Énergie : le public, cette vache à lait !

By MAHENTEE BOOLAKEE RPEM, MBA. MA, BA (Hons) Engineering. Cantab. Ex-Conseillère en matière d’énergie au ministère de l’Énergie et des Services publics O commentaire //

Dans son Budget 2016-2017, le ministre des Finances et du Développement économique, l’honorable P.K. Jugnauth (Premier ministre), a cité plusieurs projets qui seront mis en œuvre grâce au financement public.

Cependant, aucun détail n’a été fourni jusqu’à présent quant au rapport coûts-bénéfices, aux moyens de récupération d’investissement ou à la période d’amortissement pour bon nombre de projets financés par les fonds publics. Ci-dessous : quelques extraits d’une lettre datée du 6 mars 2017 que j’ai envoyée au ministre des Finances, concernant une proposition pour un moyen de récupérer de l’argent public pour un projet spécifique, notamment le solaire-photovoltaïque.

Monsieur le ministre

Dans votre discours-Budget 2016-2017 (article 128), vous avez fait référence à un projet d’installation de panneaux solaires photovoltaïques (PV) sur les toits des maisons de quelque 10 000 abonnés du CEB bénéficiant du tarif social (tarif 110A), cela aux fins d’autoconsommation d’énergie électrique ; vous avez aussi déclaré que tout surplus d’énergie produit sous ce projet sera exporté sur le réseau électrique du CEB. Selon une vidéo postée par la presse, le ministre de l’Énergie et des Services Publics, Ivan Collendavelloo, a, le 16 février 2017, déclaré que le projet a déjà démarré.

Monsieur le ministre, dans votre discours-Budget, vous avez proclamé que les abonnés concernés par ce projet pourraient consommer gratuitement jusqu’à 50 kilowattheures (kWh) d’électricité mensuellement. Ce qui laisse croire que les premiers 50 kWh consommés par ces abonnés seront pris en charge par le CEB dans la mesure où ce dernier ne facturera pas les premiers 50 kWh. Toutefois, d’après mes estimations, ces abonnés n’y puiseront qu’environ 34 kWh en moyenne mensuellement. Donc, le CEB ne « subventionnera » qu’une moyenne mensuelle de 34 kWh au lieu des 50 kWh annoncés. Cette estimation est basée sur les suppositions suivantes : (a) la consommation mensuelle pour un abonné sous tarif 110A est en moyenne de 85 kWh (chiffre fourni par le ministre Ivan Collendavelloo au Parlement le 3 décembre 2015) ; et (b) l’abonné pourra satisfaire 60 % de ses besoins d’énergie électrique à partir du système solaire-PV (soit 51 kWh mensuellement), et qu’il ne puisera donc que les 40 % restants (soit 34 kWh mensuellement) du réseau du CEB.

Monsieur le ministre, vous avez aussi précisé dans votre discours-Budget que le coût dudit projet sera entièrement pris en charge à partir des fonds publics. D’après mes estimations, le coût du projet sera de l’ordre de Rs 1 milliard – soit Rs 8,3 millions par mois sur une période de dix ans ; cette période étant la durée de garantie typique sur les systèmes solaires-PV vendus à Maurice et qui sera considérée ici comme étant la période de vie utile de ces appareils.

Veuillez me permettre, Monsieur le ministre, de vous dire combien j’ai été choquée de constater que, comme pour bien d’autres projets financés des deniers publics, rien n’a été prévu sous ce projet pour retourner à la caisse publique au moins une partie de l’argent puisé en dépit du fait que l’achat et l’installation des panneaux solaires-PV pour les 10 000 foyers visés par ce projet seront entièrement financés des deniers publics. Ainsi, alors qu’une somme de quelque Rs 1 milliard sera puisée des fonds public pour ce projet, personne ne s’est soucié du retour d’investissement ou de voir comment faire pour que tout retour d’investissement soit rendu à la caisse publique. Ce qui est profondément injuste car le gouvernement ne peut pas continuer à traiter le public comme une vache à lait et ne rien lui rendre en retour.

Ce que je propose pour récupérer – du moins en partie – l’argent public, c’est de considérer toute électricité exportée sur le réseau du CEB par les abonnés concernés par ce projet, comme une vente d’électricité et que celle-ci soit comptabilisée et payée par le CEB à la caisse publique. Car c’est le public et non le CEB qui aura investi (entièrement) dans le projet. Je suggère aussi que le prix de vente de cette électricité soit, au minimum, égal au coût de production moyen de l’électricité distribuée par le CEB et varie annuellement avec. Ainsi, cette mesure permettra à la caisse publique d’encaisser environ Rs 2,44 millions, soit Rs 293 millions sur les dix ans de vie utile du système solaire-PV – ce calcul étant basé sur une vente d’électricité mensuelle de 74 kWh en moyenne et à raison de Rs 3,30 par kWh (chiffre publié pour l’an 2015 pour le coût moyen de production du CEB). En somme, sur les dix ans de vie utile des systèmes solaires-PV, le retour d’investissement pour les fonds public ne dépassera pas un tiers des Rs 1 milliard investis.

Quant au CEB, il gagne gros à ce projet de par : (a) le coût évité de production d’énergie; et (b) la réduction des frais de maintenance de ses centrales (la production énergétique étant réduite). En effet, alors que le CEB ne contribue pas financièrement à l’achat des systèmes solaires-PV, il fera des économies d’environ Rs 4,12 millions par mois – ce qui revient à environ Rs 495 millions sur les dix ans de vie utile du système solaire-PV – rien qu’en ce qui concerne le coût de production évité.

Après déduction du coût de la « subvention » que le CEB accordera sur la moyenne mensuelle des 34 kWh puisés du réseau (environ Rs 82 0000 par mois pour l’ensemble des 10 000 abonnés) et l’achat de l’électricité exportée par les abonnés concernés (environ Rs 2,44 millions par mois pour l’ensemble des 10 000 abonnés), le bénéfice net que le CEB fera pour ce projet, rien qu’en coût évité de production d’énergie, sera de l’ordre de Rs 860 000 mensuellement, ce qui revient à environ Rs 103 millions sur dix ans.