Koomaren Chetty : «Sir Anerood Jugnauth était un grand leader»

Par Adila Mohit-Saroar O commentaire
Koomaren Chetty

Koomaren Chetty a démissionné du Mouvement socialiste militant (MSM) pour intégrer le Parti mauricien social-démocrate (PMSD).

Il était, explique-t-il, mal à l’aise au sein du parti soleil. Dans l’entretien accordé à Le Dimanche/L’Hebdo, il énumère les raisons de cette séparation. S’il salue sir Anerood Jugnauth pour son leadership, il relève chez son successeur, Pravind Jugnauth, un certain « laxisme ». L’ex-nominé orange voit en Xavier-Luc Duval un leader providentiel, garant de l’avenir du pays.

J’ai rejoint un parti où on peut discuter avec le leader et où il y a une équipe qui travaille. Certes, tout ne sera pas rose, il y aura des divergences, mais on pourra au moins discuter et arriver à s’entendre.

Expliquez-nous les rai-sons de votre départ du Mouvement socialiste mau-ricien ?
Il faut que je fasse un historique des événements. Le conflit entre Gérard Sanspeur et moi était par rapport à la gestion de Landscope Mauritius. Quand j’étais à Business Parks of Mauritius (BPML), j’ai travaillé à la création des innovative centres. Le projet avait beaucoup avancé. Puis, le gouvernement a décidé de fusionner plusieurs compagnies.

J’étais très déçu, mais je me suis dit qu’il fallait aller de l’avant, car je croyais dans ce projet. Gérard Sanspeur a ensuite annoncé qu’il n’y aurait pas de suite. C’est, à mon sens, quelqu’un qui pense qu’il a le monopole de la connaissance. J’ai communiqué cette situation au bureau politique du parti, mais c’est tombé dans l’oreille d’un sourd.

C’était une fin de non-recevoir révélatrice…
À partir de là, j’ai réalisé qu’il valait mieux pour moi que je m’en aille. Ne plus occuper un poste à responsabilités ne me posait aucun problème. À un moment, je songeais même à me retirer de la politique, mais mes proches et des well-wishers m’en ont dissuadé. Ils m’ont rappelé que j’étais entré dans l’arène politique pour une raison : servir mon pays.

Êtes-vous parti de votre propre chef ou vous a-t-on poussé vers la sortie ?
Leadership veut dire decision making. Ils n’ont pas su prendre de décisions. Ils n’en ont pas eu le courage. Moi, je l’ai fait. Le pays souffre d’un manque de leadership. Sir Anerood Jugnauth était un grand leader. Quand il a cédé la place à Pravind Jugnauth, j’ai souhaité bonne chance à celui-ci. Il lui appartenait de saisir la balle au bond et de montrer ce dont il était capable. Il nous faut un leadership fort pour mener le pays à bon port. Tel n’est pas le cas. J’avais l’impression d’être dans un no man’s land. Je n’étais pas à l’aise devant cette concentration des pouvoirs. La même que l’on dénonçait au temps de Navin Ramgoolam. C’est quelque chose de dangereux.

Pourquoi avoir choisi le PMSD ?
Avant d’embarquer sur un bateau, il faut s’assurer que son capitaine pourra le mener à bon port. Xavier-Luc Duval est un ami de longue date. Or, ma foi était en sir Anerood Jugnauth et Pravind Jugnauth avant qu’ils ne prennent le pouvoir. D’où le fait que je n’ai jamais songé à intégrer le PMSD avant. Le leader des bleus était mon colistier au no 18 (Belle-Rose/Quatre-Bornes). J’ai vu son sens du leadership. Il a gagné en stature depuis qu’il occupe le poste de leader de l’opposition.

À travers ses Private Notice Questions (PNQ), j’ai vu son dynamisme et qu’il a à cœur le bien-être de la population. Et au sein du parti, il est à l’écoute de tout le monde. Il y a une phrase qui, selon moi, décrit parfaitement Xavier-Luc Duval : « Leadership is a missing variable where some succeed and others languish. » Je connais beaucoup de personnes au sein du PMSD et je sais comment fonctionne le parti. Je suis convaincu que le PMSD est le seul espoir pour une île Maurice meilleure. Un pays où la méritocratie sera respectée, où l’unité nationale sera assurée et où la bonne gouvernance et la transparence seront préservées.

Il y a aussi chez les bleus  une synergie. J’ai rejoint un parti où on peut discuter avec le leader et où il y a une équipe qui travaille. Certes, tout ne sera certainement pas rose, il y aura des divergences, mais on pourra au moins discuter et arriver à s’entendre. 

Comptez-vous vous présenter à nouveau à la circonscription Belle-Rose/Quatre-Bornes ?
Je ne crois pas. J’aimerais être candidat dans la région de Goodlands, où j’ai grandi, ou encore Grand-Baie. 

Avez-vous tâté le pouls de l’électorat de Quatre-Bornes par rapport au projet de Metro Express?
Le métro présente certains avantages. Cependant, il y a beaucoup de hidden costs. La crainte des Quatrebornais et des Mauriciens en général reste l’aspect financier du projet. 

Et concernant la partielle ?
Même si je n’ai pas été élu aux dernières législatives, je suis resté en contact avec l’électorat du no 18. J’essaye d’aider les gens autant que je peux. Je suis souvent sur le terrain et je croise régulièrement Xavier-Luc Duval, Arvin Boolell, Dhanesh Maraye et les autres. Il est clair que mon adhésion au PMSD créera une synergie.

Je m’entends très bien avec les activistes. Même certains partisans du MSM sont prêts à nous donner un coup de main pour la partielle. Ils me disent que j’ai fait le bon move.

Un candidat unique pour représenter l’opposition, est-ce réalisable ?
J’avais conseillé à Roshi Bhadain, à travers un post, de ne pas démissionner. Il a pris sa décision. Or, il y a une certaine réalité. Qui sera ce candidat ? En ce qui me concerne, mon choix est clair. En tant que membre du PMSD, j’apporte mon soutien à Dhanesh Maraye. C’est un candidat valable, qui fait un travail formidable sur le terrain.

Qui pourrait être ce candidat commun ? Roshi Bhadain ?
Roshi Bhadain parle de dinosaures et de dynastie, alors que son père était un nominé politique. Il a lui-même plusieurs fois décroché des contrats. Une personne ne peut vouloir être le candidat unique de l’opposition et traiter les autres avec un tel manque d’égard. On ne peut être hautain et modeste à la fois.

Roshi Bhadain dit qu’il est candidat du Reform Party. S’il veut être l’unique candidat, il doit être celui de l’opposition et non celui de son parti. Il ne faut pas oublier que le PMSD est un brand en soi. 

J’apprécie la démarche d’Alan Ganoo qui, dans sa sagesse, a formulé le souhait qu’il y ait un candidat unique… Il faut aussi dire que tout est possible en politique.

Certains observateurs disent que vous avez le même profil que Roshi Bhadain. Vous seriez rebelle et n’accepteriez pas l’autorité d’un leader… Que répondez-vous à cela ?
Je crois que c’est en se rebellant que l’Alliance Lepep est arrivée au pouvoir en 2014. La rébellion, c’est être en désaccord avec certaines choses. Roshi Bhadain a démoli certaines institutions. Moi, je les ai consolidées.

J’ai le profil d’un entre-preneur. Je crois dans la construction, le partage et la méritocratie. Et la façon dont évoluait Landscope Mauritius n’était pas correcte. Roshi Bhadain n’a pas que des défauts. Toutefois, à un moment, il a été l’instrument des Jugnauth. Quand on fait de la politique, il ne faut avoir du caractère et non pas être un mouton.

You cannot all the time dance to the tune of your political master. Moi, je suis le genre de personne qui ne recule devant rien. Ma devise, c’est la persévérance. Et quand c’était en leur faveur, ils l’appréciaient…