Il dessine en 2D et 3D avec son coude : Anishal Madhub surpasse son handicap

By Nufaisah Mosaheb-Khodabux O commentaire

Bien qu’il ne puisse ni marcher ni se servir de ses mains, Anishal Madhub (27 ans) a une intelligence vive qui surpasse ses capacités physiques. Innovateur, créatif, dessinateur et bricoleur, cet autodidacte a monté sa propre entreprise. Rencontre avec un jeune homme qui a su vaincre les difficultés de la vie.

« J’ai toujours aimé tout ce qui est créativité. Grâce à toutes ces heures passées devant les émissions de télévision, j’avais déjà acquis de nombreuses connaissances que j’ai voulu approfondir »

Vie quotidienne ou obligations professionnelles, art, sport ou aventure, les personnes en situation de handicap ont, depuis longtemps, démontré leur capacité à se hisser au plus haut niveau. L'entrepreneuriat n'échappe pas à cette conquête et la réussite de certains entrepreneurs handicapés démontre que la volonté et la persévérance brisent toutes les barrières.

C’est le cas d’Anishal Madhub, 27 ans, habitant la région de Flacq. Sa vie a toujours été un combat acharné et une lutte continuelle. Mais le jeune homme n’a jamais baissé les bras. Quoiqu’il ait du mal à s’exprimer, c’est en compagnie de sa maman, Sobha, qu’il nous raconte son ascension extraordinaire.

« Depuis sa naissance, Anishal n’a pas eu une vie facile. Il est né avec de nombreux handicaps. Il ne pouvait se servir de ses mains, ni marcher comme un enfant normal. En grandissant, il était obligé de se déplacer en fauteuil roulant ou en s’appuyant contre les murs lorsqu’il était à la maison. Dans cet état, mon fils ne pouvait donc pas aller à l’école. Mais, j’étais persuadée qu’il n’était pas comme les autres enfants handicapés. Il était doué d’une intelligence remarquable », nous raconte sa maman.

En effet, Anishal  est privé de sa force physique, mais son activité cérébrale était décuplée. « Il y avait une âme de bricoleur qui se cachait en lui. Il passait beaucoup de temps devant son ordinateur et c’est bien après que j’ai compris la raison », ajoute-t-elle.

Anishal se sert de son coude pour pouvoir manier à la perfection son ordinateur portable. Ainsi, il est capable d’utiliser la souris et les lettres du clavier comme une personne normale. « J’aimais regarder les émissions de télévision en France et en Suisse sur Canal+. J’ai été très attiré par le côté bricolage et comment créer une maison de rêve. C’était ma passion, mais aussi un objectif que je m’étais fixé. Je voulais devenir dessinateur professionnel », explique Anishal.

C’est en 2014 que le jeune surdoué commence à faire des recherches sur Internet. Alors qu’il se voyait plutôt médecin, il ambitionne de devenir un architecte ou dessinateur de plans intérieur et extérieur. « J’ai toujours aimé tout ce qui est créativité. Grâce à toutes ces heures passées devant les émissions de télévision, j’avais déjà acquis de nombreuses connaissances que j’ai voulu approfondir. C’est ainsi qu’en l’espace de cinq ans, j’ai suivi des cours sur Internet, visionné des vidéos sur YouTube et lu des tonnes d’articles pour apprendre comment dessiner des plans en 2D et en 3D », raconte Anishal.

Sa plus grande fierté

C’est tout souriant qu’il se lance dans une démonstration sur son ordinateur, à l’aide de son coude, pour nous montrer son travail. Il nous explique que sa plus grande fierté, c’est tout simplement rendre heureux une famille et lui donner la possibilité de visualiser sa future maison. « On doit se tourner vers la modernité et l’innovation. C’est pour cela aussi que j’ai appris à dessiner des plans en 3D. Étant aussi un fanatique du bricolage, je propose aussi des idées innovantes lors de la construction de nouvelles maisons. Mes clients sont très satisfaits », nous dit-il.
Anishal a déjà dessiné des plans pour le Conseil de district de Flacq. Il fait aujourd’hui la fierté de ses parents. « Je savais que mon enfant était intelligent, mais j’ignorais qu’il avait autant de créativité et surtout à un tel niveau. Il avait un rêve, mais à cause de son handicap, je pensais qu’il n’y arriverait pas. Mon fils a prouvé le contraire et je suis fier de lui », nous confie tout ému son papa, Dave.

Anishal est un vrai génie. En plus d’avoir appris à dessiner des plans sans avoir mis les pieds dans une école, il a aussi la faculté de bricoler des meubles hors du commun et de façon très ingénieuse. Quand on entre dans sa chambre, on a l’impression d’être dans une pièce tout à fait banale avec des meubles ordinaires. Mais lorsque nous pensions nous trouver devant une armoire, celle-ci se transforme en un lit caché à l’intérieur des murs. « C’est sa propre conception et ses propres idées. Son lit est pliable et on peut le ranger à l’intérieur. Il est doté d’un poignet qui ne nécessite aucun effort et des ressorts qui le permettent de se refermer automatiquement. Le pied du lit sert à donner de l’équilibre. Celui-ci sert aussi de rangement de chaussures. Tous les meubles que vous voyez ont été dessinés par Anishal et fabriqués sous ses ordres par un menuisier », explique sa maman.

Anishal a un don pour le bricolage, un domaine qui l’intéresse beaucoup après l’architecture. « Cela prouve que je peux avoir des difficultés physiques, mais pas mentales. Face à l’adversité, je n’ai jamais baissé les bras. J’ai toujours accepté que c’est Dieu qui m’a créé ainsi et j’ai lutté pour aller jusqu’au bout et j’ai réussi. J’étais persuadé que si Dieu m’avait enlevé une faculté, il m’avait donné une autre. C’est le message que je souhaite transmettre aux personnes en situation de handicap. Croyez en vous, nous sommes tous capables », affirme-t-il.


Télé-bricolage : une émission en pleine préparation

Depuis deux ans, Anishal ne chôme pas. Il a lancé sa propre émission télévisée dédiée au bricolage. Il est à la recherche de sponsors qui pourrait l’aider, pour qu’un jour son émission soit diffusée sur une chaîne télévisée.

« J’ai voulu créer cette émission pour venir en aide à tous les Mauriciens désirant avancer dans la vie. Il est très simple de monter un meuble à chaussures, par exemple. Dans cette émission, j’explique étape par étape comment on doit procéder. Je donne des astuces et je peux aussi faire de la publicité pour des marques, outils, produits de bricolage, entre autres, par le biais de mon émission », nous dit-il.

Pour le moment, ce projet pilote est en veilleuse, car le jeune homme ne trouve pas de sponsors. « Après avoir bossé tout ce temps, c’est vraiment un rêve que je souhaite réaliser. Me voir un jour à la télévision locale, vivre ma passion et expliquer à mon pays ce que j’ai appris le temps d’une émission. Malheureusement, je rencontre des obstacles d’ordre financier, car je suis issu d’une famille modeste. Je ne reçois pas beaucoup de demandes de plan et je n’ai pas vraiment d’aide au niveau des associations », se lamente-t-il.

Il nous raconte d’un air triste les mésaventures et les déceptions rencontrées pour son projet. « En France, ce type d’émission est vraiment tendance et cela marche bien. Je pense que les Mauriciens sont, eux aussi, à la recherche de ces choses-là. Je me suis rendu dans des grandes enseignes de bricolage à travers l’île. Je n’ai reçu que des réponses négatives. J’ai ressenti une profonde honte quand on me voit dans mon fauteuil. Ne sachant pas parler correctement, on me sous-estime », lance-t-il.

C’est un homme avec une volonté de fer prêt à tout pour y arriver. « Faire cette émission est le but de ma vie, pas pour mon avantage, mais pour celui du public mauricien. Je voudrais motiver les jeunes vivant dans la même situation que moi et souhaitant devenir un exemple pour la jeune génération d’enfants handicapés », conclut-il.

Le jeune prodige tient à remercier ses parents, son frère Ashil, la Global Rainbow Fondation, dont il est ambassadeur, le Conseil de district de Flacq, M.Hurdoyal, Mme Sooshita, Albert Trading et Habeeba de l’ONG GIVE.