Faux colis d’héroïne à la Commission d’enquête - Le témoin vedette : «J’ai été piégé par les trafiquants»

Par Vel Moonien O commentaire
Temion - George

George, le nom de code du témoin mystérieux, a décidé de se confier au Défi Plus après que des doutes eurent été émis quant à ses intentions vis-à-vis de la Commission. Il explique avoir été incité par son avocat, souvent associé aux travaux de la Commission, à dénoncer ses employeurs, des trafiquants notoires.

« Je ne suis pas un affabulateur. Je n’ai pas non plus eu pour mission de discréditer les travaux de la commission d’enquête sur la drogue. J’ai sans doute été piégé par les trafiquants pour lesquels je travaille, car ils ont dû avoir été avertis que j’étais en train de les dénoncer. » Répondant au nom de code de George, le témoin vedette réagit à la publication des résultats des tests effectués par le Forensic Science Laboratorty (FSL) sur le fameux colis de 8 kilos d’héroïne qu’il avait déposé devant la Commission lors de sa seconde audition, le lundi 18 décembre dernier.

Le colis remis par le témoin à la Commission est considéré comme étant du ciment par la police, chose que le FSL n'a pas encore établie.

La trentaine bien entamée, cet ex-gardien de prison affirme être venu remettre ce colis à Paul Lam Shang Leen et ses deux assesseurs, car il croyait dur comme fer qu’il s’agissait d’une drogue pure dont la valeur marchande frise les Rs 200 millions. Il a néanmoins appris dans l’édition du 5 janvier du Défi Quotidien que l’analyse de la drogue par le FSL s’est révélée négative mardi. Il s’étonne que ni l’Anti-Drug and Smuggling Unit (Adsu), ni la commission d’enquête sur la drogue n’aient jugé utile de l’en informer.

Prêts d'argent

« Cette drogue est censée provenir de Madagascar. Elle a été commanditée par Curly Chowrimoothoo, un trafiquant de drogue en prison, et de ses camarades. J’ai fait la connaissance de Curly Chowrimoothoo lorsque j’étais gardien et lui en détention préventive. Nous nous sommes liés d’amitié. Il était comme un frère pour moi », relate George candidement. Cette affinité s’est forgée à travers des prêts d’argent. « À l’époque, j’avais de gros problèmes financiers. Il m’a avancé de l’argent. En retour, je le fournissais en cigarettes », dit-il.

De fil en aiguille, le gardien est devenu le blanchisseur en chef de l’argent du caïd qui contrôle toujours le trafic de drogue dans le centre de Cité Kennedy, avec les membres du clan Townsend avec lesquels Curly Chowrimoothoo est parenté. Mensuellement, dit George, il blanchissait, en moyenne, un million de roupies cash. Durant les bons jours, la vente de la drogue au détail rapportait entre Rs 5 millions et Rs 7 millions. Il évoque le nom d’un ancien ministre travailliste engagé dans les affaires qui l’aidait dans sa tâche.

Il cite le nom d’un trafiquant notoire sur l’axe Paris-Plaisance comme étant l'un des financiers des cargaisons de drogue et avoue que certains avocats sont tout à fait au courant des activités de blanchiment des différents réseaux de drogue. « Moi-même j’ai déposé de grosses sommes d’argent auprès des épouses de certains bras droits des caïds, afin qu’ils soient défendus par ces avocats. Comment un homme en prison, sans ressource, peut-il financer sa défense si ce n’est avec de l’argent provenant du trafic de drogue? » lâche-t-il.

« Curly Chowri-moothoo est devenu un maillon fort du trafic depuis que Peroomal Veeren a été placé en isolation par l’administration de la prison. Chacun a peut-être son propre réseau, mais à l’intérieur de la prison, ils forment un seul bloc et s’entraident », poursuit George. L’oncle de Curly Chowrimoothoo, Francis Townsend, arrêté en début d’année, dit-il,  aidé par sa jeune femme, a optimisé le trafic de stupéfiants dans cette localité et d’autres cités ouvrières. Tout se fait au su et à la vue des habitants de Cité Kennedy, du matin au soir, sans que l’Adsu ne parvienne à les coincer.

Pourquoi avoir décidé de vider son sac alors que ses activités de blanchiment de l’argent de la drogue lui rapportent Rs 200 000 après chaque opération ? « Je n’ai jamais eu l’intention de me rendre à la commission d’enquête sur la drogue. C’est mon avocat (NdlR qui a été associé aux travaux de la Commission durant ces derniers mois) qui m’a incité à témoigner. Il m’a même emmené voir l’ex-juge Paul Lam Shang Leen à plusieurs reprises. Nous ne sommes pas passés par la cellule d’enquête. Nous avons traité avec lui directement. Comment peut-on dire maintenant que je voulais jeter le discrédit sur la Commission ? » se demande George.

Une femme tire les ficelles à mada

« Cette drogue, je l’ai remise en présence de mon avocat et des hauts responsables de l’Adsu. Des photos ont même été prises pour les besoins de l’enquête ouverte par l’Adsu pour coincer les commanditaires. Quel intérêt ai-je à remettre un faux colis de drogue à la Commission ? J’avais reçu une première partie de la drogue dimanche et l’autre partie lundi. Je devais la remettre à Boulon et le proche d’un caïd emprisonné qui gère un commerce de pièces de rechange comme couverture. Des enquêteurs de la Commission sont venus me récupérer à Bagatelle le jour de ma seconde audition. Zamé monn fine gayn  l’intensyon piège Commission », martèle-t-il.

George soutient avoir été contacté à plusieurs reprises par le caïd emprisonné Siddick Islam, alias Nerf, pour des besoins de blanchiment lorsqu’il a commencé à travailler pour Curly Chowrimoothoo. Il allègue également que c’est la femme d’un trafiquant notoire décédé dans des circonstances tragiques qui tire les ficelles du trafic de drogue entre Maurice et Madagascar. Ce qui laisse certains enquêteurs de l’Adsu sceptiques. Cette brigade avait déjà été approchée par le témoin par le passé, mais elle l’a invitée à revenir la voir quand il aurait de la drogue à lui soumettre.

« J’ai même envoyé une lettre au Premier ministre par le passé pour lui dire que je voulais dénoncer certains trafiquants. On m’a envoyé balader. J’ai reçu une réponse laconique. Il n’y a jamais eu de suivi », déplore George.

Il devrait être entendu de nouveau par la Commission dans les jours à venir et, dans l’intervalle, il se demande comment vont réagir ses anciens camarades trafiquants face à son retournement de veste.