Caroline Ng-Chen : «Les Mauriciens ont le ‘craze’ du shopping à l’étranger»

Par Jean Claude Dedans O commentaire
Caroline Ng-Chen

Pourquoi de plus en plus de Mauriciens voyagent-ils ? À cette question, Caroline Ng-Chen, d’Atom Travel et membre de l’association des agences de voyages, répond que Maurice, étant petite, nos compatriotes profitent des tours promotionnels organisés pour voyager et faire du shopping à l’étranger, tout en jouant aux touristes accessoirement.

Est-ce que les Mauriciens voyagent de plus en plus et pourquoi ?
Ceux qui ont vécu en Europe ne me démentiront pas : quand on est là-bas et qu’on veut voir ailleurs, il suffit de prendre la voiture ou le TGV pour atterrir dans une autre destination, une autre frontière. Mais, à Maurice, l’île est tellement petite qu’il suffit d’une journée pour en faire le tour. Il faut relativiser, car à Maurice, « nou vire tourne an plass » et cela devient lassant à la fin. Un jour, on va au Bagatelle Mall, un autre à Grand-Baie La Croisette, puis un petit tour à Casela, sur les plages publiques et dans d’autres lieux d’attractions. Quand on aura fait le tour de ces lieux, que reste-t-il d’autre ? Ce n’est pas le cas ailleurs.

Voyage-t-on pour le plaisir de quitter le sol mauricien ou pour d’autres raisons précises ?
Les Mauriciens aiment voyager et ils ont la frénésie du shopping. Quitte quelques rares fois à faire du lèche-vitrines, mais il faut qu’ils visitent de grands centres commerciaux pour le plaisir. Je vous donne un exemple : dans un tour organisé par mon agence, sur les dix jours que comprend le package, il faut que je cale au moins cinq jours pour le shopping, sinon le tour n’attire pas autant. Les Mauriciens ont le ‘craze’ du shopping.

Pour voyager et faire du shopping, il faut avoir des sous. Les Mauriciens en ont-ils ?
D’abord, les voyages sont calculés en fonction des revenus des ménages. Tout est calculé, le tour lui-même, l’argent de poche pour le shopping et d’autres dépenses. Pour cela, les familles font en sorte de mettre de côté suffisamment d’argent pour se permettre un moment de détente en famille, loin des eaux mauriciennes.

On est ‘fully booked’ pour le tour de décembre dans l’océan Indien avec un voyage qui coûte Rs 30 000 par personne et Rs 8 000 par enfant pour deux semaines.»

Sautent-ils essentiellement sur les promotions ?
Pour répondre à cette question, je réponds par une autre question : pourquoi des familles choisissent de passer des vacances outremer et ne louent plus les bungalows pour quelques jours comme cela se faisait avant ? D’abord, les agences de voyages offrent des packages fort intéressants avec billets d’avion, logement, transferts, excursions guidées et petit-déjeuner. Un exemple : un voyage à Kuala Lumpur pour une durée d’une semaine est de Rs 42 000 par personne, toutes les prestations comprises. Si vous prenez le billet seulement, il coûte autour de Rs 38 000 actuellement. Pour ce qui est des bungalows, vous n’avez que le logis, il vous faut trouver le petit-déjeuner, le déjeuner, le dîner, en sus de faire la vaisselle, la chambre, entre autres. Et le logis coûte Rs 2 000 par jour. À combien s’élève le coût des divers repas par famille dans des bungalows ?

Quand vous parlez de vacances, concernent-elles également les personnes du troisième âge ?
Les périodes, dites creuses, soit les basses saisons, sont occupées essentiellement par les personnes âgées, car les billets coûtent moins cher. En mars 2018, il y a des croisières qui sont organisées par les agences de voyages sur un mois. Et les passagers sont majoritairement des personnes du troisième âge, qui visiteront une quinzaine de destinations.

On constate que les Mauriciens voyagent de plus en plus en famille. Peuvent-ils se le permettre financièrement ?
Je le disais plus tôt, les familles réfléchissent beaucoup dorénavant. Au lieu de prendre de petites vacances à la sauvette pour une poignée de jours, elles optent pour une croisière en famille et économisent en fonction. Beaucoup prennent des ‘personal loans’ remboursables sur le long terme pour se faire plaisir. C’est un choix judicieux, j’estime.

Quelle est la catégorie de Mauriciens qui voyagent ?
On va dire que la classe moyenne arrive à financer ses vacances à l’étranger, c’est devenu un must, une mode. On constate qu’il y a des ‘repeaters’ également. Ils profitent souvent des offres promotionnelles de tours organisés, et ce n’est pas plus mal que cela.

Peut-on dire que les prochains tours jusqu’à la fin de cette année ont déjà trouvé preneurs ?
Je parle pour mon agence, mais je pense que c’est la même situation pour les autres. On est ‘fully booked’ pour le tour de décembre dans l’océan Indien avec un voyage qui coûte Rs 30 000 par personne et Rs 8 000 par enfant pour deux semaines. Le package comprend quatre repas à bord du bateau, soit le petit-déjeuner, le déjeuner, le ‘tea time’ et le dîner. C’est un ‘full board’.

On ne cesse de vanter les mérites des croisières, mais sont-elles confortables ?
Les cabines sur un bateau sont de catégorie ‘standard’ avec télé, salle de bains, minibar, un valet de chambre deux fois par jour. C’est un hôtel flottant.

Parlons de l’air corridor. Sur quel point est-il avantageux ?
Avec l’ouverture de l’accès aérien, le choix pour les passagers est plus vaste. De Singapour ou de Kuala Lumpur, ils peuvent aller vers d’autres destinations. Ces deux pays deviennent alors des plateformes pour atteindre d’autres pays. Il y a aussi des destinations dont les Mauriciens sont friands : l’Europe, l’Asie, l’Inde, la Malaisie, entre autres.