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[Blog] Socioeconomic Covid - Entre ‘Helicopter Money’ et législation doctrinaire : Quel avenir pour les PME ?

D’après le Census of Economic Activities (2018), les PME regroupent 138 553 compagnies, employant 322 027 personnes. Elles contribuent à hauteur de 42,3 % du PIB

Sans coup de vent ni tempête, Covid-19 a pris en otage le pays, paralysant l’essentiel des activités économiques. À raison d’un Produit Intérieur Brut (PIB) calculé à Rs 503 milliards en 2019, une inactivité d’environ 65 % de l’économie coûterait au pays quelque Rs 27 milliards par mois. 

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Toutes proportions gardées, l’Afrique du Sud consacrera 10 % de son PIB sous forme d’aide à divers secteurs d’activité, ce qui, dans le contexte local, reviendrait à Rs 50 milliards. Cette masse monétaire, il faut le rappeler, ne sert qu’à parer au plus pressé. Combien d’argent faudrait-il encore pour faire face aux dégâts continus du Covid-19 ? Nul ne le sait. En fait, vu la récurrence de la maladie, on naviguera dans le brouillard aussi longtemps qu’un vaccin ne sera pas trouvé afin de combattre durablement le virus. Les estimations les plus optimistes ramènent la découverte et l’application du médicament miracle à une période de 12 à 18 mois.

À Maurice, le gouvernement a initié diverses mesures afin de venir en aide à la population. Le ministre des Finances, singulièrement, a trois moyens de lever des fonds, imprévus, dans le but de financer les différents ‘Schemes’ mis en place. Il peut (1) emprunter des bailleurs de fonds, notamment du Fonds Monétaire International, de la Banque Mondiale et de l’Agence Française de Développement ce qu’il a fait déjà avec un emprunt initial d’environ Rs 30 milliards; (2) imposer de nouvelles taxes. L’augmentation de Rs 4 par litre d’essence et du diesel sous le Covid-19 Solidarity Fund est un premier pas dans cette direction. On connaîtra la suite dans le prochain Budget. Et (3) emprunter de la Banque de Maurice par l’émission de nouveaux bons du Trésor public. En d’autres mots, générer de l’argent en émettant des créances (dettes) vendues sous forme de bons, greffés d’un taux d’intérêt attractif, à des Mauriciens ou étrangers. L’argent ainsi recueilli est passé au gouvernement sous forme d’emprunts afin qu’il puisse arroser le pays. 

L’Helicopter Money prôné, entre autres, par l’ancien ministre des Finances, Rama Sithanen, consiste à faire un pas de plus que de demander à la Banque centrale de puiser dans ses réserves et/ou d’émettre de nouveaux bons du Trésor. Il s’agit de demander à la Banque centrale de créer sa propre monnaie afin d’aider directement différents secteurs de l’économie sans passer par le gouvernement. 

La BoM a déjà fait un pas dans cette direction en mettant des fonds importants - Rs 5 milliards sous le ‘Special Relief Amount’ - à la disposition des banques commerciales, tout en abaissant le Repo Rate, soit l’intérêt sur l’emprunt. Ainsi, les firmes privées qui souhaitent emprunter peuvent le faire à des taux concessionnels. 

Rachat d’actions boursières par la BOM ?

L’action la plus inorthodoxe et sans précédent de la Banque centrale consisterait, cependant, à renflouer directement les grandes compagnies cotées en bourse, en rachetant une partie de leurs actions. Une telle initiative, si elle se concrétise, touchera, on peut l’anticiper, les compagnies les plus affectées par la crise, notamment celles opérant dans les secteurs du tourisme et de la manufacture. La BoM pourra mettre sur pied des Special Purpose Vehicles afin de gérer ces investissements. Les actions ainsi acquises pourront être disposées en des temps meilleurs. La Banque centrale du Japon a recours à ce procédé, depuis belle lurette, afin de garder à flot certaines grandes entreprises, et, par conséquent, maintenir des milliers d’emplois. 

Si cela se réalise, le gouvernement n’aura pas à financer les salaires de ces entreprises, et s’évitera ainsi la critique de venir en aide au gros capital. Les mécanismes à mettre en place pour éviter des abus, notamment un renchérissement artificiel de la valeur de certaines actions ou encore le rachat de ‘Junk Bonds’ sont une autre paire de manches. 

Reste le cas des compagnies non cotées en Bourse, à l’instar des Petites et Moyennes entreprises (PME). D’après le Census of Economic Activities (2018), les PME regroupent 138 553 compagnies, employant 322 027 personnes. Elles contribuent à hauteur de 42,3 % du PIB. Grandes pourvoyeuses d’emplois, les PME sont aussi parmi les plus vulnérables. Beaucoup de ces entreprises vivent de mois en mois, grâce à des découverts bancaires dans certains cas. 

La plupart de ces entreprises, déjà endettées, n’ont souvent aucune garantie additionnelle (collateral) à offrir aux banques, en vue d’obtenir de nouveaux emprunts, taux concessionnels ou pas. Et malgré le Wage Assistance Scheme, elles sont engoncées dans d’autres frais de fonctionnement (électricité, téléphone, loyer, transport, etc.). Prises dans la spirale de l’endettement ou du licenciement, certaines de ces entreprises n’auront d’autres choix que de fermer leurs portes. 

Fragilité de l’emploi 

Dans un monde où « one-size-no-more-fits-all », et malgré toutes les études empiriques démontrant la fragilité de l’emploi dans les PME des pays en voie de développement, a fortiori en période de crise, les autorités ont imposé le salaire minimum à toutes les entreprises, sans distinction. Il leur est interdit, dans le même temps, de réduire leur personnel attitré ou à mettre la clé sous le paillasson même si elles font face à des pertes insoutenables, sans consultation préalable avec le ministère du Travail. Ce qui prendra une éternité dans le contexte du Covid-19. Après la mort, la tisane. La crise permettra de savoir si cette approche doctrinaire résistera à l’épreuve des faits ou si elle finira par avoir un effet boomerang.
 
Le ministre des Finances semble avoir pris la mesure de la situation en effectuant le paiement intégral des salaires s’élevant à Rs 25 000 dans le privé, bien que le salaire moyen d’après le PIB se situe davantage dans la fourchette de Rs 30 000 à Rs 35 000. Certains syndicalistes et politiciens, même pas aptes à créer un seul emploi, ne serait-ce que pour eux-mêmes, ont pestiféré contre cette mesure. Ils feraient mieux d’aller faire un tour du côté du tribunal ‘Sale by Levy’ et de la Bankrupcy Division de la Cour commerciale pour mieux appréhender les risques qu’encourent, au jour le jour, entrepreneurs et employés du secteur privé. 

En fait, chipoter sur les salaires du privé en cette période de crise sans précédent, c’est ne rien comprendre à la logique fiscale. La MRA ne fait aucun cadeau au secteur privé; elle ne fait, en cette période difficile, que rembourser une partie des milliards qu’elle perçoit régulièrement sur les taxes corporatives. C’est une façon pour elle de continuer à nourrir la vache à lait afin de continuer à la traire. Car, si les autorités espéraient des contributions de la part d’Air Mauritius, de la CNT et d’autres MBC afin de financer les dépenses publiques, elles attendraient jusqu’à la fin des temps. En d’autres mots, en soutenant les employés du secteur privé, qui sont, après tout, des Mauriciens à part entière, l’État préserve, à travers les compagnies privées, une partie importante de ses futurs revenus fiscaux et s’achète la paix sociale. Ce n’est pas rien. 

Reste que la reprise normale, comme le répète le gouvernement, n’est pas pour demain. Dans ce cas de figure, le ministre des Finances compte-t-il venir de l’avant avec un vrai plan d’accompagnement pour les PME? Quelle forme prendra ce plan qui logiquement devrait être d’une durée d’au moins 18 mois en attendant la découverte d’un vaccin? 

En tout cas, à défaut de continuer à soutenir l’emploi durant toute la durée de la crise, la raison exige que les autorités libèrent les lois inhérentes de l’économie du marché du travail du carcan de la législation doctrinaire dans lequel elles sont à présent emprisonnées. Dégagées des contraintes qui paralysent leur flexibilité, certaines entreprises pourraient tout au moins se réinventer, et survivre, et permettre ainsi de sauver des milliers d’emplois. 

Myth Buster

 

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