Il y a 100 ans de cela… La déclaration de Balfour : la lettre à l’origine du conflit du monde contemporain

Par Alexandre Laridon O commentaire
Alexandre Laridon

Le 2 novembre 1917, une lettre ouverte connue comme la déclaration de Balfour fut signée par Arthur Balfour, le « Foreign Secretary » britannique, et adressée à lord Lionel Walter Rothschild, éminence de la communauté juive britannique et financier du mouvement sioniste.

Cette déclaration de Balfour intervient en plein Première Guerre mondiale, au moment où la Palestine faisait toujours partie d’une des dernières régions de l’empire Ottoman, dit également empire séculaire – qui n’y survivra pas, tout comme l’empire austro-hongrois, avec une Russie tsariste déjà morte et la prise du palais d’hiver par les Bolchéviks.

Cela confirme le fait que l’un des principes de base, en relations internationales, c’est que les états n’ont pas d’amis, mais que des intérêts.

Cette déclaration de 67 mots se lit comme suite : « Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des communautés non juives en Palestine, ou aux droits et au statut politique dont les juifs jouissent dans tout autre pays. »

Elle fut publiée dans le Times de Londres le 9 Novembre 1917 dans l’encart Palestine for the jews. Official Sympathy. Elle est considérée comme la pierre fondatrice sur laquelle l’état d’Israël fut édifié, mais également la question palestinienne, puisque le fait de créer « un foyer national juif en Palestine sans affecter les populations locales arabes » fut et restera une contradiction que les Anglais ne purent jamais résoudre. Et c’est cette déclaration qui sera, malheureusement, à l’origine du plus long conflit qu’ait connu le monde contemporain.

Si l’on se réfère aux textes historiques du XXe siècle, il est clair que cette lettre constitua une grande victoire pour Chaïm Weizmann, chef des sionistes de Grande-Bretagne et futur premier président israélien, tout en apportant un (ré)confort au mouvement sioniste. En effet, celui-ci proclama lors du premier congrès à Bâle en Suisse, en août 1897 - composé de quelque 200 délégués venus pour la plupart d’Europe orientale et notamment de Russie, réuni par le journaliste et écrivain Theodor Herzl – l’aspiration à créer, pour le peuple juif, un foyer en Palestine garanti par le droit public et encourager « la colonisation de la Palestine par des agriculteurs, ouvriers et artisans juifs, avec le consentement nécessaire [des différents gouvernements] à renforcer le sentiment national juif ». Une déclaration qui, rappelons-le, ne fut pas fait en consultation avec les Arabes au Proche-Orient, alors que les juifs ne représentaient, en 1917, que 7 % de la population de la Palestine.

Le fait de créer « un foyer national juif en Palestine sans affecter les populations locales arabes » fut et restera une contradiction que les Anglais ne purent jamais résoudre.

Mais ce qui est le plus étonnant, c’est que cette position des Anglais illustre surtout les ambigüités de la diplomatie du Royaume-Uni. Le pays de Sa Majesté souhaitait obtenir le soutien de la population juive dans l’effort de la Première Guerre mondiale. Cependant, Lord Balfour avait été, par exemple, le promoteur en 1905 d’un projet de loi sur la limitation de l’immigration en Grande-Bretagne des juifs venant de Russie, considérant donc que les juifs étaient nombreux sur le territoire britannique, de même qu’aux états-Unis. La Grande-Bretagne, qui visait un objectif plus stratégique, c’est-à-dire le contrôle du Proche-Orient, était aussi engagé auprès de nationalistes arabes. Ceux-ci voulaient, eux, constituer en Palestine un état Arabe indépendant.

Durant l’année 1915, la France et la Grande-Bretagne discutèrent également d’un partage des provinces arabes de l’Empire ottoman, tout en envoyant des émissaires britanniques pour négocier avec le Cherif de la Mecque, en lui faisant miroiter l’indépendance arabe. Ils finirent par accéder aux aspirations des sionistes, qui leur serviraient à assurer leurs intérêts au Proche-Orient, en considérant la reconnaissance d’un foyer national juif et la constitution d’un état juif. état ? Foyer ? Comme quoi, chaque mot est important chez les diplomates. Cela confirme le fait que l’un des principes de base, en relations internationales, c’est que les états n’ont pas d’amis, mais que des intérêts.

Et ce sont ces intérêts qui ont mené jusqu’à présent à ces tensions entre Israéliens et Palestiniens, qui se sont imbriqués dans un conflit qui tire son origine de la volonté de deux peuples d’occuper un même territoire. Un conflit qui marque l’actualité depuis des décennies, commencé par un mouvement sioniste, suivi des intifada, en passant par la Guerre des six jours et celle du Kippour, ainsi que des milliers de morts. Bref, un conflit sans fin…

Alexandre Laridon 2 novembre 2017


Sources :

  • Le Figaro– Il y a cent ans, la déclaration Balfour ouvrait la porte à la création d’Israël (2017)
  • Europe 1 – 2 Novembre 1917, La déclaration Balfour (2009)
  • Le Monde Diplomatique – La Déclaration Balfour par Alain Gresh (2009)
  • La Croix – Israël - Palestine, Un conflit sans fin
  • Israël – Palestine, Vérités sur un conflit : Chapitre 2 (Fayard, 2001 et 2007)