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Inondations : l’Est, le Nord et le Sud victimes de l’urbanisation désorganisée

Il suffit de quelques heures de pluie pour que certaines régions du pays soient submergées. Le Nord, l’Est et le Sud sont souvent les plus touchés par les inondations. Cette situation est souvent attribuée au changement climatique. Toutefois, les spécialistes ont une toute autre observation. L’assainissement des eaux de surface et l’urbanisation sont pointés du doigt.

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L’hydrologue Farook Mowlabaccus base sa théorie sur la modification de la topographie de ces endroits.Selon lui, ces trois régions se sont développées rapidement en une dizaine d’années.

« Des terrains ont été morcellés sur des drains naturels et le flux qu’acheminaient ces canaux a été dirigé vers un seul système de drain artificiel. » Farook Mowlabaccus souligne que dans certaines régions, des habitations ont été érigées sur les plaines inondables des rivières. Il cite deux exemples : Cité La Cure et Bel-Air. Dans l’Est, des maisons sont sur les plaines inondables des ruisseaux qui ont été supprimés au profit du développement foncier.

L’hydrologue explique que ces plaines ont une fonction précise. À savoir qu’elles permettent de contenir le surplus d’eau des rivières, ruisseaux et canaux, entre autres. « Que se passe-t-il lorsqu’une maison se trouve sur une ancienne plaine inondable et pire, sur un ruisseau qui a été comblé ? » La réponse est simple, dit-il. « Il n’y a qu’à revenir sur les événements de l’année dernière à Fond-du-Sac et les inondations récurrentes dans la région de Poste-de-Flacq. » L’autre raison avancée par Farook Mowlabaccus, c’est le comblement des mares dans le Nord et dans l’Est. « L’eau est normalement acheminée vers les mares avant de rejoindre la mer, et les infrastructures, qui se trouvent sur ces comblements, sont automatiquement inondées lors de grosses averses ».

« Les inspecteurs de la National Development Unit ont noté que beaucoup de cours d’eau ont été supprimés dans la région de Flacq. » Le Parliamentary Private Secretary (PPS), Raj Rampertab affirme que plusieurs visites de site ont été effectuées dans les zones inondables et que la raison de ces inondations est claire. Il ajoute que la NDU a dû nettoyer plusieurs drains envahis par la végétation et que dans certaines régions, des drains ont disparu sous les maisons. « Plusieurs drains naturels ont été obstrués et nous essayons de trouver une solution », souligne le PPS. Il souligne que les déviations effectuées sur des rivières dans la région de Poste-de-Flacq ne sont pas efficaces. Or, Raj Rampertab fait ressortir qu’avec la mise sur pied de la Land Drainage Authority, ce problème sera résolu car les PPS s’activent à mettre sur pied des projets de drains.

Problème national

« Le problème n’est pas que régional, le pays tout entier est à risque. » Le Dr Vasant Jogoo, spécialiste en développement durable qui travaille pour le compte de la Banque Mondiale, est catégorique. « L’urbanisation du pays s’est faite de façon désorganisée, les plaines et les drains naturels ont été aplanis changeant la topographie de plusieurs régions et l’acheminement des eaux de surface. » Il souligne que les côtes ont été « murées » et que c’est un danger pour les zones résidentielles sises sur les plaines. « D’un côté, l’eau descend du Plateau central et de l’autre, les terrains côtiers sont murés alors que les plaines sont, elles, au milieu. »

Les spécialistes s’accordent à dire que la faute revient au développement urbain, à une mauvaise planification et, surtout, à l’élimination des drains naturels. La Land Drainage Authority devra résoudre ce problème, avait affirmé le Premier ministre lors de la présentation du projet de loi au Parlement.

Sunil Dowarkasing, Project Manager à Green Peace : «Les autorités locales ont failli»

Pendant que le gouvernement met en place la Land Drainage Authority, les inondations ne cessent d’affecter notre île. Pourtant Sunil Dowarkasing affirme que la solution a été fournie, il y a presque une décennie.

Maurice est passé par plusieurs fortes tempêtes mais les inondations sont un phénomène récent. Quelle en est la cause?
Depuis environ 10 ans, nous avons des pluies de plus en plus intenses. En quelques heures, des zones entières sont inondées. La cause en est le changement climatique. Les inondations, elles, relèvent des systèmes de drainage inefficaces et des développements irrespectueux de l’écosystème.

Vous étiez à la Commission Maurice Île Durable. Y  avait-il un plan entre 2005 et 2014 pour y remédier ?
La MID avait mis en place la National Physical Development Plan. Ce plan établissait les lignes directrices pour les développements et la préservation de même que la protection, et la construction de drains naturels. Il est malheureux que ce plan n’ait pas été pris en compte. Les autorités locales avaient pour but d’appliquer ces mesures. La commission avait même formé 18 fonctionnaires. Les autorités locales ont failli.

Pourquoi le plan n’a-t-il pas été mis en place ?
À cause de l’ingérence et du manque de considération. Déjà, lors de la rédaction de ce plan, il a fallu le modifier à plusieurs reprises. Des politiciens appelaient et intervenaient pour en modifier certaines clauses afin de faciliter des investisseurs. Aujourd’hui, le résultat est catastrophique. Rien qu’à Curepipe, plusieurs canaux naturels d’acheminement d’eau ont été comblés et des maisons ont été construites dessus. Au lieu d’attendre la Land Drainage Authority, le pays aurait du être en avance en matière de d’acheminement d’eau et d’urbanisation des zones sensibles.

Les projets à venir

Le plus gros projet, c’est la Land Drainage Authority Act (LDA). Cette loi votée le 11 avril dernier est, comme son titre le souligne, un cadre pour la mise en place d’un système  national d’évacuation d’eau. La loi vise surtout à l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan directeur dans le cadre de la mise en place d’un réseau de drain. La LDA devra aussi effectuer un inventaire et une cartographie de tous les drains naturels et artificiels. Avec la collaboration de la Road Development Unit, de la National Development Unit (NDU) et du National Disaster Risk Reduction Management Centre, la LDA identifiera les zones inondables. L’organisme devra, ensuite, coordonner la construction des infrastructures de drainage et s’assurer d’une mise à niveau périodique et de l’entretien des infrastructures de drainage. La loi a été votée et attend d’être promulguée avant que la LDA ne soit constituée. Pendant ce temps, les Parliamentary Private Secretary commanditent des travaux à la NDU. Comme le souligne Raj Rampertab, « les drains sont nettoyés et des nouveaux sont construits pour acheminer l’eau de surface vers les rivières ». Le député explique que la NDU continuera à construire et entretenir les drains en attendant la mise sur pied de la LDA. Celle-ci réglementera aussi le développement résidentiel avec l’aide des collectivités locales.

370 interventions des pompiers en dix jours

Entre le 1er  et le 10 mai, le Mauritius Fire and Rescue Service (MFRS) est intervenu 370 fois. Ces opérations sont toutes liées aux inondations. En pole position, on retrouve le Nord et l’Est suivis du Sud qui est talonné par l’Ouest. Toutefois, on dénombre une majorité de sinistrés dans l’Est. D’ailleurs, le MFRS a effectué quatre opérations de sauvetage. La totalité de ces opérations a été effectuée dans l’Est. Sept personnes ont du être secourues à Clémencia et Poste-de-Flacq.

Le nombre et le type d’interventions démontrent l’ampleur des dégâts causés par la pluie. Les accumulations d’eau dans le maison, les cours et les routes ont obligé les pompiers à effectuer 367 sorties en 10 jours.

Date Nord Sud Est Ouest Total
1/5/2017 16 11 18 2 47
2/5/2017 20 24 22 3 69
3/5/2017 7 10 18 5 40
4/5/2017 17 7 25 5 54
5/5/2017 7 6 11 3 27
6/5/2017 7 2 43 5 57
7/5/2017 9 4 19 2 34
8/5/2017 5 6 10 1 22
9/5/2017 4 3 4 2 13
10/05/2017 1 3 3 0 7
Total  93 76 173 28 370

 

Date Interventions Maisons Cours Routes Branches et arbres Sauvetages
1/5/2017 46 14 22 1 6 3 *
2/5/2017 69 23 34 3 9 0
3/5/2017 40 7 28 0 5 0
4/5/2017 54 21 26 6 1 0
5/5/2017 27 11 9 4 3 0
6/5/2017 57 33 20 2 1 1
7/5/2017 33 21 9 2 1 0
8/5/2017 22 10 8 2 2 0
9/5/2017 12 2 9 0 1 0
10/52017 7 2 1 1 3 0
TOTAL 367 144 166 21 32 4

Sébastopol : une famille sinistrée sans soutien financier

Les aléas de la vie ne font pas de cadeau à la famille Vaneeathan de route royale, Clavet, Sébastopol. Les grosses averses du vendredi 5 mai ont provoqué des accumulations d’eau qui ont envahi leur maisonnette en tôle. L’infiltration des eaux boueuses et les fuites de toiture ont endommagé tous leurs meubles, vêtements et nourriture. Depuis samedi, ce sont des voisins qui leur offrent à manger. « Des proches nous ont offert quelques vêtements et deux matelas », révèle Divasha Vaneeathan.

C’est la désolation chez les Vaneeathan. Depuis le retrait des eaux dimanche, Divasha Vaneeathan, 28 ans, son mari et ses deux filles, âgées de 12 et sept ans, essaient tant bien que mal de reprendre une vie normale. Le manque de ressources rend toutefois cette démarche ardue. La situation est encore plus dure pour cette mère qui travaille occasionnellement comme bonne à tout faire. Difficile également de compter sur son mari qui est un maçon saisonnier.

Sans aucun revenu, elle avoue que le lundi 8 mai, ce sont des fruits à pain bouillies et beurrés qui leur ont servi de repas. « Mes enfants avaient faim, on n’avait rien et j’ai été cueillir des fruits à pain. » Divasha Vaneeathan ajoute que plus tôt le même jour, elle s’est rendue au poste de police de Bel-Air. Une initiative qui aurait permis à sa famille de bénéficier d’une aide financière. Elle déplore toutefois l’attitude de cet officier qui a refusé de lui remettre un mémo.

« Selon lui, j’aurai dû venir au poste de police dès samedi. Je lui ai fait comprendre que je n’avais pas de vêtement décent pour sortir de chez moi étant donné que tous mes effets étaient abîmés. Je n’avais pas non plus d’argent pour payer le bus et mes enfants étaient malades, mais l’officier n’a rien voulu entendre. » Elle s’est alors tournée vers le président du conseil de district Vikram Hurdoyal. « Il m’a remis Rs 1 000 et grâce à cet argent, mes filles ont pu reprendre le chemin de l’école le jeudi 11 mai. »

 

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