Consommation : vers l’importation des légumes

Par Adila Mohit-Saroar O commentaire
Consommation

Plusieurs cultures ont été abîmées à la suite des averses. Pénurie de certains légumes sur le marché ou encore les prix qui font sourciller les consommateurs, les différents acteurs concernés préconisent l’importation de légumes pour pallier ce manque. Alors que certains consommateurs se tournent vers les légumes surgelés ou en conserve.

Cap sur le bazar de Port-Louis. En ce vendredi, contrairement aux autres jours, les étals manquent de couleurs. Et les prix des quelques légumes disponibles ont connu une hausse. Si les acheteurs sont plus prudents, les marchands commencent à désespérer.

Viraj Teelwah, qui vend des légumes, ne manque pas d’attirer l’attention sur le fait que le mauvais temps a été néfaste à la production et que la pénurie se fait sentir. « Ce sont surtout les salades, les fines herbes et les légumes fragiles, comme le chou-fleur, qui ont été affectés. Les autres, on arrive difficilement à les conserver. Ce qui représente un manque à gagner », affirme-t-il.

Un peu plus loin, Sheila Umanee, une vendeuse de fines herbes, ne cache pas ses craintes. Ses produits se font rares étant les plus affectés par les grosses pluies. « Avant les planteurs me livraient cinq livres par jour, mais là, je n’en reçois que deux livres. Et en sus, la qualité n’est pas bonne et ces herbes sont périssables », déplore-t-elle. Si une botte de menthe ou de coriandre se vend à Rs 15, Sheila Umanee a choisi de diminuer la quantité mais de garder les prix à Rs 10 pour que l’effet de la hausse ne se ressente pas dans le panier de la ménagère.

À partir de la semaine prochaine, les légumes vont se faire encore plus rares. C’est ce que pense Irfan Peerally. Ce marchand de légumes soutient que la demande augmentera avec le carême dans les jours à venir. « On jette le blâme sur les marchands, disant que nous profitons de la situation. Ce n’est pas vrai. Nous achetons à l’encan et là-bas, les prix affichent une hausse », explique Irfan Peerally.

L’incertitude gagne du terrain. Gérard, un autre marchand, dit espérer que le temps va s’améliorer. Ce qui serait favorable à la production. « S’il continue à pleuvoir, nous allons bientôt nous retrouver au chômage », se désole notre interlocuteur. Face à cette situation, il tire la sonnette d’alarme sur un autre problème. La cherté des légumes occasionne les vols, dit-il. « Nous laissons nos produits au marché et c’est dommage que des individus n’hésitent pas à nous voler. Ils ne réalisent pas que c’est cela notre gagne-pain ».

Même si les légumes sont chers, voire hors de portée de certains, des consommateurs n’ont d’autre choix que d’acheter ceux qui sont disponibles même si la qualité laisse à désirer. Clifford Sewpaul souligne que cela pèse lourd sur son budget. « Avant je dépensais Rs 200 par semaine pour l’achat de légumes, là, j’ai dû revoir cette somme à la hausse. Ce n’est pas évident », dit-il.

Même son de cloche chez Mirella Marie. Toutefois, elle dit ne pas avoir le choix. « Je suis végétarienne. Je suis obligée d’acheter malgré les prix », indique notre interlocutrice. D’ailleurs, face à la cherté et la mauvaise qualité des légumes sur le marché, de nombreux consommateurs se tournent vers des alternatives.

Les marchands conseillent au public de ne pas acheter de légumes en grande quantité, car ils ne vont pas tenir longtemps. Selon eux, mieux vaut en acheter au jour le jour afin d’être certain que la qualité est bonne.

Mercuriale

Fines herbes Rs 15/botte
Laitue Rs 30/pièce
Carotte Rs 50/kilo
Giraumon Rs 36/kilo
Chou Rs 40-50/pièce
Chouchou Rs 60/kilo
Chou-fleur Rs 40-50/pièce
Brèdes Rs 60/kilo
Concombre Rs 30-35/pièce
Bringelle Rs 60/kilo
Pomme d’amour Rs 80-90/kilo
Lalo Rs 160/kilo

Rapport soumis au ministère

Le ministère de l’Agro-industrie n’a pas tardé à réagir. Une réunion s’est tenue vendredi dernier pour évaluer l’ampleur des dégâts aux cultures. Les techniciens du Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI) ont établi un constat de la situation dans les plantations. Et un rapport a été soumis au ministère de tutelle. Maurice a opté pour l’importation pour compenser la pénurie de certains légumes.

Selon le rapport, 40 à 50 % des cultures ont subi des dégâts. Comme l’a annoncé le ministre Mahen Seeruttun, le pays aura recours à l’importation de légumes auprès de l’Afrique du Sud. Carotte, chou et haricots sont concernés, surtout à l’approche de certaines fêtes religieuses où la demande augmentera. « Ce sont principalement des herbes fines, des légumes filants, les choux et les carottes qui ont été affectés. Nous aurons des légumes pour encore quelque temps, car la récolte se fait dans certaines régions. Le manque ne sera pas immédiat », explique le ministre.

Mahen Seeruttun soutient de plus que son ministère viendra avec des propositions pour aider les planteurs. Les techniciens du FAREI présenteront un plan d’aide pour soutenir les planteurs. « Il faut identifier les régions où les cultures ont été affectées. Au sein du Small Farmers Welfare Fund, il y a déjà un plan d’assurance en place mais tous les planteurs ne sont pas concernés. Ce sera une aide pour ceux qui sont éligibles. Le gouvernement proposera des mesures comme la distribution de semences, de fertilisants et de compost. »

D’autre part, le ministre affirme que des conseils techniques seront aussi prodigués afin que l’eau accumulée dans les plantations soit évacuée. Selon Mahen Seeruttun, il est important d’enlever les légumes et fruits abîmés pour qu’il n’y ait pas de prolifération de maladies. De ce fait, le ministère de l’Agro-industrie présentera des mesures pour permettre aux planteurs affectés de reprendre leurs activités.


Avion versus bateau

Les légumes importés sont deux, voire trois fois plus chers que les produits locaux. Raison : il faut inclure les coûts du fret et du stockage, sans compter les fluctuations du taux de change. Il est, toutefois, impérieux de préciser que les produits transportés par voie maritime sont vendus à des prix plus abordables que ceux transportés par avion. Pour le fret, il faut débourser Rs 10 à Rs 12 le kilo par bateau, alors que par avion, il faut compter Rs 50 à Rs 60 le kilo. Cela prend quelque 25 jours avant que les produits n’arrivent à Maurice en bateau. Les produits proviennent principalement d’Afrique du Sud ou d’Égypte.


Surgelés et conserves : la solution

Pluies et baisse de production obligent, les prix de la majorité des légumes accusent une hausse. Ce qui pousse certains consommateurs à opter pour des produits alternatifs. Notamment les légumes surgelés et en conserve. « Chaque année, en cette période, quand les prix augmentent, les consommateurs préfèrent acheter des légumes surgelés ou en conserve », avance Ignace Lam, directeur d’Intermart. D’ailleurs, il précise qu’il en existe une grande variété. Petits pois, haricots, asperges, maïs, mixed vegetables, tomates, pour ne citer que ceux-là.

Le temps déterminant

Si les prix augmentent en cette période, c’est un peu en fonction de l’offre et de la demande. Tel est l’avis de Suren Surat, directeur de SKC Surat. Selon lui, la pénurie de légumes et la hausse des prix se feront sentir dans deux semaines. « De par notre expérience et aussi d’après le feed-back que nous avons reçu des 150 planteurs qui nous livrent des légumes, la pénurie s’accentuera dans deux semaines », indique Suren Surat.

Il ajoute qu’on ne trouvera presque plus de carotte, de chou, de brèdes et d’herbes fines sur le marché. Alors que la demande, elle, ne cessera d’augmenter, surtout avec le début du jeûne dans le cadre de Maha Shivaratri et du Cavadee, souligne le directeur.

Pour Suren Surat, il n’y a pas de doute qu’on va devoir se tourner vers l’importation. Il indique aussi que la situation se corsera s’il continue à pleuvoir.

Vers de nouvelles méthodes de cultivation

La situation s’est définitivement détériorée, estime Kreepalloo Sunghoon, de la Small Planters’ Association. Il précise que 50 % des plantations ont été abîmés et sont irrécupérables. Et les 50 % restantes ne fleuriront pas. « Les premiers fruits, après les récentes pluies, rapporteront dans un mois. Et les plantes qui ont survécu ne produiront pas de façon optimale », affirme notre interlocuteur. Les séquelles de ces intempéries, dit-il, c’est que les consommateurs souffriront pendant deux mois. Les légumes ne seront pas de bonne qualité et les prix seront « chauds ».

En ce qui concerne les cultures hydroponiques, entre 20 et 25 % ont été affectées. L’humidité est en grande partie fautive. Ce qui, selon Kreepalloo Sunghoon, ne suffira pas pour répondre à la demande sur le marché. Cependant, il explique qu’on ne pourra tout importer. Ces légumes en provenance d’autres pays ne seront pas à la portée de tous.

Il croit qu’il est impératif de trouver une solution, car chaque année c’est le même problème. « Il faut des discussions sérieuses avec les autorités pour relancer le secteur. C’est un fait que les planteurs ont subi des dommages. Le ministère doit venir de l’avant avec des plans avec un taux d’intérêts minime pour les aider à sortir la tête de l’eau », estime Kreepalloo Sunghoon.

Il préconise, par ailleurs, la modernisation de la méthode de production des légumes. Soit un soutien financier afin que les planteurs puissent se tourner vers les technologies modernes, notamment les serres et autres structures protégées.