Elle voulait sortir de l’enfer de la drogue : une mère de famille meurt d’une overdose

By Kendy Antoine O commentaire

Christelle Brasse, 26 ans, fait partie de ces victimes du cycle infernal de la drogue. Cette jeune mère, originaire de Baie-du-Tombeau, après trois mois à la Prison centrale de Beau-Bassin, se faisait une joie de retrouver sa famille. Elle voulait s’amender.

Marie Josée, la mère de Christelle Brasse, 43 ans, confie au Défi Plus que sa fille envisageait un nouveau départ dans la vie. Toutefois, 24 heures après sa libération, le corps sans vie de la jeune femme a été retrouvé sur la plage, non loin de l’hôtel Le Cocotier, à Baie-du-Tombeau. Tout porte à croire qu’elle est morte d’une overdose.

Cette triste nouvelle a pris de court les proches de Christelle Brasse. Sa mère gardait confiance qu’elle allait donner l’exemple à ses deux frères et sœurs. « Elle a étudié jusqu’au Certificate of  Primary Education (CPE). Puis elle a intégré l’École de la vie », nous explique Marie Josée, les traits tirés.

« Quand j’allais lui rendre visite au centre pénitentiaire, elle me disait qu’elle voulait abandonner cette vie d’enfer. »

« À sa majorité, la jeune femme a pris de l’emploi dans une usine où elle a fait la connaissance de son compagnon. Ils sont alors allés vivre ensemble », poursuit la mère. C’est à cette époque que Christelle Brasse aurait commencé à avoir de mauvaises fréquentations.

« Mo tifi tro kontan kamarad plis ki fami », nous relate la mère d’une voix empreinte de tristesse. En voyant la mauvaise pente qu’empruntait sa fille, Marie Josée dit avoir tenté de la raisonner. « Kan mo koze li dir mwa li mazer. » Entre-temps, Christelle est devenue mère de trois filles. L’aînée est aujourd’hui âgée de 6 ans et les deux dernières, 3 et 2 ans respectivement.

Perte de poids

« Linn komans par fim la poude », se remémore sa mère. Pour cela, poursuit Marie Josée, Christelle n’hésitait pas à prendre sa dose dans la maison même. « Elle s’adonnait à cette pratique en quelques occasions. J’avais peur que son comportement n’influence ses autres frères et sœurs. »

Mais très vite, Christelle Brasse est devenue accro. «Elle a commencé à se faire des injections. Elle avait perdu du poids. Je l’ai rappelée à l’ordre à maintes reprises, mais mes conseils ricochaient sur la cuirasse de son indifférence. Cela allait de mal en pis. Son compagnon a eu des démêlés avec la justice. Il a été envoyé en prison pour quatre ans. Un proche a pris l’une de ses filles à sa charge », se désole Marie Josée.

Changer de vie

« Mo leker bien fermaI. Pa fasil. La drog kinn domin li. »

L’année dernière, Christelle Brasse s’est retrouvée à son tour impliquer dans une affaire de vol. « Deux jeunes l’ont accusée alors qu’elle n’y était pour rien.

Elle avait été condamnée à six mois de prison. » C’est le 13 décembre 2016 qu’elle avait commencé à purger sa peine à la Prison centrale de Beau-Bassin. Sa benjamine qu’elle n’avait pas encore déclarée à l’état civil a été prise en charge par les officiers de la Child Development Unit (CDU). Alors qu’elle était en détention, Christelle Brasse s’était résolue à changer de vie. « Quand j’allais lui rendre visite au centre pénitentiaire, elle me disait qu’elle voulait abandonner cette vie d’enfer. Ces derniers mois, coupée de l’univers des drogues, elle avait repris du poids », fait ressortir Marie Josée.

Le dimanche 12 mars, Christelle Brasse a été libérée après trois mois d’emprisonnement. « Elle m’avait fait une surprise. Elle faisait partie des six femmes qui ont eu une rémission ce jour-là. Ma fille est venue me voir. Elle avait apporté du briyani. Christelle a passé un bon moment avant de retourner chez elle », se rappelle Marie Josée, les yeux embués de larmes.

Le lendemain, Christelle et sa mère sont descendues dans la capitale. « Il fallait récupérer l’argent de sa caution. Nous avons déjeuné. Elle a obtenu un emploi dans un restaurant le jour même. Il était prévu qu’elle débute mardi matin », nous raconte Marie Josée. Toutefois, la mère dit avoir constaté que sa fille se comportait de façon étrange.  «Je me doutais qu’elle avait pris une dose le matin. Quand je lui ai posé la question, elle m’a simplement affirmé qu’elle manquait de sommeil. De retour chez moi, ma fille dormait dans le taxi. J’ai informé le chauffeur de la réveiller une fois dans la cité. J’ai regardé le véhicule s’éloigner avec un mauvais pressentiment. »

Dans la soirée, la nouvelle est tombée. « On est venu m’annoncer que le corps sans vie de Christelle a été retrouvé sur la plage », se lamente la mère affligée. Pour en avoir le cœur net, elle s’est rendue sur place. La jeune femme était allongée, puis recouvert d’un drap. Une cuillère était à quelques mètres d’elle. Le corps a été transporté à la morgue. L’autopsie pratiquée par le Dr Maxwell Monvoisin a révélé que la victime a succombé à un œdème aigu cérébral. Deux traces de piqures ont été retrouvées sur son avant-bras. Des analyses sont en cours pour confirmer s’il s’agit bien d’une overdose.

«Il faut de la volonté»

« Mo leker bien fermaI. Pa fasil. La drog kinn domin li », pleure Marie Josée. Pour sortir de cet enfer, il faut de la volonté, fait-elle comprendre. « Pa fasil pou bann paran pou sorti zot zanfan ladan. Foder par so prop volonte li anvi sorti. »