Dr Tulsidas Naraidoo, lecturer à l’Université de maurice : «Les politiciens ont tout pourri»

Par Jean Claude Dedans O commentaire
Dr Tulsidas Naraidoo

Il n’est pas étonné des résultats du sondage conduit par Straconsult. Pour Dr Tulsidas Naraidoo, les politiciens ont tout gâché.

Comment expliquer cette perte de confiance dans nos institutions, révélé par le dernier sondage de Straconsult ?
D’abord, je me demande quelle section de la population a été consultée pour ce sondage. Ces résultats peuvent ne pas refléter l’opinion du public en général. Il y a ce qu’on appelle la classification.

Est-ce que les nominations posent problème ?
D’abord, si je suis un bon colleur d’affiches, cela ne fait pas de moi un professionnel. Bat lakol, samem... être un agent fidèle ne fait pas de vous un président ou un Chief Executive Officer. Je reviens au principe que les nominations doivent se faire sur le mérite. Point barre.

Donc, à bas les nominés, même s’ils sont des pros ?
Il faut aller au-delà de la chose politique. Les actions des nominés peuvent laisser des séquelles et ternir l’image du parti qui les a nommés. Un exemple, la Financial Services Commission et l’affaire Alvaro. Qui en a payé les frais ?

Selon votre lecture, les nominés font plus de mal à ceux qui les ont nommés...
Il faut nommer et choisir des gens compétents.

You have to lead by example, selon Lord Denning.
(Grand rire) Effectivement. Sinon, c’est la galère. Nommer ceux qui ont mordu la poussière dans une élection, c’est la pire des choses. Un exemple, la Gambling Regulatory Authority. On a vu ce qui s’est passé. L’ancien Chairman a dû  partir de force. Il faut lead by example.

Le sondage égratigne tout. Perplexe ?
Les Mauriciens n’ont plus de respect pour la police. Les policiers ne sont bons qu’à faire bouger le trafic routier... Il y a un manque de leadership.

I would ask God to give us some more Lam Shang Leens. The man has guts»

Pensez-vous que le pessimisme ambiant a joué les trouble-fête ?
Les choses évoluent, certes, mais la population n’est pas dupe. Elle est devenue pessimiste sur tout. C’est grave.

Étonnement, la Commission électorale est un mauvais élève. Comment expliquer cela ?
Irfan Rahman et son équipe sont d’un perfectionnisme exemplaire. Je leur tire mon chapeau. Mais une personne et une équipe ne font pas une institution. Decision making is one, implementation is another. Il y a des manquements, il faut plus de vigilance. La ligne de communication verticale ne fonctionne pas.

Quelle crédibilité faut-il accorder à ce sondage ?
Tous les sondages présentent des défauts. Amédée Darga est un professionnel et ne va pas tricher. Mais un sondage dépend de la classification. Tout repose là-dessus.

Même si les cours de justice sont égratignées, la commission d’enquête donne espoir...
I would ask God to give us some more Paul Lam Shang Leens. The man has guts. Il n’a peur de personne.

Comment renverser la vapeur ?
On peut encore le faire. At the head of every institution, there is a boss, a leader, but here...  Il est normal de récompenser ceux qui vous ont aidé, mais pas des colleurs d’affiches, des drom vid. Qu’on ne les place pas à des postes stratégiques !

Y a-t-il un lien entre ce pessimisme et les politiciens ?
La corruption est latente depuis des années. Heureusement qu’il y a les médias. Tous les scandales sont répertoriés, les faits et gestes des politiciens sont sur Internet. Ils ont tout pourri. Ce que le Mauricien vit se reflète dans ce sondage.

Le judiciaire est-il hors-jeu ?
Le judiciaire est un dernier rempart et fait très bien son travail. S’il est écorné, c’est une question d’interprétation.

Vous avez une vision bien sombre de ce qui se passe dans le pays. Pourquoi ?
Tout part à la dérive. Il nous faut nous ressaisir. Il est encore temps. Il y a des hommes et des femmes capables, qui aiment leur pays avant tout. Nous sommes une nation indépendante depuis 50 ans. Pourquoi cracher dessus ? On est un tout petit pays qui fait la fierté de l’Afrique, de la région.

La presse est épargnée...
S’il y a une chose, une institution qui fait honorablement son travail, c’est la presse. Merci pour cela. La presse mauricienne est l’une des meilleures au monde. Hats off. You are on the right track.

Un message pour les 50 ans de l’Indépendance ?
Il y a un Dieu pour Maurice.