ? Une alliance PTr/PMSD est plus facile à faire qu’une alliance MSM/MMM.

Le MSM voudrait-il plutôt avoir Bérenger au Réduit, loin du Cabinet ?
Paul Bérenger aime l’action, pas les symboles. C’est pour cela qu’il a toujours rejeté une offre d’aller au Réduit. Va-t-il cette fois, au nom de son amour réel du MMM, accepter de se sacrifier pour être président de la République, même avec un système à l’indienne et des pouvoirs accrus ?