Dharam Gokhool : «Demander à Ramgoolam de ‘lev pake ale’ serait mortel pour le PTr»

Par Jean Claude Dedans O commentaire
Dharam Gokhool

Quand les casseroles commençaient à faire du bruit et du mal au Parti Travailliste, le départ de son leader semblait être l’unique remède. Toutefois, les données ont changé. Aujourd’hui, sans la présence de Navin Ramgoolam, les rouges ne pourraient survivre. C’est l’avis de Dharam Gokhool, observateur politique.

Quelle importance accorder à la partielle qui se joue ce dimanche ?
Quand Roshi Bhadain a démissionné, je me suis demandé à quoi servirait une partielle ? Avec du recul, je réalise qu’elle est importante. Et, cela pour plusieurs raisons. D’abord, la population n’a plus confiance dans la classe politique. Il y a un manque de crédibilité. Ce scrutin est l’occasion pour les électeurs du no 18 de s’exprimer. Est-ce que le taux de participation traduira ce ras-le-bol ? Attendons voir. Mais la partielle à Belle-Rose/Quatre-Bornes demeure un exercice salutaire.

Quid de l’abstention qui est la hantise des partis politiques ?
Je prévois un taux d’abstention oscillant entre 15 et 20 %. La circonscription no 18 est représentative de Maurice de même que la brochette de candidats. Cependant, le jour du vote, plusieurs scénarios sont possibles. Soit les électeurs sortent et votent autrement, délaissant les partis traditionnels. Cela serait un message clair pour ces formations. Soit l’électorat plébicite le candidat d’un des quatre partis représentés à l’Assemblée nationale, envoyant ainsi un signal fort au gouvernement pour des législatives anticipées. Soit ils restent à la maison en se disant que voter ne sert à rien.

Si Arvin Boolell passe la rampe, serait-ce un Labour Revival ?
Il y a un phénomène au PTr, sa base électorale est comme l’eau qui dort, mais quand elle sort pour voter, elle donne une claque. Je constate que les die hard rouges sont revenus à lacaz mama.

Pourtant, ils sont beaucoup à demander à Navin Ramgoolam de « lev pake ale »...
Quand ont éclaté les affaires  impliquant son leader – coffres-forts, Betamax, Soornack – le PTr s’est retrouvé dans une situation très difficile. Pour le bien du parti, Navin Ramgoolam aurait dû prendre sa retraite politique. Il aurait dû laisser le leadership à Arvin Boolell. Cepedant, force est de constater que, malgré les casseroles, Navin Ramgoolam conserve son rayonnement au sein du PTr. Demander, aujourd’hui, à Navin Ramgoolam de lev pake ale n’aidera en rien son parti. Ce serait damaging, voire mortel pour le PTr.

Navin Ramgoolam ne serait-il pas un boulet pour Arvin Boolell à cette partielle ?
Si le PTr avait aligné un autre candidat, un nouveau par exemple, est-ce qu’il aurait pu défendre les casseroles de Navin Ramgoolam ? Ce candidat-là aurait été sur la défensive. Toutefois, je constate que le PTr n’a pas véritablement eu de campaign committee pour cette partielle qui aurait pu moduler la présence de Navin Ramgoolam sur le terrain. Le leader rouge a fait preuve d’une certaine maladresse quand il a dit que sans lui, Arvin Boolell ne serait pas élu.

Des observateurs politiques avancent que Navin Ramgoolam a aligné Arvin Boolell à la partielle pour le ramener à une juste proportion. Est-ce le cas ?
Sans faire les éloges de Navin Ramgoolam, je l’ai vu opérer comme un Chief Executive Officer (CEO). Malheureusement, ses faiblesses prennent le pas sur ses qualités. Je souhaite que sa traversée du désert aura servi à ce qu’il inverse cette tendance.

En ce dimanche, les électeurs du no 18 se rendent aux urnes. L’absence du MSM change-t-elle la donne ?
Pravind Jugnauth a dit que ce siège n’était pas au MSM. Or, c’est faux. Le MSM n’a pas respecté le jeu démocratique. Si ce parti était présent, cela aurait équilibré la campagne et cette élection. Je tiens a salué les radios privées et la télé sur le Net qui ont donné une leçon à la MBC propagandiste.

Le Primary School Achievement Certificate (PSAC) est critiqué, mais la ministre de l’Éducation affirme que c’est une très bonne formule. Votre avis ?
Le Certificate of Primary Education (CPE) avait ses faiblesses, mais le PSAC n’est pas une avancée. Les efforts de l’enfant doivent être récompensés. Pour décrocher un Grade 1, il faut obtenir entre 75 et 100 points. Est-ce logique de mettre au même rang un enfant qui a eu 90 points et un autre avec 75 points ?

Donc, il y a Grade 1 et Grade 1, un genre de ranking déguisé avec le système de Four Best pour déterminer le choix des collèges fait par le MES ?
Quand j’étais ministre de l’Éducation, il y avait le A et le A+. C’était compétitif je l’avoue. Le ranking existe toujours, mais la ministre ne le dit pas, il y a une différence entre Grade 1 et Grade 1 en termes de points. Pour ce qui est des best four subjects, prenons cet exemple : l’enfant X a quatre Grades 1 et deux Grades 3. L’enfant Y a 6 Grades 1. Les notes cumulées des best four subjects de l’élève X peuvent être meilleures que celles de l’écolier Y. X aura alors la priorité en termes de choix du collège si par exemple ils sont tous deux dans le même catchment area. Maintenant, si un parent estime que son enfant a été lésé, il peut toujours loger une contestation en Cour. Le Mauritius Examinations Syndicate (MES) aura l’obligation de dévoiler les points de cet enfant et quels sont les best four subjects qui ont été retenus.

Venons-en au Tertiary Education Bill. L’avis de l’ex-ministre de l’Éducation que vous êtes ?
Être enseignante ne veut pas dire saisir la complexité du secteur éducatif. La ministre semble ne pas comprendre les recommandations de l’Unesco. L’agenda 2030 stipule que tout système éducatif est basé sur l’early childhood et prône la quality education pour tous. Quand l’enfant n’a pas la base des numeracy, litteracy and e-litteracy skills, son avenir est compromis.
On a seulement changé l’appellation de l’Education Act datant de 1957. Le Tertiary Education Bill propose une approche fragmentée.