Développement portuaire : le projet DP World enterré

By Vel Moonien O commentaire
Port

Le comité interministériel présidé par Showkutally Soodhun a donné l’estocade à la venue de DP World à Maurice, le troisième opérateur portuaire au monde n’ayant pas soumis de business plan malgré l’ultimatum qui lui a été lancé il y a deux semaines.

Les chances que DP World pose ses valises à Port-Louis sont désormais nulles. Le troisième opérateur portuaire au monde devait reprendre les activités de la Cargo Handling Corporation Ltd (CHCL) dans le port. Mais à mardi, rien de « concret » n’avait été versé « par écrit » au dossier malgré l’ultimatum lancé par le gouvernement.

Ainsi, le comité interministériel présidé mardi par le n°3 du gouvernement, Showkutally Soodhun, a décidé de faire une croix sur la venue des Dubaïotes dans l’île. Le projet de DP World consistait à optimiser la rade mauricienne tout en boostant les performances de la CHCL pour un investissement total de USD 23,5 milliards.

C’est la deuxième fois que le comité interministériel chargé de la gestion du dossier se réunissait dans le sillage de la démission du Parti mauricien social-démocrate (PMSD) de l’Alliance Lepep le mois dernier, ce dossier ayant été piloté par l’ex-Premier ministre adjoint, Xavier-Luc Duval. Lors d’une première réunion il y a 15 jours, soit le mardi 27 décembre, Showkutally Soodhun avait lancé un ultimatum à DP World pour finaliser son business plan au plus tard le mardi 10 janvier. La multinationale, qui gère 77 terminaux dans 40 pays, avait déjà été invitée à soumettre un plan directeur remanié depuis juillet dernier.

La décision de ne plus aller de l’avant avec DP World a aussi été motivée par une présentation du cabinet de conseil BDO, consultant du gouvernement auprès de la Mauritius Ports Authority (MPA). BDO a fait ressortir que les exigences de DP World vont à l’encontre des intérêts nationaux. Notamment sa demande de contrôler la CHCL pendant 30 ans tout en nommant son directeur général et le président du conseil d’administration, bien qu’elle aurait été un actionnaire minoritaire détenant 40 % du capital.

Les revendications de la firme dubaïote pour une location-bail de 99 ans pour une roupie symbolique sur les 325 arpents de la zone de Jin-Fei s’étendant entre Mer-Rouge et Riche-Terre posent également problème. DP World a réclamé la construction d’un accès direct entre Jin-Fei et le port pour faciliter le transport du fret. Or, elle pourrait revendre ces terres sans que le gouvernement ait son mot à dire. La multinationale a bien promis de financer un brise-lame (breakwater) à l’entrée de la rade, ce qui allait permettre aux bateaux de mouiller en période cyclonique, ainsi que la construction d’un island terminal dédié au transbordement ainsi que des facilités pour le bunkering.

Investisseurs indiens

« Tout ceci est bien beau. Nous, au gouvernement, avions toujours cru que le projet de DP World était en bonne voie. Or, tel n’est malheureusement pas le cas. Aucune donnée ne figure dans le dossier », confie une source proche du comité interministériel. Le comité a aussi appris que d’autres investisseurs lorgnent Jin-Fei et que pas moins de 13 sociétés mauriciennes sont disposées à mettre en chantier des projets totalisant Rs 3,5 milliards.

Comparativement, DP World n’entendait débourser qu’une somme initiale de Rs 700 millions pour développer cette zone. DP World hors jeu, des investisseurs indiens pourraient être sollicités pour développer le port, selon nos sources. Surtout après le don de USD 200 millions par New Delhi pour la construction d’une jetée à Albion. À l’hôtel du gouvernement, l’on ne cache pas non plus que la compagnie maritime internationale Mediterranean Shipping Company est désireuse d’augmenter son volume de transbordement à Port-Louis, plus particulièrement depuis que la concurrence dispose d’un pied à terre à Port Réunion.