Jayen Chellum : «Aux heures de pointe, 70% des passagers du métro seront debout»

Par Adila Mohit-Saroar O commentaire
Jayen Chellum

Jayen Chellum s’est rasé le crâne jeudi, avant d’entamer une grève de la faim de trois jours le lendemain. Le secrétaire général de l’Association des consommateurs de l’île Maurice voulait ansi exprimer son désaccord face au projet Metro Express. Il estime qu’il existe d’autres moyens de décongestionner les routes, précisant que le projet plombera les finances du pays.

Vous vous êtes rasé le crâne devant le Parlement en guise de protestation contre le projet Metro Express. Votre démarche a-t-elle eu l’impact voulu ?
Cela a définitivement eu un impact. J’avais envoyé une lettre aux autorités concernées en mars pour obtenir des réponses. Ce n’est que jeudi qu’on m’a répondu. Sauf qu’on m’a envoyé toutes les réponses fournies par le ministre des Infrastructures publiques au Parlement. On n’a pas répondu à mes questions.

Je crois que pour ce type de projet, il faut un référendum. La participation du public à des projets d’intérêt national est importante. Or, il y a un manque d’informations autour du projet Metro Express. Contrairement à ce qu’avait promis le gouvernement avant les élections. 

Ma démarche visait aussi à sensibiliser les gens aux implications du projet. Il y a beaucoup de manquements, surtout en matière de bonne gouvernance. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est un projet qui relie non seulement les régions urbaines, mais aussi les zones rurales. Tout le pays doit être concerné.

Il ne faut pas non plus oublier que l’Alliance Lepep s’était engagée, dans son programme électoral, à utiliser de manière judicieuse les fonds publics. Ce qui n’est pas du tout le cas.

Ce n’est pas la première fois que vous prenez une telle initiative. Quel message voulez-vous transmettre à travers cette action symbolique ?
Je voulais surtout montrer ma détermination. Mon action symbolise également le deuil. Le gouvernement avait pris une série d’engagements qui, en fin de compte, n’est pas respectée. Il y a donc une chose à enterrer et un deuil à faire.

Durant la campagne électorale, l’Alliance Lepep se disait contre le projet de métro léger et l’avait mis de côté. Mais à peine change-t-on de Premier ministre que le projet est de nouveau sur les rails… Ce n’est pas ce que je qualifie de bonne gouvernance. Les procédures ont été bafouées.

Vous avez aussi fait une grève de la faim de trois jours. Attendez-vous une réaction de la part des autorités ?
Le ministre Nando Bodha va de l’avant avec le Metro Express. Mardi, on annoncera le nom de celui à qui le contrat sera confié. Cette façon de procéder démontre que la décision a déjà été prise. Parce qu’ils sont au pouvoir, ils font comme bon leur semble, même si cela n’est pas dans l’intérêt de la nation.

Un des arguments que vous utilisez pour protester contre le Metro Express est le coût qu’impliquera le projet. Croyez-vous vraiment qu’il plombera les finances de l’État ?
Des spécialistes estiment que ce projet coûtera plus de Rs 40 milliards. Cela plombera sans aucun doute les finances du pays. Même un ex-ministre des Finances, en la personne de Rama Sithanen, a affirmé que ce sera un désastre financier. Je n’invente rien. 
Il existe plusieurs moyens, autres que le Metro Express, pour décongestionner les routes. Le gouvernement doit bien réfléchir à l’impact financier du projet avant d’aller de l’avant.

Pourquoi tant de pessimisme alors que plusieurs acteurs de la société affirment que ce projet redessinera le paysage du pays, tout en le propulsant à un autre palier de développement ?
C’est ce qui a été vendu. Le marketing a été fait de cette façon. Les gens savent-ils qu’aux heures de pointe, 70 % des passagers du Metro Express seront debout, contre 80 % personnes assises dans les autobus ? Sans compter les 19 stations de métro. Peut-on vraiment appeler cela un métro ?

On dit que le coût du ticket sera comme celui de l’autobus. Dans ce cas, quel sera le montant du subside accordé ? Quel impact cela aura-t-il sur la population ? Le Welfare State sera-t-il affecté ? La taxe va-t-elle augmenter ? Le Metro Express sera-t-il rentable ? Ce sont autant de questions qui restent aujourd’hui sans réponses.

Il faut vraiment mener une étude indépendante. Le Premier ministre d’alors, aujourd’hui Mentor Minister, avait fait la demande pour que l’argent de la subvention de l’Inde soit dépensé autrement. Comme pour l’eau. Sir Anerood Jugnauth savait qu’il y avait d’autres priorités que le Metro Express. Je fais référence à la santé et à la sécurité routière, entre autres secteurs importants. Le métro va-t-il régler tout cela ?

Que proposez-vous à la place du Metro Express ?
L’Association des consommateurs de l’île Maurice (Acim) est en faveur du bus way. Il aurait coûté bien moins à l’État et aurait aidé à décongestionner les routes. Je trouve regrettable qu’il n’y ait pas de ministère du Plan et du Développement. Force est de constater qu’en 2017, nous n’avons pas de politique nationale de transport. C’est aberrant.

Aujourd’hui, les aspects économique, financier, social et environnemental doivent être pris en considération. Or, ce n’est pas le cas avec le Metro Express.

Le gouvernement devrait mener une étude comparative entre le bus way et le métro pour décider lequel des deux projets est mieux pour le pays. Il y a même un consultant de la Banque mondiale qui a évoqué les avantages du bus way pour Maurice.

Concernant le Metro Express, la Singapore Cooperation Enterprise avait souligné dans son rapport qu’il n’y avait aucune garantie sur plusieurs aspects : « We give no guarantee to material cost, labour cost, contracting cost, bidding cost… We give no guarantee to the executive report. » Or, bien qu’il ait pris connaissance de ce rapport, le gouvernement s’est embarqué sur le projet Metro Express.

Les consultations pré-budgétaires ont débuté. Quelles sont les attentes de l’Acim ?
Lors de notre rencontre avec le ministre des Finances, il a été question de notre désaccord concernant le Metro Express. À la lueur des récents cas d’empoisonnement recensés et à la suite de l’épizootie de fièvre aphteuse, nous avons aussi exprimé le souhait qu’il y ait une Food Agency pour se pencher sur la sécurité alimentaire. Il y a un gros problème à ce niveau. Cela concerne le ministère de l’Agro-Industrie et celui de la Santé. Or, il y a un manque de coordination entre les deux.

Il a aussi été question des charges bancaires qui sont trop élevées. Nous avons également demandé au ministre à ce que la loi sur la protection des consommateurs devienne une réalité au plus vite. Parmi les autres sujets que nous avons abordés, il y a l’affichage des prix, la carte d’identité biométrique et le coût élevé de la vie.