Dr Rita Bissoonauth, coordinatrice du UA/CIEFFA : «Une étudiante sur cinq termine le cursus secondaire en Afrique»

Par DEFIMEDIA.INFO . O commentaire
Dr Rita Bissoonauth.

Elle a fait  de l’accès des filles à l’éducation sur le continent noir son cheval de bataille.  Le Dr Rita Bissoonauth est la coordinatrice du Centre International de l’Union africaine pour l’éducation des filles et des femmes en Afrique (UA/CIEFFA).  Elle est d’avis que l’éducation des filles présente d’énormes avantages économiques et sociaux.

Quel est votre constat de la situation sur le continent africain concernant l’accès des filles à l’éducation ?
La situation est très grave. Il n’y a que 20 % des filles africaines qui terminent le cursus secondaire. Le constat est désolant car on ne peut, en 2017, avoir une fille sur cinq qui termine l’école secondaire. Il est impératif que nos états membres s’assurent que nos filles complètent au minimum le secondaire. Ce n’est qu’avec des filles éduquées que nous aurons un développement durable. Tous les pays membres ont ratifié l’Agenda 2063 qui est la vision de l’Afrique dans 50 ans, ils ont ratifié aussi les objectifs du développement durable. Mais au niveau des actions: rien!  C’est le rôle de UA/CIEFFA de conscientiser les décideurs et de plaider pour que nos filles ne s’arrêtent pas au primaire.

Comment expliquez-vous cette situation?
Le plus gros problème c’est le mariage précoce. Les filles quittent l’école à l’âge de 10-12 ans pour se marier. Les raisons sont multiples : culturelle, familiale, économique...  C’est grave, surtout dans les pays où des lois, à cet effet existent, mais ne sont pas mises en application.  Du coup, vous avez une fille mariée ou enceinte qui ne va plus à l’école. Et très souvent, l’école même ne la reprend pas. Il faut donc avoir des lois renforcées permettant à la jeune maman de retourner à l’école après sa grossesse et son accouchement.

Pourquoi est-ce si important que les filles restent à l’école le plus longtemps possible?
La femme a un rôle primordial dans le développement de son pays. Nous n’avons pas assez de femmes dans les positions de leadership. Au niveau universitaire, combien de femmes chancelières avons-nous? Combien de femmes grand chef d’entreprise compte l’Afrique? Tout est une question de mentalité, de culture mais surtout d’éducation. Je vous donne un exemple simple : si vous donnez Rs 100 à une femme, elle dépensera Rs 25 pour la nourriture, Rs  25 pour la maison, Rs 25 pour les enfants et elle économisera les Rs 25 restantes.

Est-ce que l’homme fonctionne de la même manière? Non. Donc, c’est là toute l’importance de s’assurer que nos filles restent à l’école et aillent le plus loin possible dans leurs études, car elles peuvent contribuer grandement au développement socio-économique et culturel de leur pays.