Commission d’enquête sur la drogue : la connexion du jockey Hoolash avec Siddick Islam intrigue

Par Cedric Ramasawmy O commentaire
Reaz Hoolash

Des conversations échangées avec le trafiquant Siddick Islam, deux visites rendues au détenu, une maison évaluée à Rs 10 millions, des retraits bancaires jugés excessifs, l’achat d’un terrain et d’une Kia Sportage…

Autant de choses que Paul Lam Shang Leen reproche au jockey mauricien Reaz Hoolash.

Reaz Hoolash n’est pas au bout de ses tribulations. Après son arrestation en mai dernier pour une agression alléguée sur un policier, l’homme âgé de 30 ans a été interrogé pendant deux heures par la commission d’enquête sur la drogue le jeudi 12 octobre. Le jockey a été auditionné sur sa connexion avec le trafiquant de drogue Siddick Islam, condamné à 30 ans de prison.

La commission a relevé que le jeune homme a échangé des appels téléphoniques avec le prisonnier du 23 au 25 octobre 2016. Ils ont duré de neuf à 20 minutes. Cet habitant de Le Hochet, Terre-Rouge, a confié qu’il a rendu visite au détenu à deux reprises.

Paul Lam Shang Leen et ses deux assesseurs Sam Lauthan et Ravind Domun se sont intéressés aux biens de la famille Hoolash et aux retraits bancaires jugés excessifs du jockey. Reaz Hoolash a confirmé que le blanchiment d’argent existe bel et bien dans le giron hippique. « Ena dimounn aste souval me prefer res lakaz gagn kas. Souval galoupe lor enn lot nom propriyeter. »

Extrait de l’audition

Sam Lauthan (SL) : Cela fait combien d’années que vous êtes jockey ?
Reaz Hoolash (RH) : Dix ans. J’ai débuté en 2007.

SL : Vous avez écopé de combien d’amendes et de suspensions dans votre carrière ?
RH : Je ne m’en rappelle pas.

SL : Le dopage existe-t-il au Champ de Mars ?
RH : Possible que oui, possible que non…

SL : Comment se fait-il qu’un cheval remporte une victoire alors qu’il n’a pas couru pendant longtemps ou encore qu’un cheval extrêmement « outsider » domine le favori ?
RH : L’entraînement est différent. Certains chevaux sont excellents à l’entraînement. Ils s’entraînent sur le sable, mais les samedis, ils le font sur l’herbe.

SL : À quelle fréquence les chevaux subissent-ils des tests ?
RH : Cela peut être une semaine, voire deux avant le déroulement de la course.

SL : Est-il possible de doper un cheval 24 heures avant la course ?
RH : Impossible. Le box est fermé avec trois cadenas.

SL : Étiez-vous en contact avec Siddick Islam ?
RH : Oui, j’étais en contact avec lui. Je connais l’entourage de Nasera Vavra depuis mon enfance. Mo pou rakont ou zistwar-la. J’étais au supermarché lorsque j’ai vu Nasera Vavra. Elle m’avait invité à un mariage. Nous nous sommes liés d’amitié. Elle a voulu que son mari Siddick Islam me rencontre. Il a voulu des détails sur moi. Je lui ai rendu visite en prison à deux reprises.

SL : Comment vous êtes-vous présenté à la prison ?
RH : Je leur ai donné ma carte d’identité.

SL : Puis il vous a appelé le 23 octobre 2016. La conversation a duré plus de 20 minutes…
RH : Effectivement. Il m’a déjà appelé. Il prenait de mes nouvelles.

SL : Il a pris de vos nouvelles durant 20 minutes ? A-t-il parlé de courses hippiques ? Le lendemain, une conversation de 17 minutes et le 25 octobre, des appels de plus de deux minutes. Ce sont les trafiquants qui manipulent le giron hippique. Avez-vous des propriétés ?
RH : Non. J’habite toujours avec mes parents à Terre-Rouge.

Ravind Domun (RD) : Ounn rakont nou enn zistwar ?
RH : Quelle histoire ?

RD : Vous avez rencontré la femme de Siddick Islam. Vous avez organisé des sorties puis Islam vous a appelé. Quand exactement ?
RH : C’était vers août 2014. Puis depuis décembre 2015, il n’y a plus eu de sorties.

RD : Ou ti kouma enn mediater ?
RH : À aucun moment je n’ai dit que j’étais un médiateur.

RD : Ce que vous nous racontez n’a aucun sens. Vous misez sur les chevaux ?
RH : Non. Mon métier ne me le permet pas.

RD : Est-il possible de blanchir de l’argent dans le giron hippique ?
RH : C’est possible. Vous achetez un cheval, mais vous le faites courir sur un autre nom. Il se peut que le véritable propriétaire reste chez lui.

Paul Lam Shang Leen (PLSL) : Êtes-vous divorcé ?
RH : Oui.

PLSL : Drôle de coïncidence… Vous rencontrez Nasera Vavra et ses proches, puis vous divorcez.
RH : Mo fer serman ar bondie, mo divors pena nanie a fer ek sa.

PLSL : Après votre divorce, étiez-vous toujours en contact avec Siddick Islam, Vavra et les autres ?
RH : Peut-être… (répond-il de manière évasive)

PLSL : Comment ça peut-être ?
RH : Misie Paul…

PLSL : Pa apel mwa misie Paul. Mo pa kamarad ek ou ni ar personn.
RH : Okay sorry.

PLSL : Au début, vous avez dit que vous ne percevez pas beaucoup d’argent. Le 2 août 2017, Rs 17 000 ont été déposées sur votre compte.
RH : Rappelez-moi la date s’il vous plaît.

PLSL : Ou memwar kourt, hein ! Vous jouez au casino ?
RH : Oui, je tente ma chance.

PLSL : Vous devez avoir de l’argent pour jouer. Nous avons calculé qu’en mai 2014, Rs 220 000 ont été retirées de votre compte bancaire, à proximité du casino du Caudan.
RH : Ki dat ou dir mwa bourzwa ?

PLSL : Je ne vous ai pas mentionné de date, mais uniquement le mois. Des retraits qui s’élèvent à Rs 45 000, Rs 117 000 et Rs 9 000… Et en une journée, Rs 10 000 à quatre reprises. Idem pour 2015 et 2016.
RH : (silence…)

PLSL : Votre maison de Terre-Rouge, c’est votre père qui l’a achetée en 1996. L’an dernier, vous avez acheté un terrain à proximité au coût de Rs 1,4 million. Où avez-vous eu cet argent, car il n’y a aucune transaction sur votre compte ?
RH : Les membres de la famille ont contribué à l’achat de ce terrain.

PLSL : Un terrain de 100 toises acheté en août 2016 ?
RH : C’est exact.

PLSL : Vous devez nous prouver comment votre famille et vous avez trouvé cet argent.
RH : D’accord.

PLSL : Avez-vous une voiture ? Selon nos renseignements, vous vous déplacez souvent dans une Kia Sportage qui vaut Rs 750 000 ?
RH : Elle appartient à mon père.

PLSL : Vous l’avez achetée la semaine dernière ?
RH : Non, il y a deux semaines.

PLSL : Nous ne voyons aucune transaction bancaire. Vous devez nous fournir des preuves… Votre maison vaut environ Rs 10 millions.
RH : Mo pa kone ki sannla inn arpant sa pou zot me mo invit lakomision vinn gete enn zour.

PLSL : Votre appel du 23 octobre avec Siddick Islam, c’était lors d’une journée de courses hippiques. Avez-vous parlé de courses avec lui ?
RH : Cela n’avait rien à voir avec le monde hippique. Il avait des problèmes personnels avec sa femme. Siddick Islam ne s’intéresse pas aux chevaux.

PLSL : Bien sûr, il s’intéresse seulement à son argent. Êtes-vous jockey uniquement au Champ de Mars ? 
RH : Oui, uniquement au Champ de Mars.

RD : Nous avons plusieurs raisons de croire que vous êtes de connivence avec des trafiquants.
RH : Des trafiquants ? Lorsque je me suis retrouvé au milieu du conflit du couple Islam, monn komans bat karte.

Le policier Mestry interrogé sur des appels échangés avec Curly Chowrimootoo
Le policier Jean-Noël Marcelino Mestry a aussi été auditionné jeudi. La commission détient des preuves qu’une carte SIM, enregistrée à son nom, était en contact avec le trafiquant de drogue Curly Chowrimootoo, du 10 au 15 septembre 2014, à 27 reprises. Le constable a affirmé qu’il ne connaît pas ce numéro, mais il a authentifié sa signature sur le formulaire d’enregistrement de l’opérateur téléphonique.