Leela Devi Dookun-Luchoomun, ministre de l'Education : «Ce ne sont pas les quatre murs d’un collège qui font un Star College»

Par Annick Daniella Rivet O commentaire
Leela Devi Dookun-Luchoomun

La rentrée scolaire aura lieu ce lundi, avec les admissions en Grades 1 et 7. Cette année, elle est marquée par les projets dans le cadre de la réforme éducative, l'introduction de nouveaux manuels au secondaire et l'incompréhension de certains parents sur l'allocation de collèges pour le Grade 7. La ministre de l'Éducation Leela Devi Dookun-Luchoomun exprime son optimisme sur cette rentrée.

Depuis l'annonce des premiers résultats des examens du Primary School Achievement Certificate (PSAC), de nombreux parents ont signifié leur mécontentent par rapport au collège alloué à leurs enfants. Cet exercice s’est-il fait dans les conditions voulues ?
Cela a toujours été le cas depuis des années. Avec ou sans réforme, certains parents sont mécontents du collège alloué à leurs enfants. L’essentiel, c’est que nous puissions leur donner une éducation de qualité. Je persiste à dire : ce ne sont pas les quatre murs d’un collège qui font un Star College. Ce sont les élèves, les profs, et surtout l’approche et l’encadrement accordés aux élèves. Le ministère a consenti un effort spécial dans la formation des enseignants de Grade 7. Tous ont eu la même formation. Il n'est pas bien de dire qu’un collège privé est moins bon qu’un collège d’État. Lorsque nous analysons les résultats des élèves des collèges privés à travers l’île, nous voyons qu’ils ont des résultats convenables.

Qu’en est-il de la politique de rebranding des collèges privés ?
Beaucoup de collèges privés ont apporté des améliorations à leurs infrastructures. Si certains responsables estiment qu’ils ont besoin d’autres facilités, le ministère de l'Éducation leur accordera le soutien voulu.

Plusieurs parents ont été surpris d'obtenir un collège éloigné de leur maison pour leurs enfants, alors qu'un des critères spécifie la proximité de résidence. Quelle lecture faites-vous de cette situation ?
Il existe trois critères pour l'allocation d'un collège en Grade 7 : le choix du parent, l’agrégat et la proximité de résidence. La proximité entre en jeu lorsque vous avez deux élèves ayant les mêmes résultats. L’admission se fait sur une base régionale. Prenons la Zone 2 qui s’étend sur la région Flacq, Beau-Bassin/Rose-Hill. Il n’est donc pas étrange qu’un élève obtienne une place dans un collège situé dans la région. Nous n’avons pas changé le système de zone.

Le système de ranking n'a-t-il pas été utilisé dans l'allocation des places ?
Il n’y a pas de système de ranking. L'exercice d'admission est basé sur un programme informatique du Mauritius Examinations Syndicate (MES).

Les manuels de Grade 7 sont sur le marché et déjà, les critiques pleuvent sur leur niveau et leur qualité. En êtes-vous satisfaite ?
Il existe toute une série de manuels sur le marché. J’ai reçu des appels de plusieurs parents, exprimant leur satisfaction d'avoir acheté des manuels à moins de Rs 1 000. Quant à leur présentation, j’en suis satisfaite, et des images contenues dans les manuels de Grade 7. Cela donne envie d’apprendre. Lorsqu’on vient dire que ce n’est pas d’un niveau acceptable, je trouve cela difficile à croire... Le contenu engage l’élève. Il faudra qu’on se rende compte que le curriculum a été revu. Maintenant, l'enfant étudie autrement, on l'encourage à réfléchir, à aimer ce qu’il lit. Nous analyserons les changements de la réforme éducative en 2020. Lorsque les enfants prendront part aux examens du National Certificate of Education (NCE), à la fin du Grade 9. C’est là que les parents se rendront compte que les élèves font bien dans toutes nos écoles.

Chaque année, des parents sont mécontents du collège alloué à leurs enfants.»

Êtes-vous satisfaite du déroulement des examens du PSAC ?
Oui, cela s’est passé tranquillement, les gens ont compris. J’ai rencontré des parents qui m’ont dit qu’ils se réjouissaient que les élèves aient pris certaines matières au début du troisième trimestre. Cela les a aidés et ils ont mieux travaillé aux examens.

La communication sur la réforme est toutefois très critiquée ?
Chaque parent a reçu des documents à la fin de décembre 2016, l'année dernière également. Le public a été informé à travers des brochures, dans les médias. Nous avons tenu des émissions à la télé et à la radio. On a fait l’effort, mais il faut aussi que les gens prennent la peine de lire les brochures.

2018 verra l'admission des élèves en Extended Programme au lieu du Prevoc. Pourquoi ce choix pour les enfants en difficulté scolaire ?
La réforme passe aussi par une autre étape au secondaire. Tous les élèves ayant fait le PSAC passent en Grade 7. Ceux avec des difficultés passent en Extended Programme. Ils ont un programme étendu sur quatre ans. Le but : leur permettre d’acquérir des compétences. Durant quatre ans, ils auront toutes les facilités à leur disposition : des enseignants, un facilitateur, une pédagogie nouvelle, pour qu’ils sortent en ayant réussi leur parcours scolaire.

Qu'en est-il de l'évaluation après les quatre ans ?
La première année est une Foundation Year. C'est une remise à niveau, l’introduction de certains chapitres avec une approche différente. Nous devons réaliser que nous avons des élèves avec différents niveaux au sein de chaque établissement, et voir comment mieux les encadrer. Dans certains cas, nous aurons un progrès plus rapide que d’autres, un programme permettra à l’élève de reprendre confiance en lui-même.

Au bout de quatre ans, l'élève prendra l’examen du NCE. Les questionnaires seront préparés, comme celui de Cambridge, avec des questions à différents niveaux. Actuellement, nous travaillons avec le Mauritius Examinations Syndicate (MES), les paper setters pour produire un questionnaire, tout comme celui du School Certificate (SC) et du Higher School Certificate (HSC) en ayant des grades. Donc, quelqu’un peut réussir avec un 1, un autre avec un 6.

Par la suite, l’élève choisira de continuer dans le mainstream, ou s’il a très bien fait, il peut chercher une admission dans une académie pour poursuivre ses études. Il peut aussi choisir de s'orienter dans la filière technique.

Les académies démarreront en 2021, qui y seront admis ?
Les académies seront fonctionnelles en 2021 et recevront des élèves pour toutes les matières. Au départ, les établissements devront faire leurs preuves. Ils débuteront comme un établissement scolaire 'regular' et par la suite, on verra. S’ils se démarquent dans une filière quelconque, ils pourront, plus tard, être considérés comme des specialist schools dans telle ou telle filière.  

Les parents craignent beaucoup pour leurs enfants en termes d'indiscipline au sein des collèges. Comment les rassurer ?
À l’époque où j’étais éducatrice, je me disais que la discipline doit être instituée au niveau de chaque établissement. Chaque collège doit avoir sa spécificité. La discipline concerne l’établissement, le recteur, les parents et les élèves. Nous avons déjà fourni les conditions générales, il revient à chaque établissement de les appliquer. Tout comme chaque prof contrôle sa classe, chaque établissement doit être contrôlé par le recteur.

Les écoles Zones d'Éducation Prioritaires veulent offrir un service différent aux élèves, notamment avec un repas chaud. Quand les nouvelles cuisines entreront-elles en opération ?
D’ici le second trimestre, deux cuisines dans deux écoles devraient être prêtes. Elles sont Bois-des-Amourettes et Pointe-aux-Piments. Deux autres sont en retard : Cascavelle et Aimé Césaire. Nous dépendons beaucoup des contracteurs.