Devises : la roupie gagne 3,4% face au dollar américain

By Kamlesh Bhuckory O commentaire
Roupie

Principale devise étrangère dans l’économie mauricienne, le dollar américain est en baisse continue. Notre performance locale n’a rien à voir avec ce gain pour la roupie. Mais qu’avons-nous à gagner de cette situation ?

La roupie s’est appréciée de 3,4 % sur les six derniers mois. Dans les faits, en se basant sur les données de la Banque de Maurice, pour transférer un dollar à l’étranger, il faut débourser Rs 35,57. A mi-décembre 2016, il fallait casquer Rs 36,84 par dollar.

« Le taux naturel du dollar vis-à-vis de la roupie mauricienne est un sujet à la fois sensible et diversement commenté. La valeur d’une devise est bien évidemment déterminée par la demande et l’offre mais aussi par le niveau des taux d’intérêts entre les deux pays et l’espérance des taux d’inflation », fait ressortir Davin Appanah, head of quantitative research chez Bean Tree Capital.

Et d’ajouter : « On note une dépréciation de la valeur du dollar depuis janvier. C’est donc une tendance générale. Elle est à la baisse et elle est due à des chiffres décevants de l’économie américaine, ce qui génère une hésitation sur l’anticipation d’une remontée des taux directeurs de la Réserve fédérale. D’ailleurs, la probabilité d’une hausse des taux a sensiblement baissé.  La vigueur de l’économie mauricienne n’est en aucun cas un paramètre explicatif de cette tendance, car la croissance mauricienne est bloquée à 3,7 % et la productivité est moyenne. »

Abondance du dollar

En sus des facteurs externes, Maurice connaît également des flux entrants en dollars dans les services financiers. Ce faisant, on assiste à une abondance du dollar américain sur le marché. Elle contribue à l’appréciation de la roupie qui ne reflète pas les réalités économiques du pays. Afin de ralentir cette appréciation, la Banque de Maurice intervient sur le marché des devises. Durant la semaine écoulée, la Banque centrale a épongé 25 millions de dollars du circuit.

Maurice est un importateur net de produits pétroliers et alimentaires. Le pays est également un exportateur. Que ce soit dans les factures d’importations ou les revenus de l’étranger, le dollar s’octroie la part du lion. Dans son premier bulletin sur le commerce externe au premier trimestre (janvier à mars 2017), 66 % des importations ont été payées en dollars (Rs 27,2 milliards). Et 52 % des exportations ont été achetées en dollars (Rs 9,1 milliards).

« Pour Maurice, les avantages d’une roupie forte se limitent essentiellement à nos importations libellées en dollar car on pourra acheter plus de dollars avec moins de roupies. Donc, les prix des matières premières et d’autres produits achetés en dollars, seront favorisés. L’inflation peut elle aussi être contenue. Pour les producteurs locaux, en revanche, les produits locaux seront plus chers à la vente au détail, sachant que les exportations mauriciennes sont très élastiques aux prix », affirme Davin Appanah.

« Sachant que le déficit courant (qui est financée par de la dette) que Maurice connaît est chronique, une appréciation de la roupie n’est guère un avantage, même si les défis économiques se trouvent surtout dans la transformation de sa machine de production. »


Billet vert, devise de référence

Qu’est-ce qui explique l’importance du dollar dans les sphères de la finance? Takesh Luckho, économiste et chercheur chez KMDL Consults Limited, met l’accent sur le poids du billet vert dans le commerce et les réserves du pays.

« Afin de mieux comprendre cette importance, il faut remonter à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les grands pays se rencontrent et ratifient l’accord de Bretton Woods (à l’exception de la Russie) qui font du dollar et de l’or, des valeurs de référence. Le système sera un échec. Mais les pays continueront à constituer des réserves en dollars. C’est la principale devise utilisée dans les échanges commerciaux entre les pays et blocs. Même en Europe, les transactions sont effectuées en dollars. Par la suite, le montant est converti en euros, selon le taux du jour. Pour ce qui est de Maurice, une grande partie de nos réserves internationales est constituée de placements dans des produits libellés en dollars. L’économie mauricienne est trop petite pour influer sur les cours mondiaux. Donc, nous ne pouvons que suivre la tendance. »