Cybercriminalité : la vengeance des ex

Par DEFIMEDIA.INFO . O commentaire
Cybercriminalité - sextorsion

Photos osées, vidéos indécentes sur Facebook et sur le Net... Quand les femmes sont les cibles des règlements de comptes d’amants éconduits.

L’amour rend aveugle, affirme le dicton. Il incite aussi à commettre des actes qu’on risque de regretter amèrement par la suite. Depuis janvier, la Cybercrime Unit de la police a enregistré une cinquantaine de cas liés à des règlements de compte. D’ex-petits amis font circuler des photos et des vidéos osées ou indécentes sur le Net pour se venger.
Les faits alimentent régulièrement la rubrique Faits divers des journaux. À force d’en voir, on finit par les banaliser.

Si ce genre de photos ou vidéos osées postées sur Facebook, à travers de faux comptes, amusent les spectateurs, il n’en va pas de même pour les victimes concernées et leurs familles. Il n’y a pas lieu non plus de s’en réjouir au regard de la loi. De tels actes sont punissables, et très sévèrement, eu égard aux préjudices qu’ils causent à la réputation et à l’honneur des victimes.

Le dernier cas, en début de semaine, concerne Sharmine, coiffeuse de 28 ans. Elle s’est suicidée à Cassis, le 14 mars 2017, après que son ex-amant, qui la harcelait, a posté des photos et des vidéos d’elle sur Facebook en décembre dernier. Shazia, sa mère, estime que le responsable de la mort de sa fille est un certain Axel, l’ex-amant de la jeune femme.

« Ma fille, qui vivait séparée de son époux, avait rencontré Axel lors d’un mariage l’an dernier. Elle avait tenu secrète sa liaison amoureuse avec cet homme. Elle vivait parfois chez nous, parfois dans la maison qu’elle louait à Cassis et qu’elle avait convertie en salon de coiffure. Axel avait l’habitude de passer du temps avec elle », explique Shazia.

Très vite, cependant, les parents de Sharmine comprennent que leur fille est victime de maltraitance et de violence de la part de son amant. Elle portera plainte à plusieurs reprises pour violence domestique. « Elle se faisait agresser pour un oui pour un non. Mo finn dir li kit sa boug la. Lan pase, li finn bat li dan enn taxi kot Champ-de-Mars, divan so ti zanfan. Elle a porté plainte à la police », confie la mère.

Menaces

Décembre 2016. Sharmine décide de se réconcilier avec son époux et veut mettre fin à sa liaison avec Axel. Ce dernier ne digère pas cette rupture et menace la jeune femme. « Li dir li ‘Si to kit mwa mo pu piblie to bann foto e video oze partou’. Mo tifi ti pe per. En décembre, Axel a mis sa menace à exécution et a envoyé les photos osées de ma fille à son époux », raconte la maman. Par la suite, une série de photos et de vidéos seront postés sur Facebook sous deux faux comptes.

Shazia accompagnera sa fille pour porter plainte à la Cybercrime Unit de la police. « Celle-ci prendra des actions rapidement et fera retirer les photos et vidéos en question du réseau Facebook », explique la mère.

« Depuis ce scandale, l’époux de ma fille a pris ses distances de Sharmine. Quand son amant a continué à la voir, nous avons pensé qu’elle subissait le chantage d’Axel, qui était peut-être en possession d’autres photos et vidéos. Sharmine a continué à le voir, de peur qu’il ne les publie sur le Net. Mercredi, vers 9 heures, sa sœur aînée a fait la découverte macabre : ma fille avait mis fin à ses jours en se pendant à l’aide d’un rideau accroché dans son salon de coiffure. Nous estimons qu’il y a foul play dans cette affaire. Elle avait un genou sur une chaise, l’un de ses pieds touchait le sol. Comment peut-on se pendre dans une telle position ? Un témoin affirme avoir vu Sharmine dans la rue à 8 h 30. Nous souhaitons que la Major Crimes Investigation Team ouvre une enquête », exhorte Shazia.

«Actrice film indien»

Hansha (prénom fictif), 17 ans, fait le récit de cet événement qui lui pourrit la vie depuis des années. « Des proches et des ‘amies’ m’ont confié avoir vu circuler des photos embarrassantes de moi. Je ne sais plus où donner de la tête. Alors que toute collégienne de mon âge se concentre sur sa dernière année de Higher School Certificate, moi je dois me battre pour défendre ma réputation et laver mon honneur souillé par un malappris. »

« J’ai été d’une grande stupidité. Je ne sais ce qu’il m’a pris de laisser Kevin (prénom fictif) faire ces photos de moi en petite tenue », regrette-t-elle amèrement.

« C’est par vengeance que mon ex-copain a montré ces photos à mes copines de classe et à des cousins. Nous sortions ensemble depuis deux ans. J’ai décidé de rompre pour me concentrer sur mes études. Il est devenu furieux et a refusé de me parler par la suite. »

Hansha se rend vite compte qu’elle est devenue le dindon d’une vilaine farce auprès de ses camarades de classe, puis de tout le collège. « Elles m’appelaient ‘actrice film indien’. Je n’ai pas compris ces allusions, jusqu’à ce qu’un cousin me dise que Kevin lui avait montré des photos prises de moi l’an dernier. Il a menacé de les montrer à tous mes amis et à ma famille. » L’adolescente portera plainte à la police.

Ces deux témoignages sont comme deux gouttes d’eau dans l’océan. À Maurice, les sextapes et photos indécentes postées par pure vengeance ou pour se vanter de son exploit sont courantes sur les réseaux sociaux. Le plus souvent, ce sont des femmes ou des jeunes filles naïves qui en sont les victimes, prises au piège d’un ex-amant éconduit.

La Cybercrime Unit exhorte la gent féminine à ne pas se laisser filmer ou prendre en photo dans des positions osées par le conjoint, pour éviter toute conséquence indésirée par la suite.

La police invite les victimes attaquées sur Facebook avec de faux comptes à contacter la Computer Emergency Response Team, rue La Poudrière à Port-Louis, pour réclamer le retrait de ces photos et la fermeture de ces faux comptes.

Ce que dit la loi

L’article 46 de l’ICT (Information and Communication Technologies) Act 2001 dresse une liste d’infractions commises au moyen des outils modernes de communications : portables, PC... via Internet. Extrait :

* « Any person who…
(g) knowingly ends, transmits or causes to be transmitted a false or fraudulent message;
(h) uses an information and communication service, including telecommunication service,
(i) for the transmission or reception of a message which is grossly offensive, or of an indecent, obscene or menacing character; or
(ii) for the purpose of causing annoyance, inconvenience or needless anxiety to any person;
(iii) for the transmission of a message which is of a nature likely to endanger or compromise State defence, public safety or public order… shall commit an offence ».
L’article 47 de ladite loi prévoit, sur preuve de culpabilité, une amende allant jusqu’à un million de roupies et une peine de prison allant jusqu’à cinq ans. La sentence relève de la discrétion du magistrat et dépendra d’un certain nombre de facteurs établis durant le procès.
Donc, toute personne qui se livre à la diffusion de messages ou d’images via son portable dans l’intention de nuire et d’atteindre à la réputation d’autrui s’expose à des poursuites au pénal. Le fait que l’on ait 17 ans et que tout soit parti d’un « petit jeu anodin » au départ n’y change rien. Le délit est constitué.