Krishen Rangasamy : «Le protectionnisme est un risque pour des pays comme Maurice»

Par Kamlesh Bhuckory O commentaire
Krishen Rangasamy

Maurice est confronté à un double déficit qui demande à être corrigé, avance Krishen Rangasamy, économiste principal et directeur – Économie et Stratégie à la National Bank of Canada (actionnaire de l’AfrAsia Bank). Entretien.

Est-ce que le contexte mondial est favorable pour l’économie mauricienne qui n’affiche pas encore 4 % de croissance ?
Tout dépend de la définition qu’on accorde au terme d’environnement mondial des affaires (…) La montée du protectionnisme dans le monde est un risque. Maurice a des importants échanges commerciaux avec l’Europe. L’arrivée au pouvoir des populistes et la hausse des barrières tarifaires n’est pas de bon augure pour des économies émergentes. Le pays est confronté à un double déficit qui demande à être corrigé. Au cas contraire, la dette continuera à augmenter pour atteindre un niveau insoutenable.

Quel type de choc pourrait pousser les Mauriciens et nos gouvernants à se ressaisir afin de donner une meilleure direction aux finances publiques ?
Dans les années 90, la note du Canada a été rabaissée. Le Wall Street Journal a qualifié le pays de membre honoraire du tiers monde. Ce fut une humiliation. Elle s’est inscrite dans la psyche des Canadiens. Ils se sont rendu compte de la nécessité de mettre une fin au déficit budgétaire et d’avoir un plan pour revenir à un équilibre entre les revenus et les dépenses du gouvernement. Donc, ce fut un choc national qui a mis le pays en face de ses responsabilités. Je ne peux spéculer du type de chocs pour Maurice. Par exemple, le flux de fonds étrangers s’arrête subitement. Or, le pays a besoin de cet argent. Cette situation donnera à réfléchir. S’il ne peut plus emprunter de l’argent de l’étranger, il devrait s’engager dans une voie plus responsable.

Quelle est votre analyse de l’évolution du cours des produits pétroliers ?
Aujourd’hui, les États-Unis produisent du pétrole de manière plus efficiente, ayant pu ramener le coût à un niveau permettant à l’industrie d’être viable. Ce faisant, l’approvisionnement du marché mondial en pétrole est abondant. Le cours est bas. Le prix du baril pourrait augmenter avec une accélération de croissance mondiale. Sur le long terme, avec le volume venant des États-Unis, on aura toujours un surplus dans le marché.

Est-ce qu’on aura toujours un excédent avec une crise majeure au Moyen Orient?
Même si c’est le cas, le prix du baril grimpera. La hausse ne sera que temporaire. Les compagnies américaines pomperont davantage de pétrole. Même avec le baril passant à 25 dollars, elles seront toujours profitables.