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Denis Ducasse : à 59 ans, il retourne à l’université pour comprendre la justice

Par Kursley Thanay
Publié le: 21 June 2026 à 19:30
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Denis Ducasse a relevé des failles dans le sytème de justice qui le rendent parfois inaccessible.

Denis Ducasse troque sa retraite pour les bancs de la faculté de droit. Son objectif : décoder la justice pour guider les citoyens laissés-pour-compte.

Dans les amphithéâtres de l’Open University of Mauritius, Denis Ducasse ne passe pas inaperçu. À 59 ans, cet ancien cadre du secteur privé a repris le chemin des études aux côtés d’étudiants qui pourraient parfois être ses enfants. Après une longue carrière dans la vente, le marketing et l’entrepreneuriat, il s’est lancé un nouveau défi : comprendre le droit mauricien et le fonctionnement du système judiciaire.

Titulaire d’un Bachelor of Commerce obtenu en Afrique du Sud, il poursuit actuellement un LLB (Hons). Un choix surprenant pour certains, à un âge où beaucoup profitent de leur retraite. Pourtant, pour Denis Ducasse, cette décision répond à une démarche bien précise.

Père de famille, actuellement séparé, il a occupé plusieurs postes à responsabilité au cours de sa carrière, notamment comme directeur des ventes et du marketing, avant de prendre sa retraite en 2019. Depuis 2023, il consacre également une partie de son temps à l’action sociale à travers l’association Pay It Forward, qui vient en aide aux personnes démunies. C’est dans ce cadre qu’il découvre une réalité qui va profondément le marquer.

L’un des premiers dossiers auxquels il est confronté concerne une personne séparée de son épouse depuis 17 ans et souhaitant obtenir le divorce. Selon Denis Ducasse, malgré de nombreuses démarches, cette personne attendait depuis près de deux ans sans parvenir à faire avancer sa situation. « C’est à partir de ce moment-là que j’ai voulu mieux comprendre le système judiciaire », explique-t-il.

Cette situation agit comme un déclic. Au fil de son engagement associatif, il est régulièrement confronté à des personnes qui peinent à comprendre les procédures ou à faire valoir leurs droits. Plus les questions s’accumulent, plus il ressent le besoin d’aller chercher lui-même les réponses.

Les mécanismes du droit

C’est ce qui va l’amener à reprendre des études universitaires en 2025. Une décision mûrement réfléchie, mais qui surprend parfois son entourage. Lui insiste toutefois sur un point : « Mon objectif n’a jamais été de devenir avocat. » À ses yeux, comprendre les mécanismes du droit constitue avant tout un moyen d’aider les personnes vulnérables qu’il rencontre dans le cadre de son engagement associatif.

Ses interrogations ne sont pas uniquement théoriques. En 2025, plusieurs années après sa séparation, Denis Ducasse décide lui-même d’entreprendre une procédure de divorce. Cette démarche, dit-il, répond à un double objectif : régler sa propre situation personnelle tout en comprenant concrètement le fonctionnement du système judiciaire.

Après avoir étudié la législation pertinente, il tente de déposer personnellement une pétition devant la division familiale de la Cour suprême. Une expérience qui, selon lui, soulève de nombreuses interrogations. « Il y a toujours un flou total. Le Master and Registrar ainsi que la Cheffe juge sont restés inaccessibles à mes démarches », affirme Denis Ducasse.

Il explique avoir adressé plusieurs correspondances afin d’obtenir des éclaircissements sur les procédures applicables ainsi que sur la possibilité, pour un citoyen, de se représenter lui-même devant la justice. Cette expérience nourrit sa réflexion sur la place accordée aux justiciables non représentés et sur les obstacles auxquels ils peuvent être confrontés lorsqu’ils tentent de naviguer seuls dans un univers régi par des règles souvent complexes.

Le « missing middle »

Au fil de ses recherches universitaires et de ses observations sur le terrain, Denis Ducasse s’intéresse particulièrement à une catégorie de citoyens qu’il qualifie de « missing middle ». Selon lui, certaines personnes se retrouvent dans une zone grise : elles ne sont ni assez pauvres pour bénéficier facilement de l’assistance judiciaire ni suffisamment aisées pour assumer les coûts d’un avocat et d’un avoué. 

« Les honoraires demandés par les nouveaux avoués et avocats sont souvent très élevés lorsqu’on les compare aux montants que les tribunaux autorisent comme remboursement des frais judiciaires », ajoute-t-il.

Cependant, les difficultés rencontrées par ces citoyens ne se limitent pas à la question financière. « On ne leur accorde pas toujours le respect auquel elles ont droit ni la patience dont elles ont besoin. Pour elles, le monde judiciaire est un univers complexe et souvent intimidant », dit Denis Ducasse en parlant des personnes qui se représentent elles-mêmes. 

Dans le cadre de son projet de recherche consacré à l’accès à la justice, il multiplie les lectures, les analyses et les échanges. Certaines découvertes renforcent ses préoccupations. « J’ai constaté que l’administration judiciaire ne fait pas toujours tout ce qui est nécessaire pour améliorer l’accès à une justice équitable pour tous. »

Avec le temps, son regard sur l’institution évolue toutefois. « J’ai parfois l’impression que le système est un mur contre lequel certaines personnes se heurtent sans véritable possibilité de trouver une solution, surtout lorsqu’elles se situent au bas de l’échelle sociale », confie Denis Ducasse.

Pour autant, il ne remet pas en cause l’ensemble du système. Au contraire, il estime aujourd’hui mieux comprendre le fonctionnement de la justice mauricienne et considère que de nombreux jugements lui paraissent justes. Ses critiques visent davantage certains aspects administratifs et procéduraux qui, selon lui, compliquent inutilement les démarches des citoyens et rendent l’accès à la justice plus difficile pour les personnes les plus vulnérables.

À travers ses études, Denis Ducasse espère désormais contribuer à un débat plus large sur l’accès à la justice à Maurice. « J’espère que le système judiciaire entendra ces préoccupations et accomplira pleinement sa mission : rendre la justice à tous, dans l’égalité, et non à un cercle restreint de personnes. »

S’il avait l’occasion de s’adresser directement aux autorités judiciaires, son message serait sans détour : « Écoutez également les plus démunis afin de garantir une justice véritablement équitable pour tous, conformément aux principes de notre Constitution. » Une façon, conclut-il, de donner une voix à ceux qui peinent à se faire entendre.

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