Il meurt électrocuté en sauvant sa mère - Rosinette Milazar : «Denis était notre ange gardien»

Par Kendy Antoine O commentaire
Rosinette

Denis Milazar, 18 ans, aspirait à sortir sa famille de la misère. Ambitieux et déterminé, l’étudiant du collège Père Laval s’appliquait dans ses études, encourageant ses jeunes frères à faire de même. Samedi 10 juin, tous ses rêves se sont envolés en quelques secondes. Alors qu’il tentait de sauver sa mère d’une électrocution, il y a laissé la vie.

Denis Milazar

Rosinette, 52 ans, originaire de Mangue, Rodrigues, ne cesse de répéter combien le destin s’est montré cruel. Ce tragique samedi 10 juin, tous les rêves et aspirations à une vie meilleure de son fils aîné se sont évaporés en une fraction de seconde. « Alors qu’il venait me sauver de l’électrocution, dans notre nouvel appartement de Cité La Cure, c’est lui qui est parti à la fleur de l’âge... »

Cette mort brutale a bouleversé toute la famille. Denis avait à cœur le bien-être des siens. « Denis était notre ange gardien », confie sa mère entre deux sanglots.

Le cœur meurtri, Rosinette relate que c’est pour offrir un meilleur avenir à ses enfants qu’elle s’est installée à Maurice. « Nous habitions Montagne Disab, Mangue à Rodrigues. Nous avions une maison en béton, mais ni porte, ni eau courante. Au lieu de dépenser pour une porte, nous avions investi pour un réservoir d’eau, une nécessité à Rodrigues.»

L’époux de Rosinette, Mac Donel, travaille dans la construction. Il s’absentait souvent pour venir travailler à Maurice. « Le professeur de Denis nous a alertés : notre fils ne pouvait se concentrer, car l’affection de son père lui manquait. L’occasion s’est présentée et toute la famille a été réunie à Maurice. Je ne voulais pas me séparer de mes trois fils. D’abord, Denis a refusé de nous suivre, préférant rester chez sa tante, puis il nous a rejoints ».

à Maurice, d’autres épreuves attendaient la famille. « Nou pena lakaz. Nou finn bizin rest kot enn misie Cite la Cure. Linn ced nous enn tiplace ». Les Milazar s’installent dans une bicoque de deux pièces. Il leur a fallu s’adapter. « Pour Mac Dino, 14 ans, et Mac Danel, 13 ans, ce fut plus facile, Denis a pris son temps », résume Rosinette, qui a pris de l’emploi dans une usine.

Denis avait intégré le collège Père Laval. Malgré des conditions de vie difficiles, c’était un élève appliqué. « Il étudiait jusqu’à fort tard le soir. Il avait un grand sens des responsabilités. Denis montrait beaucoup de maturité. Il me promettait de nous sortir de la misère. Il voulait devenir policier et rêvait de monter son entreprise. »

Classés au CPE

L’aîné chaperonnait ses cadets dans leurs études. « Il veillait sur ses frères quand je faisais des heures supplémentaires. Les deux cadets fréquentaient l’école primaire Marcel Cabon, à Cité la-Cure. Ils se sont classés au CPE. Mac Danel a obtenu 18 unités, Mac Dino 19 unités », dit Rosinette avec fierté.

Les parents voulaient que leurs enfants réussissent. « Nous avions fait des démarches pour avoir une maison. On nous a mis en contact avec le propriétaire d’un appartement de la NHDC à Cité-la-Cure. Il nous a réclamé un dépôt de Rs 150 000. Nous avons fait des heures supp pour pouvoir emprunter. Puis, le propriétaire a demandé Rs 250 000. Kot nou ti pou gagn kas ? » explique Rosinette.

Prémonitions

Un accord a été trouvé avec le propriétaire. « Il nous a remis les clés de l’appartement le 4 juin dernier. Nous nous sommes installés, mais il n’y avait pas d’électricité. Denis ne voulait pas occuper la maison. Li dir moi kan enn zafer komans mal, li fini mal ». Des paroles prémonitoires, selon Rosinette.

C’est le 9 juin que la fourniture électrique est rétablie. Le samedi 10 juin, Rosinette rentre d’usine vers 18 heures. « Monn pran zot linz lekol ek soulyer pou lave dan saldebin.» Après la lessive, tout a basculé. « Monn santi enn zafer riss mwa. Monn trap enn raccord, mo pa ti kone si ti ena kouran ladan. J’ai appelé au secours. Mac Danel a accouru. Je lui ai dit de partir, de ne pas rester là. Lui aussi a reçu une décharge électrique. Je sentais mon corps qui se brisait, mo leker ti pre pou arete », relate la maman, encore traumatisée.

« Denis est arrivé, il n’a rien compris à ce qui se passait. Il m’a demandé de sauver Mac Danel, puis il est tombé. J’ai saisi un mop pour repousser le raccord d’eau. J’ai prié Dieu pour qu’il sauve mon âme et mes enfants », pleure Rosinette. Mac Danel, blessé, a alerté les voisins. La police d’Abercrombie a été mandée sur place. Le Samu confirmera, hélas, que le jeune Denis avait rendu l’âme. L’autopsie a révélé qu’il est mort électrocuté.

Rosinette et Mac Danel ont été conduits à l’hôpital Dr A.G. Jeetoo pour des soins. Ils sont repartis contre l’avis du médecin. La disparition de Denis laisse un grand vide dans la famille Milazar. «  Il venait me réveiller le matin. Il prenait soin de nous. Je réalise aujourd’hui combien ses prémonitions étaient justes.

Je garderai de bons souvenirs de lui, cela me réconfortera », ajoute la maman. Plus question désormais de rester dans ce logement de Cité-la-Cure. « Il faut nous trouver une autre maison. Nous ne savons pas vers qui nous tourner. Nous devons quitter notre abri temporaire. Qui nous aidera à trouver un toit décent ? » interroge cette mère abattue. Une messe sera dite au collège Père Laval pour un dernier hommage à Denis, parti trop tôt.