Kushal Ramyad : «Le Mauricien peut épargner plus d'argent en Afrique qu'en Europe»

By Pradeep Daby O commentaire
Kushal Ramyad

Kushal Ramyad, actuellement 'Deputy Chief of the talent Management Centre' au bureau des Nations-Unies, au Kenya,  est spécialiste en ressources humaines. De passage à Maurice, il a accordé un entretien au Défi-Économie, où il exhorte les Mauriciens à se débarrasser de leurs préjugés envers les Africains pour venir travailler en Afrique.

Quelles ont été vos responsabilités à New-York et comment un Mauricien y vit-il ?
J’étais chargé  de la formation à l’Organisation des Nations Unies (ONU) avec une clientèle de 44 000 employés de tous les pays. J'ai aussi travaillé pour le Département de la sécurité et sureté de l'ONU avant celui des ressources humaines. Un Mauricien vit bien et s'adapte assez facilement à New York, malgré le fait que les Newyorkais ne connaissent pas trop Maurice.  Le Mauricien se sent un peu isolé et essaye de rencontrer d'autres Mauriciens.

Comment avez-vous atterri en Afrique ?
J'ai décidé de postuler pour Afrique, principalement à l'ONU, au Kenya (UNON). Je voulais mettre mon expérience onusienne, acquise à New York, au service de l'Afrique et participer activement au développement de ses ressources humaines. Le bureau des Nations Unies à Nairobi est aussi le seul headquarter des Nations Unies en Afrique et l’UNON travaille étroitement à la mise en œuvre de deux grands programmes,  l’UN Environment et l’UN-Habitat.  Je voulais aussi être plus près de Maurice.

Quel a été votre premier constat dès votre arrivée à Nairobi ?
J’ai vu une ville très sous-développée par rapport à New-York, surtout en termes d'infrastructures. Mais les Kenyans sont plus gentils que les Newyorkais et mon adaptation s'est très bien vite passée, surtout que Nairobi est dans une phase de développement rapide avec une croissance de 6 % par an et il y a beaucoup de projets de développement. C’est vrai qu’il faut bien connaître l’Afrique pour y vivre et travailler. À l'ONU, nous avons un programme d'orientation/induction pour les nouveaux employés, auquel il est impératif de participer pour comprendre l’Afrique, dont les aspects suivants : la vie, la sécurité, la santé, l'éducation des enfants, l’achat d’une voiture, entre autres. Il faut aussi s’informer auprès  des collègues qui ont travaillé en Afrique avant de s'installer. J'ai aussi eu la chance de rencontrer des Mauriciens qui m'ont aidé.

Quelles sont vos responsabilités au Kenya ?
Je suis le Deputy Chief du Talent Management Center au Département de ressources humaines d’UNON. Je travaille, entre autres, sur des projets liés au workforce planning, le recrutement, la formation et le performance management avec quelque 3 500 employés et un gros budget. Mais, j’ai aussi d’autres responsabilités, trop longues à citer ici.

Comme spécialiste en ressources humaines, quel état des lieux faites-vous des pays africains que vous avez été amené à connaître ?
Le niveau d'éducation et  des soft skills sont très bas en Afrique, malgré un fort taux d’alphabétisation. Je pense que la majorité des universités n’offrent pas de diplômes et de  licences adaptés aux besoins du monde du travail. On se concentre trop sur les hard skills et moins sur les compétences non-techniques. L'ONU en Afrique souhaite recruter plus d'Africains dans divers programmes, mais on veut des Africains qui soient techniquement qualifiés et pouvant travailler dans un environnement qui respecte les valeurs fondamentales et compétences des Nations Unies. Il manque aussi de personnes qui peuvent écrire et parler les six langues officielles de l'ONU, qui sont le français, l’anglais, l’espagnol,  le chinois, l’arabe et le russe.

Est-ce que les gouvernements africains investissement-ils suffisamment dans la formation afin de répondre à cette inadéquation ?
Pas assez. Il existe des universités qui travaillent avec l'ONU et des entreprises pour offrir des programmes avec  des diplômes/licences/certificats, qui sont très innovateurs et s'adaptent aux demandes des employeurs, mais les gouvernements africains doivent investir davantage dans l'éducation et revoir les cursus pour l'adapter au marché du travail.

Dans quels domaines avez-vous noté une insuffisance de formation ?
Principalement dans la formation aux innovations, le leadership, l’analyse des données, la gestion des connaissances, le renforcement des capacités et des projets, les évaluations et le monitoring et le career development/coaching, la formation dans le domaine des genres, entre autres.

Comment les Mauriciens peuvent-ils mettre leurs expériences et connaissances au service de ces pays ?
Les Mauriciens sont bilingues et la majorité d’entre eux est très compétente. Mais, il faut qu’ils quittent leur comfort zone  pour travailler en Afrique. Ils doivent aussi se débarrasser de leurs préjugés, conscients et inconscients, envers les Africains. Un exemple : certains Mauriciens sont mal à l'aise face aux Africains. Je les encourage à comprendre l’Afrique, à participer davantage à son développement et à partager leurs connaissances humblement. Certes, ils doivent s'attendre à toutes les difficultés en Afrique : une  situation politique volatile et un manque de sécurité et d’infrastructures, etc. Mais les Mauriciens sont forts mentalement et s'adaptent partout, s’ils ont la volonté. Beaucoup de Mauriciens travaillent en Afrique, j'encourage ceux qui veulent y travailler à se mettre en contact avec eux pour mieux s’informer.

Quels sont les attraits que ces pays mettent en avant afin d’attirer les compétences étrangères, dont celles de Maurice ?
Les salaires et avantages sont très compétitifs et le Mauricien peut épargner plus d'argent en Afrique qu'en Europe, etc.  Dans une dizaine d'années, le continent africain attirera plus de compétences étrangères dans le monde grâce à des développements massifs.

Est-ce que la corruption, l’absence d’infrastructures, la pauvreté, la corruption et la malnutrition, entre autres, demeurent-elles toujours des entraves au développement de certains pays africains ?
Les pays africains doivent toujours progresser dans ces domaines, mais les gouvernements africains avec le support de l'ONU, les organisations africaines, le secteur privé, les ONG, les chercheurs dans les universités,  etc. travaillent pour éliminer ces entraves au développement avec la mise en œuvre des 16 goals du  sustainable development goals (SDG) and Agenda 2063.

Maurice cherche à développer son secteur des Petites et moyennes entreprises en lorgnant le marché africain. Quel doit être notre stratégie en Afrique, faut-il plus de foires et  visites de prospection ?
Définitivement. Maurice doit consolider sa présence dans l’Afrique par exemple, en ouvrant un ambassade à Nairobi où il y a trois Global HQ entities des Nations Unies, puis en promouvant l’air corridor plan avec des tarifs raisonnables d'Air Mauritius, la promotion par le ministère du Tourisme et  des road-shows par le Board of Investment, en s’inspirant du succès et des défis des compagnies mauriciennes présentes en Afrique et en organisant un Africa PME Investment Day à Maurice, en invitant les compagnies africaines.