Clown à l’hôpital : un métier sérieux

Par Rachèle Bhoyroo O commentaire
Sharon Juhl

Depuis quelque temps, les enfants en pédiatrie de l’hôpital du Nord voient défiler un clown. Nez rouge, cheveux orange et longues chaussettes, Sharon Juhl est un clown médical. Un métier qui lui tient très à cœur et qu’il espère pouvoir développer à Maurice.

Quand Sharon est dans la salle de l’hôpital, on entend les enfants qui esclaffent de rire. Sharon fait le pitre, des grimaces, chante, danse. Il y a une réelle interaction avec l’enfant, que ce soit en groupe ou individuellement.

L’hôpital n’est pas un endroit agréable, surtout pour les enfants, mais quand Sharon est là, leur réalité change. L’hôpital devient vite un endroit intéressant, accueillant et chaleureux. On peut les entendre rire et pendant un moment, ils oublient leurs petits bobos.

Sharon Juhl est clown professionnel depuis dix ans. Il est à Maurice depuis 2016 et s’est fait connaître à travers son spectacle : « Yool Show ». Il a eu une carrière remplie avec beaucoup de spectacles et de festivals à son compte. Pour la petite histoire, c’est sa grand-mère qui lui a donné le nom de clown « Yool ». Au début, Sharon voulait être un jongleur.

« Je suis plutôt doué, mais les jongleurs ont moins d’interactions avec le public contrairement au clown », dit-il.

Depuis cinq ans, Sharon Juhl s’est spécialisé dans le clown médical en Israël avec le Dream Doctor Project où cette pratique est courante.

« Vous pouvez voir une centaine de clowns dans les hôpitaux en Israël. C’est vraiment un métier. J’ai été auditionné et choisis, puis j’ai reçu une formation. Être clown dans le milieu hospitalier ce n’est pas juste faire le pitre devant les patients, il y a des techniques et des critères à respecter », indique-t-il.

Le clown médical diffère complètement de celui de la scène et des spectacles.

Émanciper le patient

« Pendant les spectacles, c’est vraiment moi que je mets en avant, mais dans les hôpitaux, c’est l’enfant que je mets en avant. L’enfant d’abord. En faisant comme ci j’étais faible et lui le plus fort, cela change beaucoup de chose. J’essaye d’émanciper le patient, de changer sa réalité, de faire équipe avec lui. Faire rire l’enfant est un résultat, mais ce n’est pas l’objectif », ajoute-t-il.

Quand un enfant est admis à l’hôpital, c’est aussi dur pour les parents. Ils n’arrivent pas à connecter avec l’enfant. Le rôle des clowns médicaux est d’essayer de communiquer avec l’enfant »

Il y a plusieurs types de clown et pour le clown médical, les pratiques diffèrent de pays en pays.

« En Israël, nous accompagnons le médecin. Par exemple, si l’enfant a un check-up à faire, nous l’accompagnons, mais sans interférer dans le travail du médecin. Nous voulons changer sa perception de la réalité, qu’il soit moins concentré, par exemple, sur la piqûre ou les pansements. Cela l’aide à oublier la souffrance, quand il ne se concentre pas sur la maladie. Un jour en Israël, après plusieurs semaines d’hospitalisation, un petit garçon a gardé un souvenir particulier de l’hôpital. Pour lui, cet endroit est là où habite le clown », raconte-t-il.

Il n’y a pas que les enfants qui sont contents de voir le clown à l’hôpital, mais aussi les parents.

« Quand un enfant est admis à l’hôpital, c’est aussi dur pour les parents. Ils n’arrivent pas à connecter avec l’enfant. Le rôle des clowns médicaux est d’essayer de communiquer avec l’enfant », avance-t-il.

Mauritius Medical Clowns Project

Sharon est Israélien, mais le langage n’est pas une barrière pour lui, car « il y a des milliers de façons de communiquer : les poses, les micmacs, les gestes ». Sharon est aussi un clown multitâche, il joue d’un instrument, chante, jongle et danse. Il fait cela bénévolement à l’hôpital dans le cadre du Mauritius Medical Clowns Project. Pour le moment, faute de moyen, il peut le faire uniquement au Sir Seewoosagur Ramgoolam National Hospital.

Vous pouvez voir une centaine de clowns dans les hôpitaux en Israël. C’est vraiment un métier. J’ai été auditionné et choisis, puis j’ai reçu une formation»

« Je fais des shifts de trois heures à l’hôpital et croyez-moi quand vous sortez de là, vous êtes épuisé. Je le fais avec mon cœur et toute ma passion, mais j’aurai souhaité aussi pouvoir vivre de ce métier », confie-t-il.

Pour le moment, Sharon fait le clown seul à l’hôpital, mais le jeune homme voit grand et il est prêt à partager son savoir-faire et son expérience.

« Je suis conscient qu’à Maurice, il n’y a pas cette culture de clown, mais les clowns existent depuis toujours. Je veux qu’il y ait une équipe de clowns médicaux dans chaque hôpital de l’île. J’aurai souhaité pouvoir transmettre ce savoir aux Mauriciens », fait-il ressortir.