Diabète : casser les habitudes tenaces des Mauriciens

Par Jean-Marie St Cyr, Sabine Lourde O commentaire
Diabète

Le combat contre le diabète passe avant tout par l’éducation et la prévention. Les campagnes y relatives devraient aller dans ce sens afin de casser les habitudes encore tenaces des Mauriciens. Resto rapide, sédentarité et fritures sont à bannir. Difficile ? Pas si tant, il suffit de changer de mode de vie et d’être sain pour soi-même, sont d’avis les professionnels.

La dernière étude sur les maladies non-transmissibles (NCD Report 2015) indiquait que 54,4 % de la population mauricienne étaient, soit obèses soit en surpoids. « Cette situation est inquiétante », selon le Chief Health Promotion Coordinator du ministère de la Santé, Sudhir Kowlessur. Des campagnes de prévention contre les maladies non-transmissibles ont pourtant lieu chaque année. Qu’est-ce qui explique cette situation ?

« Une bonne santé passe avant tout par une bonne hygiène de vie, une alimentation saine et équilibrée et la pratique régulière d’une activité physique contribue à être en bonne santé et à l’abri des maladies », souligne le Dr Veenoo Basant Rai de la Mauritius Diabetes Society. Mais les habitudes de certains Mauriciens sont encore tenaces à ce niveau-là. Nombreux sont ceux qui se ruent vers la restauration rapide ou ne pratiquent pas d’activités physiques régulièrement.

Manque d’activités physiques

Le NCD Report 2015 indique que seulement 23,7 % de la population de 25 à 74 ans faisaient des exercices physiques régulièrement. Ce n’est pourtant pas les moyens pour pratiquer de telles activités qui manquent, selon Sudhir Kowlessur. Des parcours de santé existent aux quatre coins de l’île et les centres communautaires sont dotés d’équipements pour que les gens puissent s’adonner à des exercices. Mais le temps est un facteur qui fait défaut chez de nombreux Mauriciens, déplore la nutritionniste Yoshinee Dhunnoo.

Autrefois, les gens prenaient le temps de s’assoir autour d’une table pour manger. Une époque qui semble révolue. Les développements dans le cadre de la mondialisation, ont bousculé les habitudes. Pour Yoshinee Dhunnoo, c’est cette nouvelle tendance qui favorise l’accroissement des risques. « Les gens consomment de la nourriture industrielle. Ils sont tellement occupés qu’ils n’ont pas le temps de pratiquer du sport. La consommation assidue de fast-food et une mauvaise hygiène de vie grandissent le risque du diabète, associé à l’obésité ».

Obésité

Selon le NCD Report 2015, il était estimé que 398 417 personnes âgées entre 25 et 74 ans étaient soit obèses ou en surpoids à Maurice. Ce qui représente 38,2 % d’hommes et 32,6 % de femmes en situation de surpoids et 11,9 % d’hommes et 25,6 % de femmes en situation d’obésité.

Le National Nutrition Survey 2012 pour les enfants et adolescents a révélé que 11,9 % des enfants (5 à 11 ans) étaient en surpoids et 9,9 % étaient obèses. En ce qu’il s’agit des adolescents (12 à 19 ans), 9,5 % étaient en surpoids et 8,9 % étaient obèses.

La pratique d’une activité physique régulière permet de brûler les calories, souligne le Dr Ramracheya. « En faisant des exercices, les gens vont se sentir mieux dans leur peau et leur taux de diabète va baisser et vont aussi perdre du poids et diminuer le risque de maladies cardiovasculaires », dit-il.

Facteurs environnementaux

Pour le Dr Basant Rai, les jeunes ne sont pas assez conscients des risques auxquels ils s’exposent en menant une vie sédentaire, en consommant régulièrement le fast-food, les fritures, les boissons gazeuses. Un avis que partage le Dr Iswaraj Ramracheya, consultant en endocrinologie et diabétologue exerçant dans le privé. « Il est préférable de consommer ce qu’on prépare à la maison. Il est plus facile alors de contrôler les taux de sel et de sucre. Ce qui est bon dans la bouche n’est pas forcément bon pour le corps », observe-t-il.

Nouvelles stratégies

Le consultant renchérit en disant que le diabète, étant une maladie silencieuse, les personnes ne réalisent pas vraiment qu’il peut faire de nombreux dégâts avant que les premiers symptômes de la maladie ne se manifestent. « Même quand on n’a pas de symptômes, cela ne veut pas dire qu’on est en bonne santé », dit-il. D’où, pour lui, une réorientation de l’approche des campagnes de prévention qui devraient davantage cibler les jeunes. C’est ce que note également Rani Balloo, présidente de l’organisation non-gouvernementale Diabetes Safeguard. « Les stratégies doivent changer et cibler les jeunes en particulier », dit-elle. Cela devrait être accompagné d’un meilleur suivi et encadrement.

Tabagisme

La prévalence du tabagisme est passée de 21,7 % à 19,3 % de 2015 à 2009. Ces chiffres concernent les personnes de la tranche d’âge de 25 à 74 ans. Même si l’importation du nombre de tiges de cigarette est en baisse et que des taxes supplémentaires ont été introduites pour décourager le tabagisme et l’abus d’alcool, cela est loin d’être suffisant, selon Rani Balloo. « Les gens vont sans doute diminuer leur consommation de cigarette pour un moment, mais après, ils vont certainement reprendre ces habitudes. Pourquoi ne pas bannir la cigarette et l’alcool qui font autant de mal à la société ? » se demande-t-elle. La présidente de Diabetes Safeguard préconise ainsi une approche holistique pour obtenir des résultats plus probants. « C’est la mentalité qu’il faut changer » souligne notre interlocutrice.

Changement de mentalité

Le Dr Ramracheya ajoute aussi que chaque personne qui se sait diabétique devrait aussi se fixer des objectifs à atteindre afin de minimiser les risques de complications que sont la cécité, l’insuffisance rénale, l’amputation et les maladies cardiovasculaires. Il déplore que le laps de temps pour le rendez-vous des patients à l’hôpital soit trop espacé. Pour lui, il faudrait développer un système pour que les patients puissent rencontrer plus régulièrement leur médecin afin de s’assurer que leur diabète soit bien contrôlé.

Mais le combat contre le diabète ne se fera pas sans un changement de mentalité, remarquent nos interlocuteurs. Cela n’est pas du ressort des autorités mais découle d’une démarche personnelle.


Bianca Labonté de T1 Diams : «Porter du bleu pour commémorer»

À l’occasion de la Journée mondiale du diabète, l’association T1 Diams organise une fresque murale et un lâcher de ballons le mardi 14 novembre. Une démarche de conscientisation aura aussi lieu au Lycée des Mascareignes le même jour. Un communiqué est aussi en circulation dans les entreprises pour demander aux employés de s’habiller en bleu pour commémorer cette journée. « Nous invitons également les internautes à faire de même sur leur page Facebook », demande Bianca Labonté, directrice de T1 Diams.

Rappelons que T1 Diams soutient les personnes atteintes du diabète de type 1 depuis 17 ans. « Hélas, il n’y a pas de prévention pour ce type de diabète qui est causé par une carence totale en insuline. Le nombre de personnes affectées augmente chaque année », fait-elle ressortir. L’organisation non-gouvernementale est cependant là pour soutenir les membres et leurs familles de différentes manières, que ce soit à travers l’éducation thérapeutique ou l’accompagnement psychosocial. Le plus jeune membre de T1 Diams n’a que 18 mois.

Faits et chiffres

La prévalence du diabète, qui avait augmenté de 62 % de 1987 à 2009, s’est stabilisée pour la première fois après 30 ans. Le taux de 23,6 % en 2009 est passé à 22,8 % en 2015. La prévalence de pré-diabétiques est passée de 24,2 % à 19,4 % pour la même période.

Yoshinee Dhunnoo, nutritionniste : «Les produits bio trop onéreux»

Pour les personnes atteintes de cette maladie, indique Yoshinee Dhunnoo, le contrôle de l’apport en glucides est important. « Les diabétiques se disent que les fruits sont naturels et qu’ils peuvent en consommer sans modération. Mais, c’est faux. Les glucides sont présents naturellement dans les fruits. Il est donc nécessaire d’avoir un contrôle. Par exemple, une personne atteinte du diabète ne doit pas manger beaucoup de raisins, de melons d’eau, de mangues ».

Tous les aliments raffinés, notamment le pain, le riz et le sucre blanc, doivent être éliminés. L’activité physique régulière, ajoute-t-elle, permettra de combattre les facteurs qui mènent au diabète : « Les diabétiques doivent choisir les aliments qu’ils consommeront selon l’index glycémique. Ce critère de classement des aliments contenant des glucides les aidera à mieux surveiller le taux de glucose dans le sang ».

Les produits bio, riches en fibres, auraient dû être accessibles à tous. La nutritionniste juge dommage que ce type de nourritures, qui aurait permis de sauver une bonne partie de la population, coûte les yeux de la tête. « Ils sont présents sur les étals des supermarchés mais il est toutefois dommage qu’ils se retrouvent uniquement dans le panier des personnes aisées. Par manque de moyens, d’autres catégories de gens sont contraintes d’acheter des produits qui contiennent du sucre ajouté ».


Gyaneshwarsing Guddoye, médecin ayurvédique : «Haro sur le manque de dévouement»

Manger intelligent est un terme qu’on entend souvent. Le mettre en pratique reste cependant une tâche difficile. Compliqué, certes, mais pas impossible, dit Gyaneshwarsing Guddoye, naturopathe et médecin ayurvédique. Pour y mettre du sien, ajoute-t-il, cela nécessite de la volonté : « Ce sentiment s’activera quand les gens se rendront compte qu’il y a une gangrène qui les ronge de l’intérieur. Il sera alors trop tard. Il est donc important que la population sorte de sa bulle et réalise enfin qu’il est temps d’agir ». Le yoga et les médecines ayurvédiques sont là pour les aider à prévenir et combattre le diabète, affirme-t-il.

Comment s’y prendre ? « Pour les personnes déjà infectées par la maladie, nous les aidons à stabiliser leur niveau de sucre dans le sang avec des médicaments à base de plantes et à contrôler leurs nourritures ». Le spécialiste précise qu’il est nécessaire que le patient surveille tout ce qu’il consomme et de pratiquer des postures du yoga qui touchent différentes parties du corps : « Ces exercices doivent bien évidemment être pratiqués régulièrement pour obtenir des résultats. Le yoga permettra aussi au patient de se sentir mieux et d’avoir un style de vie sain ».
Mieux vaut prévenir que guérir, dit l’adage. Selon le Dr Gyaneshwarsing Guddoye, les Mauriciens auraient dû prendre conscience de l’importance de cette expression. « Il est triste que les personnes ont des idées préconçues du diabète », estime-t-il.
Il cite en exemple que certains parents qui sont atteints du diabète se disent que leurs enfants auront et mourront de la même maladie. De ce fait, aucune mesure de prévention n’est observée alors que la prévention est possible à travers le yoga et la médecine ayurvédique. Pour obtenir des résultats positifs, cela requiert volonté et discipline, dit-il. « Les techniques de purification permettront à la personne de nettoyer son corps et son esprit. La pratique des postures contribuera à garder le corps en bonne santé. Le plus important reste la volonté d’un travail continu pour une vie saine ».