Gaëtan Souavé tabassé mortellement au cours d’un vol : le cadavre de son fils comme cadeau d’anniversaire

Par Kendy Antoine O commentaire
Anne Souavé

Un vol qui vire à la tragédie dans un restaurant aux petites heures du vendredi 12 janvier, à Sainte-Croix. Patrick Gaëtan Souavé (50 ans) a été surpris par les propriétaires des lieux qui l'ont battu à mort. Anne Souavé, qui devait fêter ses 83 ans ce jour-là, a eu comme cadeau d'anniversaire le cadavre de son fils.

To Chin Leung Fook Sen, appelé Alex (65 ans) et son frère Leung Laeng Sen Leung To Chun, alias Marlene (68 ans) sont accusés de meurtre. Ils se sont défendus face à ce voleur présumé, selon ces derniers. Gaëtan, connu des services de police, a été tué à coups de poing. Pour Anne, la mère de la victime, c’est une véritable tragédie, alors qu’elle s’apprêtait à souffler ses 83 bougies ce jour-là. Au lieu d'un gâteau, c'est au cimetière qu'elle s'est rendue, vendredi, pour enterrer Gaëtan.

Anne Souavé ne cesse de pleurer. Le vendredi 12 janvier fatidique, elle a célébré son anniversaire. « Nous avions déjà préparé l’anniversaire de ma grand-mère », nous dit Cédric, le neveu de la victime. Il était prévu que la vieille dame fête ce jour-là, avec ses enfants, dont Gaëtan et ses petits-enfants, à leur domicile à Le Cornu, à Résidence La Cure.

La dernière fois qu'Anne Souavé avait vu son fils remonte à la veille de ce drame. « La vey mo fek pe koz ek li. Linn dire li sorti, li pa pou tarde. Linn sorti ver 6 zer tanto. » Mais au lieu d'avoir à ses côtés son fils pour son anniversaire, c’est une toute autre scène qui s’est jouée. Un vol qui a mal tourné et voilà que tout son monde s'écroule.

« Get ki kado monn gagne pou mo laniverserr », se lamente la vieille dame, assise dans son salon. Gaëtan, dit-elle, malgré ses démêlés avec la justice, était débrouillard. « Li ti byen kontan travay ek ti aid mwa dans lakaz », raconte la mère. Ce n'est que vendredi matin qu'elle a appris la terrible nouvelle.

Pour les proches, Gaëtan ne méritait pas un tel sort. « Nous savons qu'il était loin d'être un enfant de cœur. S'il s'était vraiment rendu dans cette maison pour voler, ils auraient dû lui donner une leçon, mais non le tuer », lâche la nièce du disparu. Les funérailles de la victime ont eu lieu vendredi après-midi.

Les deux frères accusés de meurtre.

 

Légitime défense

Les deux frères, arrêtés dans le sillage de cette affaire, sont revenus en partie sur ce vendredi 12 janvier. Ils ont chacun relaté aux hommes du surintendant de police Sam Bansoodeb les circonstances entourant cette agression, où il a eu mort d'homme. Au cours de son interrogatoire, Alex a expliqué que, jeudi soir, sa compagne était souffrante. « Je l'ai emmenée à l'hôpital tard dans la soirée et elle y a été admise. Je suis revenu à la maison vers deux heures. »

« J'étais en train de me reposer quand mon frère est venu m'informer qu'il avait entendu du bruit provenant du restaurant au rez-de-chaussée. Je lui ai dit qu'il devait avoir mal entendu », a expliqué Alex aux enquêteurs.  Muni d'une lampe de poche, l'aîné est alors descendu pour voir de quoi il en est.

Les lumières étaient éteintes dans le resto. « Il faisait sombre, mais je suis parvenu à voir un intrus. Il nous volait », a précisé, pour sa part, Marlene  à la CID. Il dit s'être approché à l'arrière de l'intrus qui tenait une barre de fer à la main. « Mon mayy li, monn krye volerr, volerr. » C'est ainsi que les choses ont dégénéré.

L'intrus se serait alors débattu et menacé de se servir de sa barre de fer. Entre-temps, Alex a rappliqué. S'en est alors suivie une bagarre entre les trois hommes. « Nous nous sommes battus pour nous défendre. Nou finn donn li kout pwin ek kout pye », ont-ils soutenu dans leur version à la police. Le voleur présumé a réussi à prendre la fuite, mais n'est pas allé bien loin, car il s'est effondré à seulement quelques mètres devant le portail du restaurant.

C'est vers 03 heures que la police d'Abercrombie a été alertée de cette intrusion. Une fois sur place, les policiers ont retrouvé Gaëtan Souavé, baignant dans une mare de sang. Il a été immédiatement transporté à l'hôpital Dr A. G. Jeetoo. Cet habitant de Le Cornu a poussé son dernier soupir peu après.

Aux dires d'Alex, également entrepreneur dans le secteur de  la construction, il y a quelques jours, la victime était venue le voir. « Il cherchait du travail. Je lui ai dit de passer un peu plus tard », devait -il se souvenir après avoir reconnu l'intrus.

Les policiers ont récupéré la barre de fer, un sac, de même qu'une serpillière maculée de sang sur les lieux. Les vêtements des deux frères ont également été saisis aux fins d'analyse. L'autopsie, pratiquée par l'équipe médico-légale, a révélé que Gaëtan Souavé est mort des suites d'une hémorragie due à des blessures au visage, provoquée par des coups de poing.

Les deux frères ont été conduits à l'hôpital pour les premiers soins. Alex a dû être admis, alors que son frère aîné, au cours de l'après-midi de vendredi, a comparu devant la cour de Port-Louis. Il répond d'une charge provisoire de meurtre. La police a objecté à sa remise en liberté conditionnelle.


Un vol de trop pour Gaëtan

Patrick Gaëtan Souavé n'est pas inconnu des services de police. Il détient à son actif plusieurs délits. C'est en 1985 qu'il s'est d'abord fait connaître à Curepipe. Il avait été inculpé d'un cas de vol commis avec l'aide d'un complice. Il avait écopé d'une peine d'emprisonnement de deux ans. Dix ans plus tard, il avait récidivé en s'attaquant à un vendeur à Tranquebar, à Port-Louis. En deux occasions, il avait utilisé ce même mode opératoire. L'habitant de Le Cornu avait été condamné à cinq ans de prison. En 2005, il avait été arrêté pour une affaire de drogue, ce qui lui avait valu de purger une peine de sept ans de prison. L'année dernière, il a été une fois de plus arrêté pour tentative de vol à Pamplemousses et, quelques jours plus tard, c'est à Port-Louis qu'il avait sévi dans un autre cas de vol. Le vendredi 12 janvier 2018, il a été surpris au Restaurant Central mais, cette fois, cela a été un vol de trop pour Gaëtan. Il y a laissé la vie.


Kevin : « Ils se sont défendus »

Pour le fils d'Alex, ce qui s'est produit est regrettable, mais explique que son père et son oncle ont agi en légitime défense. « Mon père avait emmené ma mère à l'hôpital. Je n'étais pas à la maison. Mais je sais qu'ils ont agi ainsi afin de se défendre. Ma mère, qui est admise, ne sait pas encore ce qui s'est passé. Nous ne savons pas comment lui annoncer cette nouvelle », lâche-t-il.

Un des frères Leung assassiné en 1997

Robert Tong Seng Leung avait 51 ans lorsqu'il a été tué il y a 21 ans. Ce dernier était l'un des frères Leung qui s'occupaient du restaurant familial. à l'époque, la bagarre avait éclaté alors que le quinquagénaire avait demandé à son agresseur de ne pas uriner devant le restaurant. Il avait été agressé par quatre suspects. Il était mort d'une fracture du crâne.