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La place des pairs et son influence dans la vie des jeunes

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Qu’on soit jeune ou adulte, les mauvaises actions ou habitudes de nos amis peuvent finir par altérer les nôtres. C’est l’inquiétude de nombreux parents. Même s’il est difficile pour eux de contrôler les fréquentations de leurs enfants, ils font tout pour savoir qui sont les amis de ces derniers. La solution réside dans le dialogue et la confiance. 

Karan Juglall.
Karan Juglall.

Avec l’arrivée des réseaux sociaux tels que Facebook, il est difficile de nos jours pour les parents de surveiller les fréquentations de leurs enfants. Sophie, 47 ans, mère de deux adolescents, témoigne : « Mes deux ados de 12 et 14 ans n’ont pas les mêmes habitudes et ne fréquentent pas les mêmes personnes. Le plus âgé a toujours ramené ses amis à la maison. Ils sont copains depuis la maternelle. De ce fait, je les connais bien et leurs parents aussi. Le plus jeune est plus discret. Il passe beaucoup de temps sur Internet. Au début, j’étais un peu gênée de cette situation. Car, on a toujours peur de l’influence négative ou encore des cas de harcèlement. On se fait des tas de scénarios dans la tête », relate-t-elle avec anxiété. 
Cependant, dans certaines régions de l’île, les parents ont tout à fait raison de s’inquiéter. Selon les observations des travailleurs sociaux,  plusieurs jeunes, dont la plupart non scolarisés, forment des groupuscules et sèment parfois le trouble autour d’eux. Résultat : certains cèdent parfois à la pression du groupe. Ce sont ces derniers qui dépasseront des limites à ne pas franchir voire à se lancer dans des activités illégales. 

Pour le travailleur social, Karan Juglall, l’incapacité à résister à la pression du groupe pourrait être le résultat d’un manque de vigilance ou de discernement. D’où la raison qui explique que de nombreux jeunes se laissent influencer négativement par leurs pairs. Selon lui, la mauvaise fréquentation est à la base de plusieurs fléaux dont notre société fait face aujourd’hui. Exemples : toxicomanie, délinquance, vandalisme, entre autres.  

Dialogue parents-enfants

Aniis Rostom.
Aniis Rostom.

« En côtoyant de près les jeunes, on se rend compte qu’ils se laissent facilement influencer par les gens qu’ils fréquentent. À leur âge, il est certes important d’appartenir à un groupe d’amis. Mais, il faut tout de même être prudent quand il s’agit de choisir ses amis. Lors des visites sur le terrain, on peut voir l’effet de l’environnement sur les jeunes. Dans certaines régions, jeunes et adultes sont souvent liés par une vraie amitié dans un groupe. Dans d’autres, ce sont les mauvaises habitudes qui les lient. Abus d’alcool, toxicomanie et délinquance sont quelques-unes des pièges d’une mauvaise fréquentation », explique le travailleur social. 

Aniis Rostom, un autre travailleur social très actif auprès des jeunes, est d’avis que la relation parent-enfant est à prendre en considération quand on parle de l’influence des amis. « Les jeunes en quête d’identité sont souvent à la portée de mauvaise influence que ce soit dans leur groupe d’amis à l’école ou dans le voisinage. Le dialogue est donc primordial entre parents et enfants afin que les parents soient toujours au courant de ce que font leurs enfants. »

« Je suis d’avis que les parents doivent adopter une approche amicale afin d’établir l’élément de confiance qui permet à l’adolescent de s’exprimer. En l’absence du guide parental, les jeunes se tournent vers leurs pairs et finissent bien souvent par prendre de mauvaises décisions sans vraiment s’en rendre compte », explique Aniis Rostom. 

Ce dernier est catégorique. Selon lui, la solution réside dans une éducation de la vie, sans tabou. « Un jeune averti et cultivé, qui a pris connaissance des risques, saura prendre une décision en pesant le pour et le contre. Il pourra même résister aux mauvaises fréquentations », conclut-il 


Karuna Raijiah

Comment résister à l’influence des pairs ? 

On se pose souvent la question pourquoi certains jeunes se laissent-ils influencer par leurs pairs ? La psychologue, Karuna Rajiah, explique que la pression du groupe est le facteur commun dans la plupart des cas. De quoi s’agit-il réellement ? 

Selon les explications de la psychologue, les personnes qu’on fréquente exercent une influence sur soi. Cette influence peut être bonne ou mauvaise. « La pression du groupe peut avoir des effets positifs sur une personne. Par exemple, les amis peuvent être une source d’encouragement et de force qui nous permet d’avancer et donner le meilleur de nous-mêmes ou encore à nous lancer dans des activités bienfaisantes. Cependant, cette influence peut être négative. Certains amis peuvent nous pousser à faire des choses contre notre gré et nous mener vers des activités nuisibles et dangereuses », explique la psychologue. Karuna Rajiah précise que l’influence du groupe peut nous inciter à prendre de mauvaises décisions sans être conscient des conséquences de nos actes. 

Elle ajoute que la pression du groupe peut également changer notre façon de voir les choses ainsi que notre style de vie si on ne prête pas suffisamment d’attention. « Une personne peut facilement céder à la tentation comme celle de fumer ou de boire par exemple. On finit bien souvent par faire ce que les autres nous disent de faire dans l’unique but de ne pas être exclu. Au fur et à mesure, on finit par perdre notre identité », souligne-t-elle. 

Afin de pouvoir résister à la pression du groupe, il convient avant tout de faire un travail sur soi. Elle fait ainsi état des moyens simples qui nous permettent d’y arriver :

  • Choisir des amis avec qui on partage des points en commun. On évitera alors de tomber dans les pièges d’une mauvaise fréquentation.
  • Savoir dire non et prendre le temps de réfléchir aux conséquences de nos actions. 
  • Éviter de juger les autres. Si on respecte le choix des autres, il sera plus facile pour ces derniers de respecter les nôtres.
  • Ne pas hésiter à s’affirmer dans un groupe d’amis et de donner son opinion. Cela nous évitera d’être influencés de manière négative.

Témoignages 

Divya, 19 ans, étudiante : « Il est vraiment difficile de résister à la tentation »

Pour les jeunes, on est considéré comme étant « normal » si on fait partie d’un groupe d’amis. À l’école, la popularité est importante et pour y accéder, on est parfois contraint à faire des sacrifices. C’est en effet ce que témoigne Divya. Ayant récemment complété son HSC, la jeune fille parle de la pression que son groupe d’amis exerçait sur elle. « Je fréquentais un établissement scolaire où la compétition entre élèves était très rude. Il fallait à tout prix faire des concessions pour pouvoir faire partie d’un groupe d’amis. Au cas contraire, les autres élèves nous considéraient comme des losers. Or, en certaines occasions j’ai été contrainte d’aller contre mes convictions dans l’unique but de ne pas être rejetée par mes amies », raconte-t-elle. 

La jeune fille confie que c’est bien après qu’elle a compris que ses amies n’étaient que des mauvaises fréquentations. « Ces dernières me mettaient à chaque fois devant une tentation. Elles me disaient que pour être populaires, il fallait parfois fermer les yeux sur les règles des parents. On sait bien que telle ou telle chose est mauvaise, mais quand on se retrouve face à la situation, on perd le contrôle. On finit par céder uniquement pour faire plaisir aux autres et pour être comme les autres », explique-t-elle. 

Marie-Anne, 48 ans : « J’ai perdu mon fils à cause de ses mauvaises fréquentations… »

Rencontrée par le biais d’une association non gouvernementale qui œuvre pour la sensibilisation des jeunes sur la drogue, Marie-Anne confie que les mauvaises fréquentations de son fils lui ont coûté finalement la vie. « Après mon divorce, je me suis installée dans un village du Nord avec mon fils aîné et ma fille. À cette époque, ils étaient encore des adolescents. Le village, dans lequel on s’était installé, était réputé pour des délits tels que la drogue et la délinquance. Mais, j’étais loin de me douter que mon fils se laisserait influencer par les habitants. Je pensais qu’il parviendrait à garder ses habitudes. Il était sérieux dans ses études. Je n’avais jamais eu de problème avec lui. Or, la situation a drastiquement changé en quelques mois », se souvient-elle.

Tout a commencé par les liens d’amitié que son fils nouait avec les personnes du voisinage. « J’ai constaté peu à peu que sa façon d’agir avait changé. Il était de moins en moins sérieux dans ses études. Après quelques mois, il avait même décidé d’arrêter l’école sous prétexte de commencer à travailler. Il fréquentait les gens du quartier. Leurs mauvaises habitudes commençaient à déteindre sur lui. Il avait commencé par toucher à la drogue. Il avait des soucis avec les autorités. Il ne m’écoutait plus et encore moins son beau-père », relate-t-elle avec tristesse. Incapable de résister à l’influence de ses amis, le fils de Marie-Anne était tombé dans l’enfer de la drogue. Il est décédé l’an dernier d’une overdose. 

 

 

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