Budget 2016-2017: place à la mise en oeuvre

Par Shaffick Hamuth O commentaire

Après la présentation du Budget, c’est maintenant la phase d’implémentation. L’exercice commencera après l’adoption de la Finance Act 2016 suivant les débats budgétaires. Entre-temps, les acteurs économiques prennent connaissance de l’étendue des mesures et leur impact et font entendre leurs opinions.

Les laissés-pour-compte

Il y a eu beaucoup de critiques concernant le ‘Trade Fee’, mais il semble que le ministre des Finances est passé totalement à côté des problèmes. Certes, l’annonce de l’exemption jusqu’au plafond de Rs 5 000 est un soulagement, mais il faut souligner que ce plafond concerne plutôt les PME engagées dans les activités traditionnelles comme l’artisanat ou la fabrication d’achards. Le ‘Trade Fee’ pour des activités émergentes dans le secteur informatique, le ‘consultancy’ ou les services financiers peut atteindre jusqu’à Rs 20 000 et est un obstacle pour les PME. Aussi, aucune mention concernant la ‘Road Tax’ très élevée pour certaines catégories de véhicules utilisées par les PME.

Le Budget est derrière nous. La grande préoccupation du jour est l’implémentation des mesures annoncées. Entretemps, les analyses vont bon train et certains acteurs économiques, à l’instar des importateurs des véhicules, veulent même rencontrer le ministre des Finances pour faire leurs contre-propositions. De son côté, le syndicaliste Radhakrishna Sadien se dit contre la distribution de tablettes tactile aux écoliers des Std 1 et 2.

Les économistes, eux, sont plus ou moins satisfaits de l’exercice budgétaire : Éric Ng, Vishal Ragoobur, Arvind Nilmadhub et Frankie Tang sont presque unanimes à reconnaître que ce Budget a un grand penchant social. Pradeep Dursun est d’avis que les mesures annoncées vont réformer l’économie, tandis que Pierre Dinan est d’avis qu’il faut aider davantage ceux qui sont dans le besoin. Gérard Sanspeur, conseiller spécial au ministre des Finances, se réjouit de ce « budget de rupture » alors que Raj Makoond, de Business Mauritius, parle d’un « budget de réforme. »

Une synthèse des analyses

Les observateurs économiques, les travailleurs sociaux et les syndicalistes dans leur grande majorité reconnaissent que le budget 2016-2017 a un fort contenu social. Les opérateurs économiques, eux, s’attendent à ce que les mesures annoncées déclenchent la relance tant attendue. Les mesures populaires, à l’instar de la baisse du prix du gaz ménager et les exemptions douanières sur une longue liste de produits, ont été bien accueillies par les consommateurs. La construction bénéficie d’une pléiade de mesures pour booster un secteur en déclin ces dernières années. Les Petites et moyennes entreprises (PME) bénéficient également de nombreuses mesures et autres facilités, alors que le secteur manufacturier et l’agriculture, deux secteurs clés jadis négligés, ont reçu une considération importante.

La dette publique

La dette publique, aujourd’hui estimée à Rs 234,9 milliards, atteindra Rs 251,1 milliards en juin 2017 mais sera toujours à 55,6 % du Produit intérieur brut (PIB). Le taux par rapport au PIB connaîtra une baisse en 2018 et 2019 pour atteindre respectivement 54,9 % et 53 %, selon les prévisions du ministère des Finances. Si elle est calculée selon la méthode du FMI, la dette publique sera de l’ordre de Rs 283,6 milliards en juin 2017, soit 62,8 % du PIB. Le taux, sous cette méthode, est estimé à 58,4 % en 2019. Pendant l’année fiscale 2016-2017, un montant total de Rs 13,9 milliards sera remboursé, alors que le montant de remboursement pour l’année 2017-2018 est estimé à Rs 10,2 milliards. Pour 2018-2019, ce sera un remboursement de Rs 11,8 milliards.

Les taux d’intérêts

Environ 2 % de nos emprunts sont exemptés d’intérêt. 38 % de nos emprunts comportent un taux d’intérêt fixe alors que 60 % de nos dettes ont un taux d’intérêt variable.

Les devises

Presque 50 % de nos dettes extérieures sont libellées en dollars américains alors que 28 % sont en euros. Le reste, soit 21 %, est en diverses autres devises. Ainsi, la fluctuation du taux de change a un impact direct sur notre niveau de dette publique. Par exemple, l’appréciation du dollar augmente l’étendue de notre dette si on le calcule en roupies.

Le PIB

Le PIB pour l’année 2016 est estimé à Rs 436,8 milliards, comparé à Rs 408,3 milliards en 2015. En 2010, le PIB était estimé à Rs 306,8 milliards. Le PIB par tête d’habitant était estimé à 12,12 dollars en 2015. C’est en 2003 que Maurice a atteint le statut de ‘Upper Middle Income Status’ lorsque le PIB par tête d’habitant était de l’ordre de 4,26 dollars.

Investissements publics

Le ‘Public Sector Investment Programme’ (PSIP) a pour but de donner une indication complète des projets d’investissements planifiés par le gouvernement, de même que les collectivités locales, les corps para-étatiques et les entreprises publiques, et à être réalisés pendant les prochaines cinq années fiscales. Le montant total des investissements publics pour les prochains cinq ans s’élève à Rs 153 milliards, dont Rs 35 milliards rien que pour la présente année financière.

Les principaux secteurs qui sont concernés par ces investissements sont :

  • L’eau et le tout-à-l’égout (Rs 35 milliards) :  augmenter la capacité de stockage d’eau potable et à améliorer la gestion de déchets solides.
  • Infrastructures du transport (Rs 25 milliards) : l’amélioration du transport en commun, l’extension du réseau routier et la sécurité routière.
  • Secteur de l’énergie (Rs 25 milliards) : augmenter la production énergétique et assurer une distribution efficace à travers un réseau moderne.
  • Le développement social et communautaire (Rs 19 milliards) : construction de logements sociaux et drains, rehaussement des écoles et centres de santé.
  • Le port (Rs 6,6 milliards) : moderniser le port, agrandir le quai et accroître la capacité de manutention du cargo.
  • Aéroport (Rs 1,3 milliard) : développer la zone de port franc et le ‘cargo area’ et agrandir les aires de stationnement pour accueillir des gros-porteurs.

À noter que ces chiffres n’incluent pas les investissements par les compagnies d’État, notamment Air Mauritius, State Investment Company Ltd, State Property Development Company Co. Ltd, State Land Development Company Ltd et Mauritius Telecom, ou encore l’investissement privé au sein des mégas projets annoncés comme Heritage City ou Metro Express, dont le coût total est estimé à environ Rs 24 milliards pendant cinq ans.

Un rappel des projets à venir

  • Barrage de Rivière-des-Anguilles
  • Développement du port de Port-Louis
  • Transformation de la ville de Port-Louis
  • Réfection de la Julius Nyerere (B1) Road
  • Le East Coast Trunk Road
  • Le East-West connector
  • Le tunnel du Ring Road
  • Le Flic-en-Flac Bypass
  • Un nouvel hôpital régional à Flacq
  • Un nouvel hôpital des yeux à Moka
  • Un nouveau laboratoire de santé
  • La rénovation du Château Le Réduit
  • Un nouveau centre d’enfouissement à La Chaumière
  • Une ‘Regional Aviation Training Academy’
  • L’extension de la piste d’atterrissage à Rodrigues
  • L’extension du port de Port Mathurin Harbour
  • Le 3e câble sous-marin liant Maurice au reste du monde au coût de Rs 4 milliards
  • Le projet ‘Fibre to the Home’ par Mauritius Telecom au coût de Rs 5,1 milliards, couvrant l’Île entière vers la fin de 2017
  • La connexion Bandwidth Maurice – Rodrigues
  • La construction des gares modernes à la Place Victoria, Place de l’Immigration et à St-Pierre.