Journée mondiale du recyclage : quand l’art s’en mêle

Par Rajmeela Seetamonee O commentaire
pots

La Journée mondiale du recyclage est observée en ce mercredi 15 novembre. Nombreux sont ceux qui conçoivent des objets de décoration et artistiques à partir de matériaux usés. Grâce à leur imagination, ces créateurs insufflent une seconde vie à des matériaux usagés.       

«Le recyclage me permet de m’exprimer et de partager ma joie à travers mon art », dit d’emblée Jacques-Henri Dick, 31 ans. L’artiste-peintre et sculpteur façonne des œuvres d’art à partir de la récupération et le recyclage des matériaux usés. L’idée lui est venue en 2007 à la suite de sa rencontre avec des artistes étrangers en Suisse. Il apprend et découvre de nouvelles techniques lors des échanges. À son retour à Maurice, le jeune homme veut se démarquer. Il veut concevoir des objets d’art originaux et uniques. « C’est ainsi que je me suis tourné vers la récupération et le recyclage. Je n’ai pas peur de ramasser ce que les autres jettent, notamment des cartons, des tissus, des journaux, une vieille paire de savates, des boutons ou encore des boîtes de conserve » confie-t-il.

Ces éléments trouvent ensuite leur place dans les nouveaux objets qu’il crée, axés sur la mixed media. « Cette technique reflète l’artiste polyvalent que je suis. Je chante, je danse, je peins et je sculpte, entre autres. Mes œuvres parlent de cette diversité. Mes clients s’étonnent des fois des matériaux que j’utilise. Souvent, il m’arrive de coller des morceaux de tissus sur mes sculptures en bois. Si je ne vais pas me servir des vieux objets dans l’immédiat, je les garde dans mon atelier. Je me lance dès que l’inspiration me vient », poursuit Jacques-Henri Dick. Il faut compter à partir de Rs 3 000 pour un tableau mixed media. « Tout se fait selon le budget et le goût du client », fait-il ressortir.

Entre terre et mer

Sébastien Layduhur a lancé son entreprise Récup’Ere : Entre Terre et Mer en janvier 2015. L’ancien Sound Designer, qui s’était retrouvé au chômage, prend la décision de se mettre à son propre compte. « J’ai commencé par fabriquer des meubles pour la maison. Ensuite, mes amis ont vu la qualité de mes produits et ils ont passé leur commande. Récup’Ere a bâti sa réputation de bouche à oreille. Les clients peuvent commander des produits à partir de Rs 100  », dit-il. Il privilégie des palettes et le bois flotté avant de les travailler et les embellir. Celui-ci est récupéré sur la plage, surtout durant la période des  pluies.

Sébastien Layduhur explique que ces matériaux ne coûtent pas cher et sont facilement disponibles.

Ruben Kalemootoo a 25 ans et habite Camp-Diable. Il pratique le ‘Junk art’ dans un hôtel très réputé de l’île. Depuis un an, il y anime un atelier de recyclage. « J’ai toujours été passionné par le design. Pendant mes cours de Sustainable Product Design à l’Université de Maurice, j’ai appris l’importance de la préservation de l’environnement et la réutilisation des matériaux usés, entre autres. Je me suis lancé dans ce domaine par la suite », se souvient-il.

Il trie les déchets de l’hôtel et les transforme en instruments de musique, notamment une valise transformée en guitare, une boîte de biscuit en ukulélé et le bois en cajon. « Notre créativité n’a pas de limite. Les touristes sont libres de laisser libre cours à leur imagination. Je me souviens d’un touriste qui m’avait demandé de créer un appareil photo. On a utilisé des cartons et mis en place un mécanisme », relate-t-il. Selon Ruben Kalemootoo, le recyclage est un secteur d’avenir mais compétitif. « L’île Maurice dépend énormément de l’importation et l’entrepreneur local en souffre », trouve-t-il.

Jevina Ragavoodoo, 21 ans, abonde dans le même sens. Cette étudiante en Sustainable Product Design à l’Université de Maurice, va lancer sa première collection de bijoux en vacoas en décembre. « Il existe mille et une façons de récupérer, recycler, réutiliser et transformer les objets usés. Il suffit de s’armer de patience et de courage. Les déchets n’existent pas dans la nature. Les consommateurs se débarrassent d’un produit après son cycle de vie », dit-elle. Au cours d’un des projets en groupe, ils avaient ramassé des canettes de bière pour sculpter un dodo pour le Dodo Trail.

Anusha Aubeelack a récemment commencé à ramasser des pots en verre et des bouteilles usées. « Nous avons déjà des pots de confiture, de mayonnaise ou encore des chopines à la maison. Au lieu de les jeter, je peux les récupérer », souligne-t-elle. Elle les nettoie avant de les enjoliver avec des paillettes, de la peinture ou du ruban. « Ils ont ainsi une seconde vie et deviennent des objets de décoration pour la période festive. Une dose de créativité et de volonté guide mes mains », soutient la manager de 26 ans. Ces objets recyclés sont vendus afin de récolter des fonds pour financer des activités caritatives. « Le recyclage est amusant », conclut-elle.

Le recyclage dans le tableau ‘mixed media’.
Ruben Kalemootoo transforme une boîte de biscuit en ukulélé.
Jacques-Henri Dick fait des objets d’art à partir du recyclage depuis 2007.
Ruben exerce dans un atelier ‘junk art’ dans un hôtel.