Carte d’identité biométrique : une certaine résistance s’organise

By Fabrice Jaulim O commentaire
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Nous sommes à dix jours de l’échéance pour la conversion de la carte d’identité. Bien que la majorité des Mauriciens aient complété les procédures, une petite minorité organise la résistance. Elle ne compte pas changer de carte d’identité même si elle risque la prison. À ce jour, 984 000 sont détenteurs de la carte biométrique. À lundi 20 mars, le nombre de personnes ne possédant pas la carte est passé en dessous de la barre des 500.

Reuben Pillay n’entend pas convertir sa carte aussi facilement. Il forcera l’État à ne pas lui octroyer de carte. L’astuce est simple : ce photographe affirme qu’il ne compte pas signer le formulaire qui autorise l’État à prélever ses empreintes. « Si les fonctionnaires concernés refusent de procéder à la conversion, ils ne pourront pas me dire que j’ai refusé de changer de carte. Car il s’agit d’un formulaire de consentement. Ce n’est pas obligatoire. Je peux refuser qu’on prenne mes empreintes. »

Il considère qu’en cas de changement de régime, ces données pourraient jouer contre les détracteurs du gouvernement. Il craint que les données biométriques soient utilisées à mauvais escient. Reuben Pillay pense que ceux qui critiquent le gouvernement risquent de se retrouver en mauvaise posture.

Jeff Lingaya est de ceux qui refusent de convertir leur carte d’identité. Il envisage d’adresser une lettre ce mardi au commissaire de police et au lord-maire pour demander la permission d’utiliser le jardin de la Compagnie pour y organiser un sit-in à partir du 24 mars. « Si deux ou trois personnes seulement se manifestent, nous ne pourrons pas faire de résistance. »

«il y a un risque…»

Le Dr Raja Madhewoo affirme, pour sa part, qu’il attend une réponse du Premier ministre avant de convertir sa carte. « J’ai posé des questions au chef du gouvernement et je compte aller devant le Conseil des droits humains des Nations unies. Si je suis poursuivi, j’irai en Cour et je ferai valoir mes arguments contre la nouvelle carte d’identité. Je pense qu’il y a un risque que les données soient copiées par une personne non autorisée. »

Aicha Soogree de Rezistans ek Alternativ souligne, elle, que l’article 10 de la National Identity Card Act stipule que le Premier ministre peut à n’importe quel moment venir avec une mesure. Elle trouve que ce n’est pas rassurant. Elle n’est pas d’accord sur le fait qu’elle doit toujours avoir sa carte sur elle.

« S’il le faut, j’irai en prison plutôt que de cautionner cette atteinte à la démocratie. » Aicha Soogree attend le 1er avril de pied ferme, car elle n’est pas d’accord que ceux qui n’ont pas de carte d’identité aillent en prison alors que ceux qui ont commis des délits graves restent en liberté.

Les principales questions que se pose le public

Un responsable du ministère des Technologies de l’information et de la communication a bien voulu apporter un éclairage.

Combien de personnes ont leur nouvelle carte et combien ne l’ont pas encore ?
Au 19 mars, quelque 984 000 citoyens étaient déjà en possession de la nouvelle carte d’identité. Toutefois, certains ne l’ont toujours pas. En l’occurrence ceux qui sont à l’étranger mais qui viennent normalement dans les centres d’inscription durant leur passage à Maurice. Bien qu’il soit difficile d’estimer le nombre de citoyens qui résident à l’étranger, la loi sur la carte d’identité nationale prévoit déjà qu’une personne résidant hors du pays doive saisir la première occasion pour demander une nouvelle carte d’identité.

Certains atteindront bientôt la majorité et ils devront normalement se rendre aux centres d’inscription pendant les vacances scolaires (août ou décembre). La loi sur la carte d’identité assure un délai de grâce de six mois pour cette catégorie de citoyens. Pour ceux alités et qui n’ont pas encore obtenu de carte d’identité, le service de visite à domicile est disponible sur demande.

Combien n’ont pas collecté leurs cartes d’identité, même s’ils ont déjà rempli toutes les procédures ?
Environ 11 900 se sont déjà inscrits pour obtenir la nouvelle carte d’identité mais n’ont pas encore collecté les cartes. Ils peuvent les récupérer au bâtiment du Fonds national de pension à Rose-Hill, pour ceux habitant la région. Ceux qui habitent le Nord doivent se rendre au bâtiment Emmanuel Anquetil, à Port-Louis.

Une personne peut-elle se rendre à Rodrigues sans la nouvelle carte d’identité ?
Selon une source aux Casernes centrales, c’est possible de se rendre à Rodrigues en présentant le passeport si la personne ne possède pas de carte d’identité. Toutefois, pour les autres transactions, cela dépendra des institutions concernées.

Le passeport peut-il remplacer la carte d’identité ?
Le document officiel d’identité pour le citoyen de Maurice est la carte d’identité nationale. Beaucoup d’institutions n’acceptent pas le passeport comme un substitut à la carte d’identité.

Qu’est-ce qui se passera après le 1er avril ? Ceux qui ne disposent pas de carte d’identité seront-ils poursuivis ?
Selon la loi relative à la carte d’identité nationale, chaque citoyen de Maurice a le devoir de demander une carte d’identité. Cependant,
(a) les citoyens mauriciens qui vivent à l’étranger,
(b) qui sont gravement malades et
(c) qui sont incapables de demander la carte d’identité pour des raisons valables et raisonnables peuvent faire une demande après le 31 mars 2017. La demande doit être soutenue par des preuves justifiant le retard.