Embouteillages : quand la productivité des entreprises en pâtit

Par Chrisitina Vilbrin O commentaire
Embouteillages

Depuis que les travaux du Metro Express ont démarré, les embouteillages se sont accentués dans la capitale et ses alentours. Ce qui a un impact sur la productivité de certaines entreprises, affirment les opérateurs économiques. 

« Tout retard affecte les opérations des entreprises », dira d’emblée Amar Deerpalsing, président de la Fédération des PME. Ainsi, a-t-il déclaré, depuis le début des travaux du Metro Express à Port-Louis,  plusieurs compagnies souffrent d’une « perte de productivité ». « Quand le nombre d’heures passées dans les bureaux ou les usines diminuent, c’est la productivité qui baisse. Si les entreprises peuvent rattraper le temps perdu, la question de productivité ne se pose pas. Par contre, la productivité pâtit si le retard accumulé ne peut être rattrapé », a souligné Eric Ng, directeur du Cabinet PluriConseil. Pour Amar Deerpalsing, le problème est plus aigu dans le secteur manufacturier, dans la mesure où les opérations sont séquentielles, c’est-à-dire qu’un employé doit attendre que son collègue termine une tâche avant de pouvoir enchaîner. « Alors imaginez si le collègue en question est en retard au travail à cause des embouteillages », a-t-il dit.

Pour l’industriel François de Grivel, les activités dans le domaine des services, l’industrie et même dans l’administration gouvernementale sont tout autant affectées. Idem, a ajouté Amar Deerpalsing, pour les opérations dans les zones industrielles à Coromandel, Plaine Lauzun, La Tour Koenig, Riche-Terre ou encore dans le port franc car une grande partie des déviations et aménagements routiers perturbent ces régions. « Même si une entreprise n’est pas basée à Port-Louis, elle est concernée par le problème vu que toutes les démarches administratives (banques, cabinet de comptabilité, etc.) sont basées à Port-Louis », a fait ressortir Amar Deerpalsing.

Toutefois, il n’y a pas que la productivité des entreprises qui est en jeu. « L’impact peut être sérieux pour l’activité économique en général. Ce manque de productivité risque d’affecter la croissance nationale qui peut baisser de 0,1 à 0,2 point », appréhende François de Grivel. Du coup, le pays qui table sur une croissance de 4 % cette année peut voir ce taux baisser.

D’où l’urgence, insistent nos interlocuteurs, de trouver des solutions. « Nous souhaitons que le gouvernement prenne des mesures pour rendre le trafic routier plus fluide afin que les salariés ne perdent pas beaucoup de temps sur les routes », recommande François de Grivel. Il encourage, parallèlement, les employés à miser sur le covoiturage et à faire preuve de solidarité. De même, il lance un appel au gouvernement pour qu’il dévoile son planning sur la finition des travaux. Ce qui permettrait aux salariés et aux entreprises de mieux s’organiser.


Coût additionnel de quelques centaines de millions

L’économiste Eric Ng est catégorique. Les embouteillages entraînent un coût additionnel se chiffrant à « quelques centaines de millions de roupies sur un an ». À savoir que la congestion routière coûte déjà au pays environ Rs 3 milliards à Rs 4 milliards par an.

Les retards déduits des congés

Rashid Imrith, président de la Fédération des syndicats du secteur public, tire la sonnette d’alarme. « Ce sont les employés du secteur public qui font les frais des embouteillages. Leur retard, autour de 30 minutes en moyenne, est déduit de leur congé », a-t-il fait ressortir. Autre préjudice : s’ils ont cinq jours de retard, leur salaire est réduit et ils sont sujets à des actions disciplinaires. « Ce qui a un effet sur leur moral et, par ricochet, sur leur productivité », a souligné Rashid Imrith.

Parallèlement, comme les fonctionnaires ont des délais à respecter, ils doivent rattraper leur retard durant l’heure du déjeuner, doivent travailler après 16 heures sans obtenir de rémunération ou encore ramener des dossiers à travailler à la maison. Les employés du secteur privé sont tout autant affectés. « Le fait que les employés passent une heure trente minutes, deux heures voire plus sur les routes, a un impact sur leur productivité et leur niveau de vie », a ajouté Amar Deerpalsing.